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Oyiwen ed tanemert_______Page mise à jour le 18 janvier 2018 vers 06h40 TUC    

Page de titre



INTRODUCTION

Ce récit de mon expérience à Nauvoo est proposé au public pour attirer son attention sur les crimes perpétrés dans cette ville au nom de la Religion. Je suis conscient que la nature des révélations faites dans les pages ci-après (la noirceur de ce rapport) est telle qu'il sera difficile de conduire des hommes à croire que de telles dépravations peuvent exister. D'après ce qui suit, toutefois, on comprendra que mon objectif, en allant à Nauvoo, était de gagner la confiance du Prophète, pour pouvoir découvrir et révéler au monde entier ses desseins réels et la nature de ses actions. Pour ce faire, j'ai été obligé de recourir à la dissimulation, et de lui apparaître comme un outil profitable. Certains pourront dire qu'une telle conduite de ma part est inexcusable ; mais que ceux-là soient bien convaincus que les desseins et les ouvrages secrets de ce misérable à qui le Ciel ne faisait pas peur n'auraient jamais pu être rendus publics autrement que par les moyens que j'ai employés, et que, par conséquent, la fin justifie les moyens. On rapporte de nombreux exemples où des bandes de voleurs ou de faussaires se sont si bien organisées qu'elles pouvaient échapper à l'examen le plus minutieux de la loi ; et en de pareils cas, ç'a a été une pratique courante, surtout en Europe, de recourir à des gens qui se faisaient passer pour leurs complices, afin de pouvoir mettre au grand jour l'information nécessaire à leur condamnation. Tel était mon objectif ; et l'on trouvera dans ce qui suit ce qui m'y a incité.

Je ne dis rien de plus que ce que j'ai vu et entendu à Nauvoo. Je n'ai rien ajouté ni en bien ni en mal. Beaucoup de mes affirmations peuvent être appuyées par un grand nombre de témoignages. Je suis toutefois heureux de livrer maintenant mon histoire ; et, si l'on me contredit, je peux fournir assez de preuves pour ne laisser aucun homme raisonnable dans le doute.

On peut se poser la question : comment est-il possible, pour un homme aussi corrompu que Joe Smith passe pour l'être, d'obtenir un pouvoir aussi absolu que fut sans conteste le sien, sur les esprits de la partie honnête de ses disciples ? J'avoue que cette question me laisse perplexe. Personne, qui n'a jamais vu l'influence du fanatisme aveugle sur l'esprit humain, ne peut en imaginer l'effet. Il y avait des centaines d'hommes à Nauvoo qui, me semble-t-il, d'après ce que j'ai vu, si Joe Smith leur avait ordonné de commettre un meurtre au nom du Seigneur, auraient cru servir Dieu en lui obéissant. Je laisserai aux moralistes le soin d'en tirer la philosophie : mon affaire est d'exposer des faits.

Il y a une chose particulière que le lecteur attentif notera, à savoir que tous les ordres de Joe Smith, que ce soit en public ou en privé, étaient formulés « au nom du Seigneur ». En public, devant les siens, il parlait « au nom du Seigneur » ; et dans ses réunions secrètes, s'il désirait faire assassiner un ennemi, c'était « la volonté du Seigneur » que les persécuteurs de l'Église de Jésus-Christ soient écartés de son chemin ; et c'est ainsi « au nom du Seigneur » que les plans les plus abjects de meurtres, de fornication et de toutes sortes de crimes étaient présentés par cet hypocrite blasphémateur !

La préparation de cet ouvrage était commencée avant les dernières difficultés chez les Mormons ayant abouti à la mort des deux principaux témoins de ces faits, qui se sont tous produits pendant qu'ils étaient en vie. Cependant, les déclarations sous serment citées en annexe convaincront tout le monde que les affirmations contenues dans cet ouvrage reposent sur la vérité, et révèlent les actes illégaux des Mormons dans leur véritable ignominie. Éviter à d'autres d'aller se perdre dans cette bande de quasi-démons est un objectif supplémentaire pour une large diffusion de ces pages.


RÉCIT

Avant de me rendre à Nauvoo , j'avais beaucoup entendu parler de cette fameuse ville et de ses habitants. Les contradictions entre les différents comptes-rendus étaient telles qu'il semblait difficile de me forger un avis solide sur le Prophète et ses disciples. Cependant, quand j'y suis parvenu, l'opinion qui a semblé prévaloir était qu'il s'agissait d'une bande de fripouilles laissées pour compte, réunies pour l'accomplissement des pires projets.

En descendant le Mississippi, à l'automne 1842, je décidai de m'arrêter à Nauvoo. Mon but était en partie de faire des affaires, et en partie de satisfaire ma curiosité. La situation géographique de la ville m'enchanta ; mais comme de nombreuses descriptions en ont déjà été faites, je ne m'arrêterai pas ici pour discourir sur ses beautés ou les avantages de sa topographie.

Au moment où je débarquai (le 10 octobre 1842), il y avait beaucoup de trouble parmi les Saints consécutivement à une réquisition du gouverneur du Missouri vis-à-vis du Prophète, pour complicité dans la tentative d'assassinat du gouverneur Boggs. Ma venue dans cette ville à ce moment-là (étant un étranger et sans motif professionnel) conduisit les gens (comme je l'ai appris plus tard) à croire que j'étais un espion venu du Missouri, en quête de preuves contre Smith. De nombreux hommes (dont j'ai appris depuis qu'ils appartenaient à la cohorte des Danites ) vinrent me voir à ma pension et me posèrent toutes sortes de questions sur mes activités dans la ville. Trouvant ces interrogatoires déplacés, je refusai de leur répondre ; mais ils ne cessèrent pas leur manège importun. A la longue, écœuré et indigné par leurs façons de faire, je mis un terme brutal à nos relations. Après cela, je notai que j'étais surveillé de près ; mais je n'en connaissais pas la raison, jusqu'à ce qu'un ami m'informe que le Prophète pensait que j'étais un espion. Je décidai alors de ne leur donner aucun motif de satisfaction, mais de continuer ma politique du silence.

Une fois, en novembre, j'étais en train d'aider à transporter depuis la rivière des marchandises appartenant à MM. Rellison et Finch. J'étais en compagnie de Mr Finch et d'un homme de Keokuk , qui était le propriétaire des chevaux et de la voiture. Nous avions transporté le premier chargement et repartions pour le second. Comme nous traversions le fond, entre le Temple et le fleuve, un homme qui se tenait à une quarantaine de mètres (c'était après la tombée de la nuit) m'appela par mon nom. Je sautai immédiatement de la voiture, pensant que c'était quelqu'un désirant se procurer certaines marchandises en réserve qui m'avait appelé. Finch me suivait de près. Quand je fus à environ deux mètres du scélérat (comme la suite le prouva), il étendit le bras et me dit : «  Malheur à vous ! Je vous donne ce que vous méritez ! » et il tira un coup de pistolet. La balle frôla ma tête , et m'étourdit au point que, pendant quelques minutes, je ne sus quasiment plus où j'en étais ; mais, en revenant à moi, je voyais à peine, car j'avais le visage et les yeux bien brûlés par la poudre. Finch, au moment où le coup de feu partit, était à quelque cinq mètres en arrière. Me voyant chanceler, il se lança immédiatement aux trousses de l'individu, mais s'aperçut bientôt qu'il ne pouvait pas courir assez vite, et il abandonna la poursuite. Finch et moi nous mîmes d'accord pour garder cette affaire secrète, afin de pouvoir découvrir quelque piste menant à l'assassin. Je pensais que si nous n'en parlions pas, et si nous en entendions parler par d'autres , nous pourrions ainsi remonter la piste jusqu'à sa source. Pourtant, quand cet espoir parut vain, j'en parlai à mes amis, qui semblèrent comprendre le but de la manœuvre.

Peu après, je quittai Nauvoo et allai à Carthage pour y passer l'hiver. Pendant l'hiver, j'employai mon temps à chasser, mais j'entendis souvent des plaintes contre des Mormons accusés de vol. Au printemps, je décidai de découvrir si Joe Smith était vraiment un être aussi mauvais qu'on le disait, et s'il était vraiment derrière le scélérat qui s'en était pris à ma vie à Nauvoo.

Je fis donc savoir à Harmon T. Wilson , shériff adjoint, que j'avais l'intention de me rendre à Nauvoo et, dans toute la mesure du possible, de découvrir les plans et les projets de Joe, et en temps voulu, si je trouvais qu'il était aussi vil qu'on le dit et que je le supposais, de tout révéler au monde. J'étais animé d'un côté par le désir de me venger de lui, s'il était coupable d'avoir essayé d'attenter à ma vie, et de l'autre, par un amour romanesque de l'aventure. Je possédais tous les atouts dans ma personne et mon apparence pour atteindre mon but, aussi bien qu'une bonne dose d'expérience sur les chemins du monde.

Voilà pourquoi, au mois de mars, j'allai à Nauvoo et, après y être resté quelques jours, je rendis visite à Joe , et lui laissai entendre que j'avais une affaire d'importance à traiter avec lui. Il m'invita dans son appartement privé , et là, en présence d'Eber C. Kimball , je lui exposai la nature de mes affaires et lui fis croire que je pourrais lui être très utile. Je me présentai comme un fugitif de la ville de Macon , en Géorgie, recherchant sa protection. Cela parut captiver à merveille son imagination, et abandonnant sa réserve, il me dit que j'étais exactement l'homme qu'il voulait et me renvoya au comportement de Joab envers David. Il dit alors qu'il ferait un homme riche de tout homme qui se comporterait envers lui comme Joab envers David et obéirait à ses ordres au nom de Dieu, pour qu'il puisse réaliser ses prophéties. Il commença alors un raisonnnement pour me persuader qu'il était juste et loyal au regard de Dieu, et se déclara lui-même homme divin, et Prophète ayant reçu son pouvoir d'en haut. Je fis alors remarquer que, s'agissant de sa religion, je n'y attachais pas d'importance, car je ne croyais pas en la suprématie d'un Dieu. Il me regarda alors dans les yeux, très fixement et intensément ; mais je ne me dérobai pas. Je lui dis alors que j'étais un homme prêt à tout, et que je pourrais libérer O. P. Rockwell , qui était à ce moment-là enfermé dans une prison du Missouri pour sa tentative d'assassinat contre le gouverneur Boggs. « Bien » me dit-il « si vous libérez Porter et tuez le vieux Boggs, je vous donnerai trois mille dollars. » Kimball a entendu cette conversation, mais je n'ai aucun espoir de le voir reconnaître qu'elle est vraie, tellement il est lié à Joe dans sa scélératesse. Joe, après cette offre, proposa de me donner un équipement pour le Missouri ; et dit qu'il me fournirait bientôt un cheval superbe, une selle, un licou et tout le harnachement nécessaire pour le voyage. A tout cela, Kimball donna son accord.

Le second matin après celui-là , je rencontrai à nouveau Joe. Il me dit qu'il avait négocié un lot municipal avec l'Aîné Grant , pour un magnifique cheval noir, et qu'il s'était aussi procuré une selle et un harnais pour le trajet. « Maintenant, me dit-il, allez agir au nom de Dieu, et que le petit camarade sorte de prison, car mon cœur saigne pour lui. » Je pris possession ce jour-là du cheval, de la selle et du harnais ; et le lendemain, Joe apporta à mon hôtel une paire de sacs de selle, cachés sous son manteau. Cette expédition fut maintenue dans le plus profond secret. Les gens, de façon générale, supposèrent que j'avais acheté un cheval de Joe, et n'eurent aucun soupçon d'une quelconque entente entre nous.

Quand j'eus le cheval en ma possession depuis deux ou trois jours , Joe et moi allâmes chez Edward Hunter , où il emprunta cent dollars, et je signai sa note pour cela, à sa demande. Hunter, à ce moment-là, était absent. Sur ces entrefaites, Mme Hunter apporta une Bible à Joe, et lui demanda de lui expliquer un passage du troisième chapitre d'Osée , à propos de l'adultère. Il lui répondit qu'il s'en occuperait à un autre moment et le lui traduirait - ce dont elle le remercia chaleureusement. Par la suite, j'appris que le passage des Écritures mentionné par Mme Hunter était l'une des preuves de la rectitude de la doctrine des épouses spirituelles, dont le lecteur sera plus amplement informé par la suite.

