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Oyiwen ed tanemert_______ Page mise à jour le 25 janvier 2020 vers 08h30 TUC    

De James Hampton à ST JAMES

Le Manuscrit Voynich  ou les ambigrammes  disposent de sites francophones pouvant servir de référence et permettant de se limiter ici à Quelques réflexions à propos de…  Il n'en va pas de même pour James Hampton, qui semble ignoré (y compris dans la version en français de Wikipédia, où il n'est mentionné que comme homonyme de l'acteur).

C'est pourquoi il a paru bon de faire précéder la partie consacrée à son Carnet  (qui est la raison d'être de cette page) de deux autres, consacrées l'une à la vie de son auteur, l'autre à sa sculpture . Toutefois, pour éviter la dispersion et l'à-peu-près, chacune de ces deux parties est formée par la traduction d'un document unique ; ainsi peut-on espérer gagner en cohérence et en clarté ce qui sera perdu en esprit encyclopédique. Seule la troisième partie répond au programme habituel de Quelques réflexions sur le Carnet ST JAMES .


Sommaire

 

Puce 1   Une vie, d'Elloree à Washington, D.C.

 