Après avoir discuté quelque temps, nous nous levâmes pour partir, et Joe donna à Mme Hunter une bénédiction très pieuse. Nous montâmes alors sur nos chevaux et grimpâmes la colline ; arrivés en haut, nous fûmes rejoints par le Saint Patriarche Hyrum , sur son cheval blanc. Il informa Joe que frère Untel (j'ai oublié son nom) était malade et qu'on les avait envoyé chercher pour qu'ils lui imposent les mains, « car il était malade à en mourir ». J'allai avec eux à la maison de l'agonisant. Nous entrâmes dans la pièce et je gardai une contenance pleine de gravité, pendant qu'ils imposaient tous les deux les mains sur le malade, et Hyrum prononça une longue prière remplie de dévotion. Comme nous quittions la maison, Joe lui accorda une bénédiction, à elle et tous ceux qui y vivaient. Nous reprîmes alors nos chevaux ; Hyrum rentra chez lui, et Joe et moi parcourûmes une dizaine de kilomètres dans la prairie. Pendant tout le chemin, à l'aller et au retour, il insista pour que je tue Boggs ; et il ajouta qu'il me paierait bien pour cela. A la fin, je lui laissai clairement entendre que je marchais dans cette affaire ; le connaissant comme je le connaissais, si j'avais hésité, il m'aurait suspecté de traîtrise, et cela aurait ruiné tous mes plans le concernant. Je poursuivis donc le jeu en montrant un air déterminé. Pendant tout le temps où il insistait sur le meurtre de Boggs, il répétait que c'était la volonté de Dieu, et que c'est au nom de Dieu qu'il m'offrait une récompense pour son sang. Tout cela avec un air de dévotion pleine de gravité, et avec une apparence d'innoncence qui amènerait chacun ou presque à croire que le Prophète pensait réellement agir sur ordre du Ciel. J'étais ébahi de voir cet homme élaborer les plans les plus diaboliques pour tuer et se venger, et malgré cela, s'obstiner à dire que c'était justice aux yeux de Dieu ! Et (si je peux me permettre une digression) c'est là que réside tout le secret du succès de Joe Smith. Il avait un air singulièrement neutre, qui ne reflétait pas son vrai caractère ; il avait pratiqué la duplicté pendant si longtemps qu'il ne lui restait guère de sentiment de repentir dans le cœur ; et il n'avait aucun scrupule quant aux moyens qu'il devait employer quand il avait un but à atteindre. De là venait qu'il n'hésitait pas un instant à prostituer tout ce qui est sacré pour satisfaire son plaisir, sa cupidité ou son appétit de puissance.

Le matin qui a suivi cette aventure, je partis pour le Missouri. Le temps était très mauvais, les flots, gonflés, et je souffris beaucoup de l'humidité et du froid. Après huit jours de voyage, j'arrivai à Independence, où je pris contact avec un Mr Knowlton. A cette époque-là, les meurtriers de Chavis avaient été arrêtés, et je les vis pendant qu'ils étaient sous la garde du shérif, sur leur chemin vers la prison. Tandis que l'on mettait ces hommes dans la prison, j'y entrai pour voir Rockwell et me rendre compte de la situation par moi-même. Je le trouvai avec une paire d'entraves et vêtu d'une peau de lion ; il semblait plutôt fruste. Il y avait cependant, à ce moment-là, tant de gens dans la prison que je n'eus pas la possibilité de parler avec lui. Mon espoir était que, en me présentant moi-même comme étant au service de Joe, et en le persuadant de ce fait, je tirerais de lui une confession qui pourrait servir le dessein que Harmon T. Wilson et moi-même avions en vue.

Avant mon départ de Carthage pour Nauvoo, j'avais appris de Harmon T. Wilson qu'il était en relation épistolaire avec Mr Reynolds, shérif du comté de Jackson, dans le Missouri, à propos d'une autre réquisition du gouverneur du Missouri concernant Joe Smith. Un arrangement avait été conclu, selon lequel une réquisition serait prise au retour de Mr Wilson d'un voyage qu'il comptait entreprendre vers le sud, dès l'ouverture de la navigation. Si j'avais pensé, quand j'ai quitté Mr Wilson, à ce voyage au Missouri, j'aurais apporté à Mr Reynolds une lettre d'introduction, qui aurait exposé mon vrai visage. Cependant, comme les choses avaient tourné, je me trouvai placé dans une situation où je ne pouvais rien pour le grand dessein que j'avais en vue. Il y avait beaucoup d'agitation à Independence, suite au meurtre de Chavis ; beaucoup de personnes arrivaient pour rejoindre les émigrants de l'Orégon ; et tout étranger semblait devoir être regardé avec méfiance et suspicion. Mr Reynolds était si accaparé par l'arrestation des meurtiers de Chavis que je ne pus trouver aucun occasion de faire sa connaissance et arrêter avec lui un plan des opérations pour Smith. Constatant l'impossibilité de faire ce que je voulais, et n'ayant aucunement le projet d'essayer quoi que ce soit de ce pour quoi Joe m'avait envoyé , je décidai de revenir à Nauvoo. Toutefois, avant de partir, j'écrivis à Mr Wilson, et adressai ma lettre à «Point Coupee » , en Louisiane, supposant qu'il la recevrait là : mais il semble qu'il ne l'ait jamais reçue. Après une semaine d'inactivité à Independence, je me mis en route. Mon voyage de retour fut très agréable, les routes s'étant améliorées et le temps étant devenu sec. Je retrouvai le Mississippi à Churchville , le traversai à Warsaw et de là gagnai Nauvoo. A mon arrivée, je me rendis chez le Prophète, où tous semblèrent contents de me voir ; et « sœur Emma » , la femme de Joe, me reçut très cordialement, le Prophète étant absent. Puisque j'ai présenté cette dame au lecteur, je veux préciser que, quoiqu'elle ait été au courant de tous les plans et entreprises abjects de Joe, elle est plus à plaindre qu'à mépriser. Je crois qu'elle ignorait la fourberie jusqu'à ce que Joe lui enseigne à fermer les yeux sur ses crapuleries et l'ait contrainte, par la menace, à appliquer ses règles. En effet, il a souvent dit qu'il avait beaucoup de mal à avoir l'avantage sur Emma, en de nombreuses occasions, pour qu'elle se tienne coite et ne le dénonce pas au monde entier.

Afin de m'occuper jusqu'au retour du Prophète, je me promenai à travers la ville, et fus surpris de l'attention que l'on me portait ; et de ce que beaucoup de personnes, notamment des femmes, savaient tout de mon expédition dans le Missouri. Cela me persuada que Joe ne savait pas garder ses secrets ; mais j'ignorais encore, à ce moment-là, qu'il avait autant d'épouses à qui les raconter. Le Prophète revint à la nuit tombée. Il parut content de me voir, et, me prenant par la main, me conduisit dans une pièce privée et commença son interrogatoire à propos de Porter Rockwell. Il me regardait fixement, pendant que je lui faisais un rapport sur mon action, et me laissa aller jusque vers la moitié de mon récit sans m'interrompre, quand il s'écria soudain : « Oh ! avez-vous tué le vieux Boggs ? » « Non, lui répondis-je, il n'était pas chez lui » ; et c'était la réalité, par chance, et cela me fournissait une bonne excuse. Joe sembla le regretter vivement, mais il revint bientôt au cas de Rockwell et prophétisa « au nom du Seigneur » qu'après avoir traversé l'épreuve du feu des tribulations du Missouri, il rentrerait chez lui sain et sauf. Il dit qu'il savait qu'ils ne pouvaient rien prouver contre lui, car il était homme de vérité, et qu'ils ne pourraient pas lui en faire avouer un seul mot, s'il était coupable. Un silence suivit durant quelques minutes, quand Joe soudain me regarda droit dans les yeux et, après m'avoir fixé intensément pendant quelque temps, me dit : « Jackson, vous êtes le premier homme que j'aie jamais rencontré à qui je n'ai pas réussi à faire baisser les yeux. » Je lui dis : « Vous aimez les regards francs ? » Il répondit que oui, et alors se lança dans sa propre louange. Il dit qu'il était un homme bon et béni, et qu'il n'avait jamais connu le mal dans sa vie ; car, dans tous ses actes, il était guidé et protégé par la puissance de l'Esprit saint ; que les Missouriens avaient essayé de le tuer, mais que les balles de fusil n'avaient aucun effet sur lui, car on lui avait tiré dessus à treize reprises, dans le Missouri, et les balles avaient ricoché comme la grêle sur le flanc d'une maison ; et, pour cette raison, il savait que l'Esprit saint était avec lui, et qu'il était vraiment le plus grand homme sur la Terre. A cela je répondis qu'il était totalement inutile de me prêcher la friponnerie, au nom du Seigneur, car plus il le ferait, moins je le croirais. Je lui racontai alors ce qui m'était arrivé l'automne précédent, à Nauvoo, lui faisant un récit complet du tir dont j'avais fait l'objet, mais sans lui faire savoir que je le soupçonnais ou y attachais quelque importance. Mon but était d'apprendre de sa propre bouche, en paraissant indifférent à l'affaire, s'il avait réellement le cœur assez noir pour envoyer quelqu'un accomplir un acte aussi lâche. Cependant, il feignit une complète innocence , ne pouvant pas imaginer pour quelle raison on m'avait tiré dessus. Notre conversation se termina là, pour ce soir, et Joe me raccompagna dans l'escalier jusqu'à ma chambre. En me souhaitant bonne nuit, il prononça la bénédiction de Dieu sur ma tête et me dit qu'il n'avait jamais aimé un étranger autant que moi, et qu'il m'avait accordé plus de confiance, me connaissant depuis peu, qu'à personne d'autre auparavant. « Mais, me dit-il, vous devez tuer le vieux Boggs, et je vous établirai dans le monde. »

Pour sonder les profondeurs de l'abjection de Joe, j'étais obligé de lui apparaître comme un malheureux et un proscrit abandonné de tous. Quand je lui dis que je fuyais la justice et que j'avais commis les crimes les plus odieux, cela parut lui donner la plus grande des confiances, et il conçut immédiatement l'idée qu'il pourrait, grâce à moi , réaliser ses prophéties, et alors, à son sommet il me presserait d'appliquer ses mesures « au nom du Seigneur ».

Trois jours environ après mon retour du Missouri, Joe avait sorti sa voiture, et il m'invita à venir me promener avec lui. Je trouvai rapidement qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas ; et quand nous arrivâmes à sa ferme de la Prairie (ou, en d'autres termes, la ferme de l'Apôtre Lot , qui l'exploite pour lui), j'appris le secret de son état dépressif. Il me prit à part et commença à me parler de sa femme ; il me dit qu'il pensait que je ferais mieux de me trouver une autre pension (j'habitais alors chez lui) car il pensait que sa femme m'aimait plus qu'elle ne l'aimait, lui. En même temps, il accusa William Law d'essayer de séduire sa femme - ce qui, à mon avis, était faux. Il continua à me parler de sa femme jusqu'à ce que, chez moi, la colère l'emporte sur la prudence, et que je lui dise de mettre un terme à cette conversation avec moi, et que je ne l'écouterais pas se lâcher sur une femme aussi méritante que je croyais Emma, et le menaçai de le démolir s'il n'arrêtait pas. Je le traitai de f—tu vaurien et lui dis qu'il pensait sans doute que tout autre homme avait le cœur aussi noir que lui. En même temps, je l'accusai de vivre dans l'adultère avec d'autres femmes, et lui dis qu'il devrait tout particulièrement se faire discret s'agissant d'Emma. A ces griefs, il ne répondit pas par la colère, mais il ne voulut pas reconnaître qu'il vivait dans l'adultère avec d'autres femmes, et dit qu'il agissait toujours avec piété, mais qu'Emma était jalouse de lui. Il me demanda alors si j'avais connaissance d'une seule mauvaise conduite de sa part avec les femmes. Je lui répondis que non ; mais qu'à mon avis, un homme assez vil pour préparer des plans de pillages et de meurtres , comme il l'avait fait, coucherait avec sa propre mère si elle le lui permettait. Il me dit alors qu'il ne servait à rien de discuter avec moi. Je lui répondis que si, car j'avais acquis une certaine expérience sur les chemins du monde. Nous remontâmes alors dans la voiture, et regagnâmes la ville. Joe rentra chez lui, et j'allai chez Snyder, où j'avais logé avant mon voyage dans le Missouri et j'y louai une chambre.

Environ deux jours plus tard, Joe descendit la rue sur un cheval. Je le rencontrai, et lui dis que je pensais aller vers le sud, et que j'étais désolé de ne rien pouvoir pour lui au Missouri, et je l'en persuadai. Il me demanda alors de rester, et de participer à la fabrication de faux ; ce que j'acceptai , espérant pouvoir trouver des indices sur une autre branche de sa friponnerie. Peu après, il envoya deux cens dollars à Saint-Louis pour de l'orfévrerie allemande, et alla travailler dans un quartier éloigné de la ville convenan à l'opération. Je donnerai dans une partie ultérieure de ce livre les détails relatifs à cette opération de contrefaçon.

A peu près au moment où ce travail de faussaire commençait, H. T. Wilson revint du sud , en compagnie de Mr Reynolds, l'agent du Missouri, porteur d'une réquisition du gouverneur de cet État. À son retour, il entendit les rumeurs qui circulaient mentionnant que j'avais réellement rejoint les Mormons - ce qui diminua singulièrement sa confiance en moi, si bien qu'il ne vint pas me voir comme il l'avait promis. A ce moment-là, Joe était en visite du côté du ferry de Dixon , et Wilson et Reynolds partirent dans cette direction, se présentant, durant leur voyage, comme des prédicateurs mormons. Dans l'intervalle, la nouvelle de ce qui se tramait atteignit Nauvoo, directement de Springfield, je ne sais pas comment ; mais, à toutes fins utiles, Stephen Marckham et William Clayton furent envoyés à Dixon pour prévenir Joe ou pour rapporter ce qui s'était passé. Quelques jours plus tard, Clayton revint, rapportant la nouvelle que Joe avait été arrêté ; aussitôt, Hyrum donna l'ordre à des troupes de partir à son secours. On m'affecta à une escouade , et je fus obligé d'y aller pour prévenir les soupçons envers moi ; elle se composait de vingt-cinq hommes. Les ordres étaient de se rendre directement à Dixon, et de soustraire Joe à tout danger. Je tenais le rôle de guide, et le Dr Foster partit en avant en reconnaissance. Nous avions tous des armes de poing. Dans la prairie en dessous de La Harpe, je laissai volontairement la compagnie s'égarer, pour que Wilson et Reynols puissent passer devant. Nous nous perdîmes tous et errâmes une journée durant, sans avancer dans notre voyage. Pendant ce temps, une autre troupe, qui avait marché directement pour remonter le fleuve, rencontra Joe, Wilson et Reynolds, tous sous la garde du shériff du comté de Lee, allant vers le sud. Ils escortèrent Joe jusqu'à la ville et ne permirent pas aux officiers de prendre une autre direction ; nous apprîmes cette nouvelle, et retournâmes en ville. A Nauvoo, l'ordonnance d'habeas corpus, rendue à Dixon, fut jugée devant le tribunal municipal et Joe fut relâché. Wilson et Reynolds s'échappèrent alors de la ville. Voyant tout espoir de mener Joe devant la justice disparaître dans l'immédiat, je décidai de poursuivre mon jeu.

Quelques jours plus tard, j'eus une conversation privée avec Joe, et il voulut à nouveau que j'aille dans le Missouri pour aider Rockwell. J'acceptai, et il me fournit un cheval et une voiture pour mon voyage. Mes ordres étaient d'aller à Liberty et de trouver le pistolet avec lequel Rockwell avait tiré sur Boggs, ce pistolet se trouvant entre les mains d'une veuve de cette ville, chez qui il l'avait déposé. Rockwell craignait qu'il ne soit découvert et identifié, et produit comme preuve contre lui ; c'est pourquoi sa femme, à son retour d'Independence, avait demandé à Joe de mettre cette arme en sécurité.

Le matin du quatrième jour , j'entamai mon voyage. Joe dit que c'était un jour parfait pour tromper les gens, car ils penseraient que j'étais parti passer une journée de fête dans les environs. Je traversai le fleuve à Montrose, d'où j'allai à Saint-Francisville, et de là à Monticello. A environ dix kilomètres de la ville , mon cheval fut tellement énervé par les morsures des mouches qu'il commença à galoper et ruer ; les attaches cédèrent, puis les brancards, et je ne dus mon salut qu'à un saut opportun. Le cheval décrivit un cercle dans la prairie, et revint bientôt près de l'endroit d'où il était parti ; je l'attrapai et repartis à Saint-Francisville, où je louai les services de quelqu'un pour rapporter la voiture. Je rentrai à Nauvoo. - J'ai oublié de préciser que, lors de mon départ, Joe m'avait dit de vendre le cheval et la voiture, et de prendre pension jusqu'à ce que je puisse tuer le général Donethan  ; mais mon plan était de récupérer le pistolet et tous les secrets que je pourrais obtenir de la vieille femme de Liberty, puis d'informer le général D. de ce qui était en cours à son sujet. Pourtant, je n'eus pas de chance et mes plans échouèrent. Au retour, Joe souhaita que je retourne dans le Missouri par le fleuve, mais voulut que je m'engage à tuer le général Donethan. Je fis semblant d'être malade et échappai ainsi aux désagréments attendus.

Pendant ce temps, l'entreprise de contrefaçon avait été passablement développée, et Joe suggéra l'idée d'acheter la sortie de prison de Rockwell à l'automne, ou dès qu'il aurait produit suffisamment pour le faire. Les jours succédèrent aux jours, et je disposai si bien mes pions que je fus en mesure de sonder encore plus profondément les décisions et transactions secrètes de ce bandit. A de nombreuses reprises, durant nos promenades quasi quotidiennes , il m'engagea vivement à rejoindre l'Eglise et à me marier ; et, pour me pousser à prendre une femme, il m'emmena dans les maisons où il gardait ses épouses spirituelles, et me présenta à toutes. En partant, il me pressa de faire mon choix ou en tous cas, si je ne voulais pas me marier, à prendre deux ou trois épouses spirituelles. J'étais cependant décidé à n'avoir aucun relation avec aucune femme, pour rester totalement libre de mes actes et qu'elles ne puissent pas avoir barre sur moi.

Puisque j'ai abordé le sujet des épouses spirituelles, je veux donner ici au lecteur quelque notion du système. La doctrine enseignée est appelée « Esprit d'Elie » , et est conservée secrète, à l'abri du public, et ne doit être révélée qu'à ceux à qui est donné de connaître « la plénitude du royaume », en d'autres termes les esprits d'élite qui entourent Joseph et l'aident à appliquer ses mesures secrètes. La doctrine se fonde sur le troisième chapitre d'Osée, plusieurs passages des écrits de Salomon et David, et le passage « tout ce que vous lierez sur terre sera lié dans les cieux ». D'après ces passages des Écritures (avec lesquels je ne suis pas assez familier pour pouvoir les citer), appuyés par une révélation venue de Joe concernant leur signification et leur élaboration, la doctrine part de l'idée qu'il n'y a aucun mal pour un homme à avoir plus d'une épouse, pourvu qu'il ait épousé les autres femmes spirituellement. Une épouse spirituelle est une femme qui, par révélation, est scellée à un homme, physiquement, socialement et affectivement, à la fois pour cette vie et pour la vie éternelle - alors que l'union charnelle entre un homme et une femme cesse à leur mort. Quand les Écritures interdisent à un homme de prendre plus d'une femme, Joe affirme qu'il s'agit de mariage charnel, et non d'épouses spirituelles ; et il citait fréquemment les écrits de David et de Salomon, pour prouver son point de vue. Maintenant que nous avons un exposé de la doctrine, voyons-en l'application. Joe avait à son service un certain nombre de femmes âgées, appelées « Mères en Israël » , telles que Mme Taylor , la vieille Madame Durfee ou la vieille madame Sessions , en qui les gens avaient toute confiance ; mais en fait, ce sont les pires hypocrites que la terre ait portées. Si Joe voulait faire d'une jeune dame son épouse spirituelle, il lui envoyait l'une de ces femmes. La vieille femme disait à la jeune dame qu'elle avait eu une vision, dans laquelle il lui avait été révélé qu'elle devait être scellée à Joe (ou à un ami, selon le cas) comme épouse spirituelle, pour être sienne dans ce temps et dans l'éternité. Cela étonnait fortement la jeune innocente. Mais les Écritures étaient vite appelées en renfort pour prouver la rectitude de la doctrine et sa droiture au regard du Seigneur. Un peu plus tard, Joe apparaissait, et disait à la dame que le Seigneur lui avait révélé que Mme Unetelle avait eu une vision la concernant, et devait venir la voir. Ne soupçonnant pas la connivence, la jeune dame était fort étonnée, et, fortifiée dans sa foi, n'avait pas de doute que Joe avait parlé sous l'autorité de Dieu. Il étalait alors ses arguments et, au comble de la sainteté, lui parlait « au nom du Seigneur » et lui disait que tel jour à telle heure et en tel endroit, il lui avait été révélé qu'elle devait lui appartenir (à lui ou à son ami) dans ce temps et dans l'éternité. Si elle faisait des objections, il citait ses Écritures et ses révélations, et, allumant dans le même temps ses passions, il manquait rarement son but. Une fois qu'il était arrivé à ses fins, il tenait la crainte d'une divulgation au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès, pour éviter qu'elles ne se rebellent contre son pouvoir. Et quand, ainsi que c'est arrivé dans le cas de Mlle Martha Brotherton ou Mlle Nancy Rigdon , ses avances étaient repoussées, il les menaçait de lancer une centaine de chiens des enfers sur elles pour ruiner leur réputation. C'est un exemple des voies et moyens de Joe pour exécuter ses plans de séduction abjects. Pour la véracité de ce que je viens de dire, il y a des centaines de personnes qui peuvent en témoigner et qui (j'en suis sûr) le feraient si elles pouvaient être protégées de la vengeance du clan démoniaque qui sévit encore à Nauvoo. L'étendue de cette abomination peut être imaginée par le fait que Joe Smith s'est vanté (bien qu'il ne soit pas avare du fait) d'avoir séduit quatre cents femmes depuis le commencement de sa carrière.

Mais revenons à la contrefaçon. Les premiers essais de fausse monnaie furent plutôt durs ; mais, en octobre, MM. Barton et Eaton vinrent de Buffalo , envoyés par l'un des émissaires de Joe, et apportèrent avec eux une magnifique presse, avec tous les outils et le matériel nécessaires pour cette opération. La presse fut mise dans la pièce du sud-est, en haut des escaliers, dans l'ancienne maison de Joe, la même pièce où l'Ordre Saint se réunissait auparavant. L'affaire fut rondement menée, avec sérieux, et on produisit un excellent type de fausse pièce. Bientôt, la ville fut inondée de cet argent et la rumeur se propagea que des faux monnayeurs étaient à l'œuvre dans la ville. Joe avait répandu l'information que la pièce occupée par la presse était louée à MM. Barton et Eaton, deux mécaniciens, qui faisaient des prototypes pour les machines d'une usine qu'ils comptaient créer. La presse continua à fonctionner jusqu'à ce qu'ils aient produit environ trois cent cinquante mille dollars. L'intention était de continuer à faire marcher la presse et de constituer un stock important, mais (pour des raisons que j'indiquerai plus tard) Joe fut obligé de l'enlever et décida d'attendre le printemps, quand les grandes migrations attendues offriraient de meilleures conditions de travail. Environ la moitié de l'argent produit fut mis en circulation dans le comté de Hancock, et le reste, perdu ou écoulé à des gens de passage. Tous les douze Apôtres , à l'exception d'Orson Pratt et d'Eben C. Kimball , étaient impliqués dans cette affaire, faisaient de fréquentes apparitions dans la pièce où se trouvait la presse, et travaillaient dessus tour à tour. Du temps où la presse fonctionnait, Hyrum boitait d'un genou et ne pouvait pas sortir de chez lui, mais Joe et moi-même lui rendions souvent visite et discutions des mesures à prendre pour accélérer le mouvement d'accroissement des stocks. Joe me dit que, dans l'Ohio, avec le Dr Boynton , Lyman Wight , Oliver Cowdry et Hyrum, il avait été engagé dans une affaire de contrefaçon à Licking Creek, mais que l'opération avait tourné court du fait de la faillite de la Banque de Kirtland.

Pendant que la presse était arrêtée, un homme du nom de Brown vint à Nauvoo et vendit à Joe une quantité de faux billets de dix dollars du comté de Yates , pour vingt dollars la centaine. Joe et Hyrum ont souvent été vus les mains pleines de ces billets par de nombreuses personnes à Nauvoo, et ils en ont inondé toute la région. Il n'y a pas un seul commerçant de la ville qui ignore ce fait, ou qu'il y avait une grande quantité de fausse monnaie en circulation. Les premiers à déceler le papier monnaie contrefait furent Holdridge, Gilman & Co., du magasin de New-York. La grande quantité de fausse monnaie en circulation causa beaucoup d'agitation dans la ville et devint un sujet de conversation habituel parmi les gens les plus fortunés qui ne craignaient pas de donner leur opinion. L'effervescence causée par cette question déplut fort à Sa Sainteté , et, pour se sauver lui-même, sortit de ses gonds dans son style caractéristique et prononça une malédiction divine sur la tête de ces gens, qui étaient en fait les hommes les plus importants de la ville, tels que les deux frères Law , le Dr Foster, F. M. Foster , C. L. Higbee et Mr Cole. Il accusa ces hommes d'être coupables de toutes sortes de crimes, et particulièrement de contrefaçon. Tout cela était fait pour anéantir leur influence et avec l'espoir qu'en criant « Au voleur ! », il détournerait de lui les soupçons.

J'ai indiqué plus haut que la presse servant à la contrefaçon était en service dans l'ancienne maison de Joe. A ce moment-là , j'avais établi le projet de prévenir Harmon T. Wilson, de lui demander d'amener une troupe et de la déployer sans prévenir dans la ville, et de surprendre les Apôtres en plein travail sur la presse clandestine ; mais vers cette époque, Avery fut enlevé par une escouade venue du Missouri, avec l'aide de quelques citoyens de l'Illinois, et emmené dans le Missouri. Cet Avery faisait partie du gang de voleurs de chevaux mormons qui infestaient toute la région. Cette façon d'agir expéditive contre l'un des siens mit Joe au comble de l'indignation et des arrestations furent décidées. Les mandats correspondants furent émis, et un homme du nom d'Eliott , vivant à Green Plains, fut pris et conduit dans la ville, accusé d'avoir été l'un des ravisseurs. Cet acte mit en émoi toute la région, et la nouvelle se répandit dans la ville que les Missouriens et les gens de Warsaw et de Green Plains venaient au secours d'Eliott. Joe fut très inquiet et il déménagea la presse clandestine. Conséquence de cette inquiétude : le Conseil municipal fut convoqué et institua une police municipale de quarante policiers à cheval et quarante à pied, aux frais de la ville, qui fut placée sous le commandement exclusif de Joe, et jura d'obéir à ses ordres. La police fut maintenue en place durant quelques jours, puis renvoyée dans ses foyers en attendant qu'on fasse appel à elle quand la situation le demanderait.

C'est alors que je fus enrôlé de force dans une aventure qui fut à deux doigts de se terminer tragiquement. Joe avait obtenu des informations selon lesquelles un homme du nom de Richardson , qui vivait à une vingtaine de kilomètres de Montrose (Iowa) devait aller dans le Missouri pour témoigner contre Avery dont le procès était prévu pour bientôt ; lui et un garçon nommé Childs étaient les témoins directs de sa culpabilité, et Joe décida de les retenir. Pour cela, Joe choisit quelques-uns de sa bande des Danites, plaçant le capitaine Dunham à leur tête et, pour me tester, il m'ordonna de les accompagner. Je ne savais pas alors ce que cela promettait, et j'acquesçai. La compagnie était composée de Dunham, Cahoon, Hosea Stout et son frère, W. Karnes, Scoville Smoot et de moi, soit sept personnes en tout.

Nous arrivâmes au fleuve et, pendant sa traversée , le but réel de l'expédition fut dévoilé par une réponse du capitaine Dunham à Hosea Stout, qui demandait quels étaient les ordres du Prophète. Dunham répondit qu'ils devaient attaper Richardson et le lui ramener (à lui, Dunham) s'ils pouvaient le capturer vivant ; sinon, de le tuer et de l'enterrer dans un ravin obscur ; en même temps, il dit à Stout de faire attention et de tout faire comme il faut. Il transmit alors le commandement à Stout, appela la bénédiction de Dieu sur nous tous et donna l'ordre à Stout, si quiconque désobéisssait ou essayait de faire demi-tour, de ne pas le laisser tourner plus d'une fois avant de lui tirer dessus, car, dit-il, « les morts ne racontent pas d'histoires. » Je pensai en moi-même : je me suis mis dans de sales draps ; je paye trop cher ce que j'ai pu voir. Car je peux assurer le lecteur que je me sentais effrayé à la pensée de tels procédés ; mais il n'y avait pas d'autre choix ; je devais aller et obéir, ou bien être abattu ; je résolus donc de jouer la loyauté et décidai d'y aller, mais, en tous cas, de n'admettre aucun mauvais traitement envers Richardson ou le garçon. Nous montâmes tous sur nos chevaux, laissant Dunham et Cahoon garder le bateau ; et nous partîmes au grand galop. Nous gardâmes cette allure jusqu'à sept kilomètres de Montrose, où nous nous arrêtâmes dans une maison pour boire. Il était environ deux heures du matin. Le locataire de la maison se leva et nous accompagna pour nous montrer le chemin. Son nom était Hunter, et c'était un croyant. Nous remontâmes sur nos chevaux et repartîmes à vive allure. Peu de paroles furent échangées pendant le reste du voyage. Quand nous fûmes à environ quatre cents mètres de la maison, la troupe s'arrêta et commença à parler à voix très basse. Etant à l'arrière, je ne savais pas de quoi il était question ; mais en repartant, ils élevèrent la voix et Stout s'adressa à moi, disant que Richardson avait fait partie de leur bande dans le Missouri. Quelle bande ? demandai-je. La bande des Danites, répondit Stout (c'était la première fois que j'entendais des Mormons parler de Danites ; ils s'appelaient généralement « Haute Police » dans les conversations que j'avais avec eux). Il dit : « Cet homme est un personnage prêt à tout, et il nous connaît tous ; il ne serait donc pas sûr pour aucun de nous d'aller dans la maison. Il ne te connaît pas, et c'est donc à toi d'y aller ; nous attendrons à une cinquantaine de mètres, pour être à portée de main en cas de difficulté. » Je refusai d'y aller seul, mais il me dit rudement : « Tu connais mes ordres. » Je ne répondis rien pendant quelques dizaines de mètres, avançant sur un chemin, quand l'un de la compagnie qui était près de moi dit : « Il est en route ? » Je répondis : « Oui ». « Amen » s'écrièrent-ils tous. Nous repartîmes vers la maison puis nous arrêtâmes. Je descendis de mon cheval, marchai vers la porte et frappai. « Entrez » cria Richardson. Je pénétrai dans la maison ; sa vieille mère , qui était allongée sur un lit de l'autre côté de la pièce, se leva précipitamment et me demanda si j'étais le général Rich. Je répondis que ce n'étais pas le cas. Elle me dit alors : « N'êtes-vous pas de Nauvoo ? » « Non », lui dis-je. Elle me dit alors que c'étais un tas de menteurs qu'il ne fallait pas croire. Je lui demandai : « De quoi est-il question ? » Elle me demanda à nouveau si je n'étais pas de Nauvoo. « Non, lui répondis-je, je n'y ai jamais mis les pieds. Je suis à la poursuite d'un voleur de chevaux de Burlington. » Sur ces entrefaites, Richardson s'était en partie habillé et je lui demandai si je pouvais rester toute la nuit, ce à quoi il répondit affirmativement. Je lui demandai alors s'il voulait bien venir avec moi installer mon cheval. Il répondit « oui », mit ses bottes et prit une lampe. Pendant que nous parlions, la vieille femme me scrutait et dit que c'était son fils, qu'il devait aller dans le Missouri ce matin, pour témoigner contre Avery, un voleur de chevaux ; et elle me soupçonnait de venir de Nauvoo parce qu'ils cherchaient des gens de la bande des Danites de Joe Smith, venus pour l'empêcher d'y aller ; et elle termina en disant : « Il y a beau temps que je le connais, et il ne doit pas envoyer ses hommes après mon fils ; s'il le fait, je leur arracherai leurs cœurs de damnés. » « Oui, lui dis-je, et je vous aiderai. » Nous quittâmes alors la maison pour aller donner à manger au cheval. Quand nous fûmes à une petite distance, je lui dis ce que je voulais ; il brandit alors une pelle qui se trouvait près de la barrière et m'ordonna de ne pas m'approcher de lui. Je sortis alors mon pistolet et lui dis de poser la pelle, ou bien je lui ferais éclater la cervelle. Alors la compagnie arriva, et je dis à Richardson que, s'il nous accompagnait, il ne lui arriverait rien. Il finit pas accepter, prit son cheval, monta dessus, et je le confiai à Karnes. Nous en avions un autre à attraper, le garçon, Childs (je crois que c'était son nom), qui vivait dans les environs. Nous dîmes à Richardson de nous y conduire, mais il affirma ne pas savoir exactement où était le garçon et s'arrêta chez des voisins - pour se renseigner à ce que crut la compagnie, mais en réalité pour donner l'alerte. Quand nous eûmes attrapé le garçon, je pris Stout à part et lui dis qu'il avait été fou de laisser Richardson parler aux voisins, qu'ils maniganceraient quelque chose pour nous arrêter. Il parut penser qu'il n'y avait pas de danger, et que, dans le cas contraire, Richardson serait le premier homme abattu. Je dois indiquer ici que mon plan était de libérer Richardson à Montrose, où je pensais pouvoir le faire sans éveiller les soupçons des uns ou des autres, en donnant l'alerte - comme il faisait noir, personne ne saurait de qui elle venait. Je dis cependant à Stout que je n'aimais pas notre situation, parce que je ne voulais pas être arrêté pour enlèvement, étant donné que nous serions dans une situation très désagréable. J'aurais quitté la troupe immédiatement s'il ne m'était pas apparu que je ne pouvais pas être utile à Richardson sans me mettre moi-même en danger ; et puis tout ce que j'avais était à Nauvoo, et je souhaitais sauver les apparences vis-à-vis de Joe, pour que, quand je l'aurais mis au jour, je puisse le faire pour quelque chose.

Quand nous fûmes à environ un kilomètre de Montrose, Richardson, qui avait précédemment, en donnant sa parole, poussé Karnes à lâcher sa bride qu'il avait gardée dans sa main durant la plus grande partie du trajet, piqua des deux éperons et se précipita dans la ville. A ce moment-là, le garçon était derrière moi en croupe et, bien sûr, je ne pouvais pas aller plus vite ; pourtant, les autres se lancèrent à la poursuite de Richardson, et je comptais les retrouver tous en ville. Quand j'arrivai aux anciennes Casernes , je fus surpris de trouver Karnes et Stout seuls, assis sur leurs chevaux. Je leur demandai où était le reste de la compagnie mais ils l'ignoraient et, apparemment, attendaient leur retour. Je leur conseillai de poursuivre leur chemin dans la ville et les incitai à me suivre. Nous partîmes donc mais, arrivés devant le magasin de Peck, nous fûmes entourés par une quinzaine d'hommes que les amis de Richardson avaient réveillés et qui étaient armés de fusils et de baïonnettes. Ils firent descendre le gamin de mon cheval et Richardson, me montrant du doigt, dit à l'un de sa troupe : « Oncle John, voilà l'homme qui a pointé un pistolet sur moi et m'a dit qu'il m'abattrait si je ne posais pas ma pelle. » Sur ce, le vieillard, qui était très robuste, attrapa la bride de mon cheval, m'ordonna de faire demi-tour et d'aller à la taverne de Carpenter, disant que la loi de Lynch était assez bonne pour moi et que j'aurais jusqu'au lever du soleil pour dire mes prières. Cela me parut plutôt curieux, mais je décidai, dans un élan hardi, de me tirer de ce mauvais pas. Je sortis mon pistolet et, le pointant directement sur la tête du vieux, je lui dis : « Laisse passer mon cheval, ou je t'arrache le haut du crâne. » Il fut si déconcerté qu'il lâcha prise et sauta en arrière. Là-dessus, je poussai un grand cri, frappai mon cheval avec le pistolet et bondis à travers les hommes qui se tenaient juste en face moi, pointant leurs baïonnettes. Mon cheval reçut trois coups de baïonnettes, mais je m'en sortis sain et sauf ; ils me tirèrent dessus, mais il faisait si noir qu'on y voyait à peine à quelques mètres ; ils visèrent au hasard. Pendant cela, Stout profita de la confusion pour s'échapper et nous galopâmes jusqu'au bateau, où nous retrouvâmes le reste de la compagnie égaré.

Nous montâmes tous à bord du bateau (Karnes étant, selon ce que nous croyions, aux mains des gens de Montrose), et regagnâmes Nauvoo au plus vite pour sauver nos vies. A notre arrivée, nous trouvâmes Joe en partie habillé, enveloppé dans son manteau. Il avait entendu les détonations des fusils sur l'autre rive et s'était levé d'aussi bonne heure (ce qui était chez lui tout-à-fait inhabituel) pour voir ce qui se passait. En débarquant, nous lui racontâmes notre histoire. Je traitai les hommes de tas de lâches pour nous avoir abandonnés, moi, Stout et Karnes. En apprenant que Karnes était toujours à Montrose, le Prophète donna l'alerte, mobilisa la Légion et donna l'ordre de traverser le fleuve pour aller libérer frère Karnes qui, dit-il, avait été capturé par les Missouriens. Toute la ville fut jetée dans la confusion, et des centaines de personnes se précipitèrent vers le fleuve, et le traversèrent avec toutes sortes d'embarcations. Et pendant cela, on découvrit Karnes dans un canot, traversant le fleuve à la rame, en dessous de la ville. Toutes les mains se tendirent vers lui et, quand il débarqua, Joe cria : « Alléluia ! Gloire à Dieu ! Bien joué, frère Karnes ! » etc. Karnes ne comprenait rien à ces démonstrations de joie, mais il ne perdit pas son calme. Pourtant, il n'aurait pas pu avoir un air plus misérable, même s'il avait été pris pour avoir volé des moutons. Joe arrangea si bien cette affaire qu'aujourd'hui encore, les gens de Nauvoo sont persuadés que Karnes a réellement été capturé par les Missouriens ; et, bien sûr, l'histoire racontée par les gens de Montrose fut mise par les honnêtes dupes de Joe sur le compte de la persécution. Ainsi se termina ce complot abominable ; s'il avait suffisamment bien réussi pour que Richardson soit ramené à Nauvoo, l'ordre de Joe était de lui attacher une barre de fer aux épaules et de le jeter dans le Mississippi pour qu'il aille nourrir les poissons-chats.

Mon rôle dans cette affaire donna à Joe une totale confiance en moi, et renforça la croyance que j'étais en vérité un desperado. Il abandonna alors toutes les réserves qu'il avait gardées jusque-là et parut ne plus douter que j'appliquerais n'importe laquelle de ses décisions, aussi noire et condamnable fût-elle. Comme j'avais gagné toute sa confiance par ma conduite dans cette affaire, je fus admis dans toutes ses réunions secrètes et il se confia à moi si intimement qu'il me dévoila toutes les actions de sa vie qu'il avait l'occasion d'évoquer dans la conversation. Grâce à cela, je fus mis au courant de faits en relation avec les entreprises de vol, de meurtre et de contrefaçon dans lesquelles Joe trempait depuis des années et pour lesquelles il était aidé par des complices à travers tout le pays. Comme ces choses m'étaient simplement dévoilées par Joe, je ne prendrai pas le risque de donner maintenant des noms ; mais je crois que, si le gouvernement et le peuple voulaient s'en donner les moyens et s'engager résolument à débusquer ces bandits, je pourrais révéler suffisamment de faits pour permettre de découvrir nombre de scélérats dans cette bande qui infeste tout le pays et a son quartier général à Nauvoo. Oui, cette Ville Sainte et réputée de Nauvoo a été la cache de plus de marchandises et chevaux volés et de plus de voleurs qu'aucun autre endroit du monde ; et là, sous la protection des lois de la cité, qui interdisent à un officier de justice de rechercher des personnes ou des biens à moins que le mandat n'ait d'abord été contresigné par Joe et ne soit exécuté par le marshall de la ville, ils demeurent en parfaite sécurité.

Ce n'est pas la seule région aux abords immédiats de Nauvoo qui souffre des exactions de ces pirates de la terre ferme ; tout l'État, et l'Iowa et le Missouri en grande partie subissent le fléau. Oui, dans le Missouri, Joe a des amis et des émissaires. Mais assez sur ce sujet ; mon but est de dire ce que j'ai vu et entendu des événements qui se sont produits sous mes yeux, et pas ce qui se passait plus loin. Pourtant, quand le moment viendra, je ne resterai pas silencieux.

C'était peu après l'aventure que j'ai rapportée plus haut (15 janvier 1844) que Joe m'informa, au cours d'une conversation, qu'il tentait, depuis environ deux mois, de faire de Mme William Law son épouse spirituelle. Il me dit qu'il avait utilisé tous les arguments dont il disposait pour la convaincre de la rectitude de sa doctrine, mais en pure perte. Je lui demandai alors comment il osait prêcher de telles doctrines à des femmes vertueuses et bien intentionnées, au nom du Seigneur, et notamment dans ses visées envers Mme Law. Je lui fis remarquer que cela me surprenait de le voir manifester une telle amitié envers Law tout en essayant, dans le même temps, de détruire son bonheur en séduisant sa femme. A cela il répondit que Law était en train d'essayer de séduire Emma et qu'il était bien décidé à le battre. Je lui demandai alors si Emma savait qu'il avait autant d'épouses spirituelles, ce à quoi il répondit qu'elle le savait, et qu'elle connaissait chacune des actions de sa vie, et qu'il la jugeait la femme la plus vertueuse de la Terre ; et qu'elle ne lui serait pas fidèle si elle pouvait en avoir l'occasion. « Mais, ajouta-t-il, je la surveille de près, et j'ai l'intention de le faire toute ma vie durant. » Je lui demandai alors s'il avait motif de reprocher à Law d'essayer de séduire Emma. Il parut d'avis que Law ne ferait jamais pareille chose. Je lui rappelai alors qu'il venait de dire que Law avait effectvement essayé de séduire Emma, pour justifier son propre comportement envers l'épouse de Law mais qu'à présent il se contredisait en affichant une telle confiance en Law. Pour sortir de ce dilemme, il dit qu'à la vérité, Emma voulait Law comme époux spirituel, et qu'elle insistait sur le fait que, comme il avait de nombreuses épouses spirituelles, elle pensait qu'en toute justice, elle pouvait avoir au moins un homme scellé à elle , et elle voulait Law, parce que c'était « un gentil petit monsieur ». Il essaya alors de me convaincre de l'aider dans ses desseins concenant Mme Law et dit qu'il emploierait n'importe quel startagème pour parvenir à ses fins, et en arriva à me dire que lui et Emma avaient tous deux essayé de la persuader de la rectitude de la doctrine, mais qu'elle refusait de croire que cela pouvait être la volonté de Dieu. Je lui répondis qu'il devait exécuter ses plans lui-même, car je n'avais rien à faire dans ce genre de choses ; mais je fis remarquer que, si tout le monde était d'accord, lui et Law feraient mieux d'échanger leurs femmes ; ce à quoi il répondit que c'était justement ce que voulait Emma.

La conversation s'orienta alors vers d'autres sujets, et Joe se glorifia de ses exploits et de ses projets et avec quelle habileté il avait mis en place ses mesures. Il parla notamment de ses épouses spirituelles, et les appela « grands capitaines » au service de la réalisation de ses desseins , et fit observer que, grâce à elles, il pouvait obtenir l'argent de n'importe quel étranger. Je lui demandai comment il s'y prenait ; ce à quoi il répondit qu'il n'avait qu'à dire à certaines de ses épouses spirituelles qu'Untel avait participé à la guerre du Missouri et qu'il devait être écarté de la route, et que ses biens et sa fortune devaient être consacrés à l'usage de l'Église ; alors, dit-il, il est fou—ment facile pour elles d'entrer dans ses bonnes grâces et de mélanger un peu de poudre blanche à sa nourriture, et de s'en débarrasser. Je lui dis alors qu'il devait me donner le nom de ces femmes, car elles pouvaient m'être d'un grand secours pour exécuter des décisions secrètes. Il en vint alors à me donner le nom de femmes qui, me dit-il, iraient jusqu'au bout du monde pour lui ; mais je ne les révélerai pas ici. Ma raison pour garder le silence sur ce point est que le gouverneur, à qui j'ai dévoilé toutes les abominations que je rapporte dans ces pages, n'a pas suivi la bonne politique mais a dédaigné mes révélations. S'il avait marché sur Nauvoo comme je le proposais, avec une troupe, je suis prêt à mettre ma vie en gage que j'aurais pu lui fournir les preuves - les preuves accablantes - de chaque mot que j'ai prononcé. Dévoiler les noms, quand on avait la preuve sous la main, aurait atteint son but ; mais les mentionner dans ces pages ne ferait que ruiner le projet que j'ai en vue. En plus de cela, beaucoup des épouses spirituelles de Joe sont honnêtes dans leur croyance en la rectitude de cette doctrine, et, dans le monde, elles jouissent d'une réputation sans tache ; ce ne serait donc pas généreux de ma part (et le monde ne le comprendrait pas) de dévoiler les noms de personnes qui sont abusées et trompées, mais non perdues, et d'ainsi détruire leur réputation. Mais plus de précisions un peu plus tard.

Revenons aux visées de Joe sur Mme Law : pour arriver à ses fins, il fit état d'une révélation que Law devait être scellé avec Emma et que la femme de Law devait être sienne ; en d'autres termes, c'était un échange spirituel. Auparavant, Joe n'avait jamais eu de passion pour une femme qui l'ait conduit au point de devoir sacrifier Emma pour la satisfaire ; mais dans le cas présent, aucun doute, le projet était le plus coûteux en raison de la difficulté de l'accomplir.

Il peut être utile de noter ici que Law, bien qu'étant l'une des principales personnalités de l'Église, n'était pas l'un de ceux à qui avait été accordée la connaissance de « la plénitude du royaume ». Quoiqu'il fût un Mormon plein d'enthousiasme, il n'était que peu au courant de quoi que ce soit en dehors de ce qui avait un rapport direct avec l'Église. Il avait souvent entendu parler des épouses spirituelles par les Gentils ; mais lui, n'ayant pas entendu Joe professer cette doctrine, la considérait comme calomnie de ceux qui persécutaient l'Église. Pourtant, quand il fut mis au courant de cette nouvelle révélation, ses yeux s'ouvrirent et aussitôt, il rejeta cette doctrine avec indignation comme ne venant pas de Dieu mais du diable. Sa véhémence et son indignation étaient telles qu'il apparut clairement à Joe qu'il avait par trop présumé de la foi de Law et qu'il serait vain d'essayer de lui faire avaler cette doctrine. Il n'y avait donc pas d'autre solution, pour Joe, que de ruiner l'influence de Law ; il s'ensuivit un grand remue-ménage, et Law fut retranché de l'ordre saint. Cela plaça Law, qui était particulièrement sensible, dans un dilemme affreux ; et les fréquentes leçons qui lui furent faites agirent tant sur ses nerfs que j'eus bien peur qu'il ne devînt fou.

Un dimanche matin, Joe et moi eûmes une longue consersation à propos de Law, au cours de laquelle il m'avoua (pas pour la première fois, cependant) sa détermination de mettre Law hors de son chemin ; car il était devenu dangereux pour l'Église de Jésus-Christ, ou pour les Saints des Derniers Jours, et c'était la volonté de Dieu qu'il soit ôté. Malgré tout, il souhaitait agir de telle façon qu'il puisse obtenir la femme de Law. Il décida alors de faire appel à la police, comme on l'appelait officiellement (mais les Danites, en privé) dont le conseil municipal lui avait donné le commandement exclusif, avec le pouvoir de les renvoyer ou de les mobiliser à sa guise. Il décida d'en maintenir quarante en service, vingt à la fois, payés par la ville. La raison de cette façon de faire, selon ce qui fut annoncé aux gens, était qu'il pensait nécessaire d'avoir une surveillance sur la ville ; mais le vrai but, comme il me le révéla, était de tuer ses ennemis. Ces hommes (selon ce que me dit Joe) avaient prêté ce serment :

«  Vous, chacun et tous parmi vous , ayant reçu de la Première Présidence de cette Église le pouvoir du Saint Esprit, jurez que vous me protégerez, moi et les miens, dans toute mesure que je jugerai juste au regard de Dieu, ou que je considérerai comme nécessaire pour la prospérité de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours - sans excepter le meurtre et la trahison, avec l'aide de Dieu. »

Après m'avoir indiqué le contenu du serment, il fit observer qu'il pourrait, grâce à ces hommes, faire les choses proprement. Son projet était de se débarrasser non seulement de William Law mais aussi de William Marks. La hargne qu'il vouait à ce dernier avait crû du fait qu'il avait essayé de séduire la fille de Marks , qu'elle avait prévenu ses parents, et que ceux-ci avaient été furieux ; or Joe craignait leur influence. Pour cette raison, il déclara que ces individus, s'ils n'étaient pas maîtrisés, détruiraient l'Église. « Alors, dit-il, voici ce que je vais faire : je vais garder vingt hommes de quart, sous le commandement du capitaine Dunham, qui en choisira cinq pour accomplir la besogne ; quand ces deux hommes auront disparu, je ferai beaucoup de bruit à ce propos et crierai à la persécution. Alors, dit-il, est-ce que ce n'est pas un f—tu bon plan pour se débarrasser des traitres ? Mais, poursuivit-il, vous devez tenir Emma à l'écart, parce qu'elle pense tellement à Law qu'elle ne sera pas d'accord. » Je répondis que je le ferais. Il dit alors qu'il était décidé à conserver cette surveillance jusqu'à ce qu'il ait débarrassé la ville de ses ennemis, et qu'il y en avait quelques-uns dans le pays qu'il avait l'intention de faire passer par-dessus bord. Il dit que les persécuteurs avait déjà suffisamment fait souffrir l'Église, et qu'il ne l'accepterait pas plus longtemps : les gens devaient cesser les persécutions, ou bien il leur donnerait la dose nécessaire pour les arrêter. J'avais écouté patiemment, jusque-là, les projets insensés et diaboliques de ce scélérat, quand je pris une position ferme et décidée contraire à la sienne. Je pris notamment le parti de Law et Marks, parce que c'étaient les seuls en danger immédiat. Joe m'accusa de lui attacher les mains , et dit qu'il ne pourrait rien faire en cas d'opposition. Sur ce, un certain Mr Norton , qui avait d'une façon ou d'une autre été mis au courant de ces faits, donna à Law une idée de ce qui se préparait. Emma eut aussi vent de quelque chose qui éveilla ses soupçons, et je maintins l'affaire dans le flou en ne lâchant pas Joe en privé. Bientôt, la machination apparut presque au grand jour. Les gens se plaignirent vivement de l'énorme dépense des quarante gardes dont le salaire était maintenu sans qu'aucune raison valable en soit donnée, et le soupçon grandit à travers toute la ville que quelque travail secret était à l'étude. William et Wilson Law ayant entendu dire, selons les informations peu précises qu'ils avaient reçues, que l'un des deux ou Marks était le Judas que Joe cherchait , s'armèrent et allèrent chez Joe. Voyant cela, Joe fut saisi par le découragement et la peur, et il donna toutes les preuves de son inquiétude. Ils eurent une longue conversation au cours de laquelle Joe fit une remarque injurieuse, qui exaspéra tant Wilson Law qu'il sortit son pistolet et fit rapidement ravaler ses paroles à Joe. L'énervement était tel que William Law et Hyrum Smith eurent du mal à empêcher Wilson de tirer.

Joe, voyant son plan tomber à l'eau, décida de tirer profit de toute l'affaire, en criant à la persécution. Il convoqua donc le conseil municipal , et, pour montrer aux gens que les rumeurs qui avaient circulé concernant la machination contre Law n'avaient aucun fondement, il fit venir les quarante gardes et demanda à chacun s'il était lié par un serment rigoureux. Chaque homme parut tout-à-fait surpris : aucun n'avait jamais eu vent d'une telle chose, et ils ne savaient absolument rien d'une conspiration contre Law et Marks. C'est un aspect du jeu de Joe : à chaque fois qu'il est accusé d'une machination secrète, il appelle ses hommes, qui ont reçu l'ordre de paraître aussi niais que possible pour prouver la fausseté de l'accusation. Dans ce cas précis, ils poussèrent la niaiserie si loin que tout homme sensé aurait vu l'astuce ; mais les croyants furent convaincus que Joe avait été persécuté et bassement calomnié, et que les accusations contre lui étaient sans fondement. Joe, après avoir été innocenté par ses complices, se tourna vers le vieux Norton et, le traitant de tous les noms, lui dit qu'on devrait lui arracher la langue à la racine ; et il ajouta : « F–tu bonhomme, si vous colportez encore une fois une rumeur de cette espèce, sans plus de raison, je donnerai l'ordre qu'on vous fasse dégager et donne en nourriture aux poissons-chats. » Le pauvre vieux, qui était un Mormon sincère et un homme honnête, crut réellement que toute l'indignation du Ciel s'abattait sur lui, et donnait l'image parfaite du repentir et de la soumission. Après avoir passé sa rage sur le vieil homme, Joe se tourna vers le conseil municipal et déclara être le meilleur ami de Law , et il répandit si bien le mensonge que les frères Law furent poussés à garder pour eux ce qui s'était passé entre Joe et eux, et tout apparut bel et bon à tout le monde. Law ne savait pas que j'avais connaissance de tout ce qui s'était passé, jusqu'à ce que je lui donne un aperçu du danger où il se trouvait, et que je lui dévoile ce que je savais de l'affaire qui avait eu lieu entre Joe et lui. A partir de ce jour, nous nous comprîmes parfaitement.

Pour éviter une interruption de mon récit, j'ai passé sous silence une entrevue que j'avais eue avec Joe et Hyrum à l'époque où le projet d'assassiner Law fut ébauché. Avant d'avoir esquissé un plan particulier pour se débarrasser de Law, il envoya chercher Hyrum pour qu'il le conseille. Tous trois, nous entreprîmes une promenade vers la rive du fleuve, et Joe dit à Hyrum qu'il m'avait fait part de toute la machination contre Law, ce qui parut lui convenir ; mais il s'opposa au plan d'assassinat de Joe, et fut d'avis que si Law était éliminé de cette façon, ça leur aliénerait tout le monde des Gentils. Il suggéra alors ce qu'il appelait un meilleur mode d'opération, qui consistait à gagner l'amitié de Law en paraissant désolés et en s'excusant de ce qui s'était passé, et de l'inviter à une réception où ils pourraient facilement mettre une poudre blanche dans son thé. Joe réfléchit un moment à ce plan et dit qu'Emma se mettrait en travers du chemin et le refuserait. Hyrum repoussa cette objection en disant qu'il ferait en sorte que sa femme attire l'attention d'Emma, et qu'alors Mme Thompson et Mme Durfee se chargeraient de la besogne ; Law serait soudain pris de malaise, ils seraient appelés pour lui imposer les mains, et personne ne soupçonnerait la cause de la mort. Il jugeait ce plan beaucoup plus sûr que celui de Joe, parce que, s'ils suivaient l'autre, il causerait suspicion et difficultés. Joe dit qu'il prendrait la soirée pour y réfléchir ; peu après, nous arrivâmes à la Maison de Nauvoo, et Joe rentra chez lui. Hyrum et moi continuâmes seuls jusqu'au magasin de Joe. Je lui proposai de retourner du magasin vers le fleuve, souhaitant obtenir de lui de plus amples informations. Je lui posai alors quelques questions à propos de Mme Thompson, si on pouvait lui faire confiance, etc. Je lui dis que je ne voulais pas entrer en relation avec elle si elle n'était pas l'une des femmes secrètes. Il me répondit que je n'avais rien à craindre, car il avait en elle une confiance absolue. Il ajouta : « Si je devais lui dire de mettre des vêtements d'homme et de mettre le feu à l'usine de Law, elle le ferait. Oh ! mon Dieu ! c'est un capitaine ! » Je répondis que j'avais entendu dire que c'était une de ses épouses spirituelles, et qu'à présent, je n'en doutais plus. Il me demanda : « Qui vous l'a dit ? » Je répondis que c'était le Prophète qui me l'avait dit, et non seulement pour elle, mais pour presque toutes leurs femmes secrètes, et c'était une bonne chose car elles pourraient m'être utiles pour exécuter leurs plans. « Oui, dit-il, j'ai dormi entre elle et ma femme. » « Mon Dieu ! répliquai-je, comment avez-vous fait pour les empêcher de se disputer ? » « Oh ! répondit-il, ce sont des sœurs  ; et puis ce n'est pas tout, elles ne font qu'un dans le Christ Jésus. » Il se mit alors à me faire le récit de ses exploits avec ses épouses spirituelles , mais, pour les raisons que j'ai dites plus haut, je tairai leurs noms.

Il y a néanmoins des femmes qui doivent être nommément citées, telle cette Mme Durfee. Si l'on en croit la propre confession de Hyrum et les récits de Joe, il n'y a pas sur terre, me semble-t-il, perfection plus démoniaque ayant pris forme humaine. Un être plus dévot, pieux et vertueux que ce qu'elle paraît être, c'est impossible à trouver dans quelque église que ce soit ; mais en matière de malhonnêteté, de scélératesse et de tout ce que l'humanité compte de détestable, l'Union ne saurait produire un modèle plus accompli que ce qu'elle est réellement. Un étranger qui visite Nauvoo ne peut se faire aucune idée de la corruption qui règne dans la ville. Tout lui apparaît parfaitement calme et harmonieux, et il est favorablement impressionné, et de ce fait met tout ce qu'il entend dire contre les Mormons sur le compte de l'intolérance religieuse. Bien plus, il peut vivre des années à cet endroit, et ne savoir que très peu de choses de ses turpitudes, tellement Joe parvient à dissimuler ses crimes. Beaucoup de ceux qui étaient prêts à dire ce qu'ils savaient en furent empêchés, et le sont encore, par peur du pouvoir de Joe et du clan secret qui l'entoure. Quand quoi que ce soit de désagréable sera révélé, Joe, toujours prêt à prouver ce qui n'est pas, rassemblera son clan et prouvera qu'il est parfaitement innocent ; et ainsi, quelle que soit l'infamie de sa conduite en privé, celui qui s'aventure à la révéler non seulement risque sa vie, mais n'a guère d'espoir que l'on croie à son récit. La conduite de Joe avec les femmes de Nauvoo dépasse en noirceur tout ce que j'ai jamais entendu ou lu à ce sujet. J'ai, de sa propre bouche et de celle de ses victimes, des déclarations que je n'ose pas révéler, car le monde refuserait de croire qu'une pareille corruption puisse exister. Pourtant, si une protection pouvait être garantie à certaines de ces femmes qui furent les victimes de ces bandits (les dirigeants de Nauvoo), je crois que je pourrais fournir des confessions de leur propre bouche qui stupéfieraient le monde. J'ai souvent rendu visite à ces femmes que Joe entretenait pour satisfaire ses désirs ; je les ai trouvées subsistant de la façon la plus fruste, et n'osant pas dire un mot pour se plaindre, car elles craignaient Joe Smith plus que leur Dieu. J'ai fait appel aux sentiments plus délicats de leur caractère, et les ai vues pleurer comme des enfants, quand elles ressassaient l'état de dégradation auquel leur crédulité les avait réduites. Sachant que j'avais la confiance de Joe, elles n'hésitaient pas à me faire part de leurs griefs, mais leurs voisins et leurs connaissances ignoraient généralement tout de leurs sentiments ou de leur déréliction. Cette remarque ne vaut que pour une partie de ses épouses spirituelles, car il y en a beaucoup d'aussi dépravées que Joe lui-même.

Selon ce que je sais du système des épouses spirituelles, je serais enclin à penser que le nombre de femmes secrètes à Nauvoo n'est guère inférieur à six cents. Il y a de nombreuses femmes mariées, aussi bien que des célibataires, dans ce nombre ; et elles mènent leurs opérations si sournoisment que les maris de beaucoup d'entre elles n'ont jamais eu le moindre soupçon. À l'occasion, une affaire de cette sorte venait au jour, ouvrant les yeux de quelques personnes ; et les choses en étaient arrivées à un tel degré d'évidence, au début de ce printemps, que tout homme dans cette ville qui n'était pas aveuglé par le fanatisme au point de douter de ce que lui prouvaient ses propres sens, aurait pu voir quelles abominables turpitudes s'y pratiquaient. Conséquence des découvertes faites à ce moment-là par les deux frères Law, le Dr Foster et d'autres, et du scandale qui suivit, beaucoup des membres les plus intelligents et respectables de l'Église firent sécession, dénoncèrent Joe comme un prophète déchu et créèrent une nouvelle société.

Mais, pour revenir à ma conversation avec Hyrum, après m'avoir fait part de son expérience dans le système des épouses spirtuelles, il me pressa de prendre quelques femmes et m'en nomma une ou deux qui, dit-il, me conviendraient. Je le remerciai et lui dis que je n'avais nul désir d'établir des relations avec des femmes dans la ville, mais que, si je changeais d'idée, j'accorderais la préférence à celles qu'il avait choisies, en partie. Comme nous revenions au magasin, nous rencontrâmes le Dr Richards , et Hyrum lui dit qu'il prophétiserait sur ma tête que je rejoindrais bientôt l'Eglise, et deviendrais aussi grand que Paul le fut jamais. Je ne répondis que succinctement et les laissai ensemble. Je descendis chez Joe et, en entrant, trouvai Joe en train de parler avec Emma, qui pleurait à chaudes larmes. Je demandai à Joe s'il y était pour quelque chose. En réponse, il me dit d'aller dans la salle de réunion, et qu'il viendrait tout de suite. J'y allai donc, et trouvai Porter Rockwell en train de balayer la pièce. Après que j'eus pris un siège, Rockwell fit observer qu'il y avait du grabuge au camp. Je répondis : « Oui, et ça semble être sérieux. » Immédiatement après, Joe entra et prit un siège à côté de moi. Il paraissait fâché avec Emma parce qu'elle s'opposait à son plan contre Law. Il dit qu'elle devenait folle de ne pas pouvoir avoir Law comme époux spirituel et qu'il serait obligé de se débarrasser des épouses spirituelles qu'il gardait près de la maison.

Du coup, en quelques jours, Joe renvoya ses locataires et Ebenezer Robinson prit la maison. Joe et toute sa famille prirent pension chez lui ; et c'est ainsi que dix ou douze pauvres femmes qu'il avait grugées, et dont quelques-une croyaient réellement partager la couche de l'Esprit Saint, furent privées de toit et de logement et livrées à elles-mêmes. La raison de Joe (telle qu'elle fut présentée aux gens) pour renvoyer ses locataires fut qu'il avait trop de travail et n'avait pas assez de temps pour s'occuper à la fois des questions domestiques et des affaires de l'Église.

Mais revenons à ma conversation avec Joe dans la salle de réunion. Il me dit qu'il était fermement décidé à ne laisser aucun traître vivre dans la ville, et qu'il y en avait plusieurs dans la région qui - dit-il - devaient passer par-dessus bord. Il nomma les frères Law, le Dr et C. A. Foster, Higbee, Kilbourn de Fort Madison, Fleak de Keokuk, Sharp, le colonel Williams, H. T. Wilson et A. Simpson qui, dit-il, étaient un tas de f—tus bandits de persécuteurs, et qui, par leur influence, asséchaient sans cesse le sang de son cœur ; et il pousuivit : « Je veux prophétiser, au nom de Dieu, que chacun de ces f—tus serpents sera éliminé. Voilà, dit-il, je l'ai dit au nom du Dieu Tout-Puissant, et un par un, ils disparaîtront, et ma prophétie se réalisera à la lettre. Maintenant, n'allez pas vous opposer pas à moi, car vous voulez affaiblir mon bras. » J'avais du mal à savoir si je devais être le plus stupéfié par le scélérat démoniaque ou le présomptueux insensé. Il semblait penser pouvoir, en toute impunité, débarrasser le pays de ses ennemis. Je ne doute pas qu'il le pouvait quand il n'était affaire que de légalité ; mais l'expérience passée aurait dû lui apprendre à craindre la vengeance d'une foule excitée. Après m'avoir donné cet avertissement, il me fit observer que, si je voulais bien renforcer son bras, il m'encouragerait dans le monde. Ce fut peu après cette conversation que je commençai à m'opposer à lui à propos de son plan contre Law ; je ne le fis pas, cependant, tant que le plan ne fut pas mûri. Quand cela parut certain, je pris une position ferme et, en présence de son conseil secret, et devant plusieurs de ses Danites, je dénonçai la machination comme un acte insensé, lâche et condamnable de scélératesse. Il vit bientôt que je n'étais pas ce qu'il avait imaginé que j'étais et, comme un jalon dans l'accomplissement de son grand projet, il trama une machination pour me faire disparaître. Il parut, en toutes choses, plus amical que jamais , et je commençai à me méfier d'un mauvais coup ; mais je n'en eus aucune preuve pendant quelque temps, jusqu'à ce que certaines de ses femmes me révèlent qu'une machination contre moi était en marche.

Pendant ce temps, j'essayai de lui parler d'autre chose que de sa machination contre Law, et je donnai à Law quelques indications sur les dangers qu'il courait, mais pas de nature sûre et précise, par crainte de le voir se précipiter, mais pourtant suffisantes pour le mettre sur ses gardes. Pour pouvoir obtenir toutes les informations voulues sur les projets secrets contre moi, j'entrepris une correspondance avec la fille de Hyrum Smith , et je gagnai si pleinement sa confiance qu'elle épia chaque mouvement et me rendit compte de ses observations. Par elle, j'obtins beaucoup d'informations importantes et, parmi le reste, la vérité sur certaine rumeur qui avait circulé en ville, selon laquelle Joe avait simulé une révélation pour pouvoir obtenir la femme de William Smith comme épouse spirituelle. C'était pendant l'hiver 1842-1843, pendant que William était au Parlement, et avant ma dernière installation à Nauvoo. Sa femme lui écrivit et lui raconta les avances que Joe lui avait faites - ce qui mit William hors de lui et suscita presque le désordre dans la Ville Sainte. Quand William revint à Nauvoo, il fustigea violemment le Prophète du Peuple. Lavina (la fille de Hyrum), dans une conversation avec moi, déclara que le récit précédent était authentique, et dit que ce n'était pas le pire. Je la pressai de tout me raconter, et elle finit par me dire que, vers la fin de mai 1843, Joe avait prétendu avoir reçu une révélation pour obtenir de prendre comme épouse spirituelle Mme Milligan, sa propre sœur. C'était juste après le départ de William de Nauvoo pour prendre la présidence d'une branche de l'Église à Philadelphie, Joe et lui ayant étouffé leur différend. Quand Mme Milligan apprit cette révélation, elle écrivit à William, lui rapportant la conduite de Joe, et dit qu'elle retournerait dans l'État du Maine pour y passer l'été. Quand elle reçut une réponse de William, elle partit comme prévu. Dans sa réponse, William donnait à Mme Milligan un conseil avisé concernant Lavina, la mettant en garde de ne pas laisser Joe profiter d'elle. Toutefois, avant l'arrivée de cette lettre, Joe eut une révélation concernant Lavina, qui vivait alors chez lui et s'occupait de sa grand-mère. Lavina alla voir sa tante, Mme Milligan, pour lui demander conseil, et lui demanda si c'était correct au regard de Dieu. Mme Milligan lui dit de ne pas obéir et pleura amèrement à la pensée que Joe était assez vil pour essayer de séduire d'abord la femme de William, ensuite sa propre sœur et finalement sa nièce. Elle conseilla à Lavina de quitter la maison de Joe et de claquer la porte comme elle le ferait d'une maison de mauvaise réputation. Ainsi fit Lavina.

A la même époque, j'eus une conversation avec Joe (qui, il faut le rappeler, manifestait encore une grande amitié à mon égard, sans doute dans un sinistre dessein) à propos de la doctrine des épouses spirituelles. Joe avait bu assez généreusement , et j'abordai le sujet des rumeurs concernant Mme Milligan et Lavina. Joe ne voulut pas reconnaître qu'il avait essayé de séduire sa propre sœur, mais admit tout ce qui avait trait à sa relation avec Lavina, et me dit qu'il avait obtenu de Hyrum qu'il y consente en lui donnant une de ses filles spirituelles, que Hyrum aimait tendrement (une Mlle S.). Il me dit qu'il avait perdu Lavina par la bêtise de Clayton ; mais, dit-il, « je l'aurai encore. » Ce William Clayton est l'un des secrétaires privés de Joe, et un complice toujours prêt pour les basses besognes. Il avait vécu avec sa femme et la sœur de sa femme, en commun, depuis l'année précédente, et avait des enfants des deux. C'est cet homme que Joe avait chargé de mener sa nièce sur la voie de l'abjection, le secondant par de prétendues révélations. Mais la jeune fille innocente avait été avertie en temps par sa tante, qui l'avertit de ne pas écouter les conseils infâmes de son oncle et de son père et échappa ainsi au gouffre dans lequel tant d'autres sont tombées. A propos de Mme Milligan, je dois noter que, bien que je ne la connaisse pas personnellement, j'ai souvent entendu parler d'elle par les épouses spirituelles de Joe, qui n'ont jamais manqué de faire son éloge, comme étant une femme au caractère noble et excellent. J'ai souvent entendu certaines d'entre elles me dire, quand je leur faisais le tableau de leur condition sans espoir : « Oh ! si j'avais suivi l'avis de Mme Milligan ! J'aurais pu échapper à l'infamie à laquelle je suis maintenant réduite ! » D'où il apparaît que Lavina n'était pas la première qu'elle ait mise en garde.

Comme mentionné plus haut, quand Joe vit que que je m'opposais à ses plans lâches et malfaisants concernant Law, il commença à manigancer pour m'ôter la vie ; mais, comme j'avais plusieurs confidentes parmi les femmes, je savais d'où soufflait le vent avec lui, mais je décidai de quitter la ville dès que je pourrais régler une affaire que j'avais en cours. La première machination dont je fus informé consistait à mettre sur pied une expédition en Californie et à me tuer en chemin. J'avais vécu en Californie , et Joe savait que j'avais traversé la prairie. Il proposa donc d'envoyer une compagnie de ses Danites en Californie, sous mon commandement, pour explorer la région et étudier la création d'une branche de l'Église. Cette affaire fut discutée pendant plusieurs jours , sans que j'en soupçonne le but. Pourtant, une dame, qui avait entendu une conversation entre Joe, Hyrum et le Dr Richards, vint me trouver et me fit comprendre ce qui se préparait, et me dit que la machination consistait à partir, me tuer, puis revenir en disant que les Indiens avaient tué leur guide, et qu'ils avaient été obligés de rentrer ; tel était le seul but de l'expédition en Californie, et elle me fit jurer de ne jamais révéler son nom. C'est une jeune dame qui vit encore à Nauvoo, et elle est obligée d'y vivre, et je serais désolé de lui créer des ennuis alors qu'elle est encore retenue. J'ai de bonnes raisons de croire aux déclarations de cette dame, car elles ont les motifs les plus purs, et dès que j'eus refusé d'aller en Californie , toute l'affaire fut abandonnée, et je n'ai jamais plus entendu parler de cette expédition.

La machination suivante dont j'entendis parler fut une invitation de Willard Richards à aller avec lui chasser dans l'Île. Là, plusieurs hommes devaient être placés en embuscade pour m'abattre et courir vers la ville en criant « Émeute ! persécution ! les Missouriens ! » Cette machination me fut aussi dévoilée par une jeune dame qui souhaitait me rendre service. Peu après cette révélation, Richards me rencontra dans la rue et me proposa une partie de chasse dans l'Île. Je répondis de façon évasive, et lui donnai une indication claire sur son dessein.

Une autre machination, qui fut découverte pendant son exécution fut celle-ci : je dormais, chez Snyder, au rez-de-chaussée, juste sous une fenêtre. Une nuit, je fus réveillé par une sorte de bruit de grignotage, comme le rongement d'un rat. Un rideau obstruait la fenêtre, et l'assassin essayait d'enlever le mastic de la vitre puis d'écarter le rideau pour assurer son tir. En entendant ce bruit, je me levai doucement et saisis mon pistolet. Mais le bandit entendit du bruit et s'enfuit. Au matin, ses traces de pas étaient visibles, le mastic enlevé de la vitre était aussi un témoin et, dans la précicpitation de la fuite, la barrière avait été renversée. Ces choses furent constatées par nombre de personnes de la famille Snyder, et d'autres, qui confirmeront mes déclarations. Après ces dernières preuves des intentions de Joe de s'en prendre à ma vie, j'allai plusieurs fois le voir, mais ne pus jamais le trouver. Il était malade, ou absent, et ce genre d'excuse était tout ce que je pouvais obtenir. O. P. Rockwell eut une fois l'impudence de me demander « quelles étaient mes affaires avec le Général. » Je lui répliquai que c'était une question entre lui et moi. J'étais décidé à tenir tête à son infamie, et, à la moindre provocation, à l'abattre. Peu après la dernière atteinte à ma vie mentionnée précédemment, je quittai la Ville Sainte.

S'agissant de Lavina Smith, je n'aurais pas mentionné son nom s'il n'y avait eu que William Smith, l'été dernier, à Saint-Louis , m'a fait, quant à la conduite de Joe envers elle, Mme Milligan et sa femme, la même déclaration que j'ai détaillée plus haut. William a fait remarquer que Mme Milligan avait toujours contrecarré Joe, et qu'elle l'aurait toujours fait ; et la raison pour laquelle Joe l'avait traité comme il l'avait fait était qu'il s'était toujours opposé à ses projets démoniaques d'assassinats. Je crois que William a trop le sens de l'honneur pour renier ces déclarations ; en effet, à une époque, il aurait suffi de peu pour le pousser à dénoncer Joe et tous ses projets ignobles.

J'ai donc donné un bref aperçu de quelques-unes des pratiques condamnables qui ont cours, au nom de la religion, à Nauvoo ; mais, pour éviter de couper mon récit, j'ai omis de rapporter quelques sujets qui ont précédé mes observations. On sait généralement que Joe Smith fut candidat à la Présidence des Etats-Unis. On considéra cela avec dédain et amusement, car personne ne put croire que Joe eût envisagé de réussir ; mais il avait des amis même dans cette affaire, qui était plus subversive et plus secrètement avancée que ne pourrait l'imaginer quelqu'un ne le connaissant pas. Son plan était simplement celui-ci : il y avait un Mr Brown , venu de Rushville, dans l'Illinois, dont je fis la connaissance à Nauvoo peu après mon arrivée. Cet homme était un extraordinaire génie de l'invention, et il avait conçu une pile sous-marine et un navire incendaire à vapeur qui, selon toute apparence, est susceptible d'une grande réalisation. Il me dit qu'il y travaillait depuis vingt-et-un ans , en perfectionnant son ouvrage, mais n'avait pas les moyens de porter le projet devant la nation, et que Joe lui avait fait une proposition qui l'avait conduit à se retirer à Nauvoo. Cette proposition était de lui fournir les moyens de se rendre, avec G. A. Adams et Orson Hyde, en Russie , où l'invention serait présentée au tsar ; et comme Joe était persuadé d'être élu, il pensait tirer beaucoup d'argent du secret, argent que Joe et Brown se partageraient. C'est ce qu'on fit croire à Brown, mais c'était loin d'être le but véritable de Joe. Son vrai but, comme il me le dévoila, était le suivant : il se présentait d'abord à l'élection présidentielle et pouvait ainsi prouver à l'Empereur de Russie sa force aux États-Unis. Il enverrait alors G. A. Adams, Orson Hyde et Brown en Russie, et une fois l'utilité de l'invention clairement démontrée au tsar, la proposition de Joe devait lui être présentée : former une alliance pour renverser les pouvoirs en place. Alors, cela peut paraître le comble du ridicule pour un homme que d'envisager cela ; néanmoins, personne ayant connu la vanité sans borne de Joe ne doutera qu'il ait cru pour de bon pouvoir réaliser une union aussi absurde. L'idée de Joe était, grâce à l'invention de Brown, d'entrer en relation avec le tsar et, comme il avait toute confiance dans l'efficacité de la nouvelle découverte comme matériel de guerre, il imagina que, si Sa Majesté pouvait voir ne serait-ce qu'une fois l'ouvrage merveilleux, elle serait vivement désireuse de le prendre comme associé aux bénéfices, pour le bien de ses avantages. Aussi délirant que ce projet puisse paraître, il ne l'est pas plus que beaucoup de ceux qui ont accompagné le Mormonisme depuis sa plus tendre enfance.

Je pense opportun de mentionner ici que j'ai parlé au gouverneur Ford, après son arrivée à Carthage , de ce que j'ai révélé dans ces pages ; et, plus encore, que j'étais prêt à jurer que, si une escouade suffisante pour me protéger m'était fournie, j'irais Nauvoo et montrerais les passages secrets et lieux cachés dans la ville, et fournirais les preuves les plus solides confirmant la véracité de ce que je lui avais indiqué à propos de la fausse monnaie, de l'outrage des épouses spirituelles, des projets d'assassinat, de la corruption de la police, etc. A un moment, un ordre fut donné d'envoyer des forces à Nauvoo , à cette fin je présume, mais après l'arrivée d'un certain homme politique , les choses changèrent ; l'ordre fut annulé, et les troupes furent dissoutes en pleine campagne , en cours de trajet. Le monde connaît les conséquences qui découlèrent de cette dispersion. Les limites de ces pages interdisent tout remarque supplémentaire à ce sujet.


 

APPENDICE

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Les témoignages sous serment qui suivent, venus d'hommes dont la véracité ne peut être mise en question, sont ajoutés comme preuves corroborant l'authenticité des déclarations contenues dans les pages précédentes , et ne demandent aucun commentaire ; elles parlent d'elles-mêmes.


ÉTAT DE L'ILLINOIS,
Comté de Hancock,

DEVANT le soussigné, juge de Hancock, État de l'Illinois, s'est présenté personnellement Harmon T. Wilson , qui, après avoir prêté serment, a fait la déposition suivante : que, dans la dernière partie de l'hiver et au début du printemps 1842, il a eu plusieurs conversations avec Joseph H. Jackson en relation avec l'interpellation de Joe Smith en vertu d'un mandat venu du Missouri. Jackson proposa alors d'aller à Nauvoo et de gagner, si possible, la confiance de Smith pour pouvoir dévoiler ses crimes et coopérer avec l'agent du Missouri et moi-même pour arrêter Joe et le présenter à la Justice, proposition à laquelle j'ai acquiescé. Ici s'achève le témoignage de ce déclarant.

H. T. WILSON

Juré et signé devant moi ce 14 août 1844 de notre ère.

GEO. ROCKWELL. J. P. [L. S.]

ÉTAT DE L'ILLINOIS,
Comté de Hancock,

S'EST PERSONNELLEMENT présenté devant moi, juge de paix en poste dans et pour le comté de Hancock, Michael Barnes , ayant auparavant dûment prêté serment, déclare et dit qu'à un moment durant l'hiver ou le printemps de 1843, Joseph H. Jackson s'est rendu dans la ville de Nauvoo pour dévoiler les crimes de Joseph Smith ; qu'il (Jackson) croyait que Joe Smith lui avait tiré dessus (sur lui, Jackson) durant l'hiver et qu'il (Jackson) était décidé à se venger. Ici s'achève le témoignage de ce déclarant.

Michael BARNES, Jr

Juré et signé devant moi ce 13 août 1844 de notre ère.

R. F. SMITH , J. P. [L. S.]

ÉTAT DE L'ILLINOIS,
Comté de Hancock,

Benj. A Gallop , après avoir dûment prêté serment, déclare et dit : que, pendant qu'il était à Nauvoo pour affaires, les 24 et 25 juin de l'an 1843 de notre ère, au cours d'une conversation avec J. H. Jackson, j'en vins à la conclusion qu'il (Jackson) était un espion enquêtant sur le caractère et la conduite de Joe Smith, le Prophète Mormon, dans une intention inconnue du déclarant. Ici s'achève le témoignage de ce déclarant.

BENJ. A. GALLOP.

Juré et signé devant moi ce 13 août 1844 de notre ère.

R. F. SMITH, J. P. [L. S.]

Thomas L. Barnes , après avoir dûment prêté serment, déclare et dit : une fois, en décembre 1842 , j'étais à Nauvoo pour affaires ; pendant que je m'y trouvais, je fis la rencontre de Mr Joseph H. Jackson. Il m'informa que, quelques soirées auparavant, quelqu'un, inconnu de lui, lui avait tiré dessus, et qu'il croyait que cela venait de quelque disciple de Joe Smith. Je lui (à Jackson) demandai alors de venir avec moi et de passer le reste de la nuit chez moi. Pendant qu'il y était, j'entendis fréquemment Jackson parler des disciples de Joe Smith ; il dit qu'il croyait que Joe Smith était le pire bandit qui ait jamais existé, et qu'il pensait pouvoir gagner sa confiance et ainsi dévoiler ses crimes, ce qu'il dit être décidé à faire.

Mr John Finch m'a informé qu'il était présent et accompagnait Jackson quand on lui a tiré dessus (sur lui, Jackson), et a essuyé de son visage la poudre qui venait du coup de pistolet. Ici s'achève le témoignage de ce déclarant.

THOMAS L. BARNES

Juré et signé devant moi ce 13 août 1844 de notre ère.

R. F. SMITH, J. P. [L. S.]

ÉTAT DE L'ILLINOIS,
Comté de Hancock,

S'est personnellement présenté devant moi, juge de paix en poste dans et pour le sus-dit comté, Alexander Barnes , et après avoir dûment prêté serment, déclare et dit qu'à plusieurs reprises durant l'hiver et le printemps de 1843, Joseph H. Jackson m'a assuré qu'il avait l'intention de se rendre à Nauvoo, avec l'intention de dévoiler les crimes perpétrés par Joe Smith et sa bande, et qu'il (J. H. Jackson) croyait que Joe Smith était à l'origine de la tentative d'attenter à sa vie en lui tirant dessus, à une certaine occasion, de nuit, dans la première partie de cet hiver, et qu'il (Jackson) était décidé à se venger. Ici s'achève le témoignage de ce déclarant.

ALEXANDER W. BARNES

Juré et signé devant moi, juge de paix en poste dans et pour ledit comté, ce 13 août 1844.

R. F. SMITH, J. P. [L. S.]


FIN

  Nota-bene : cette traduction a été réalisée à partir d'un exemplaire appartenant à la
 Bibliothèque LovejoyLovejoy Library
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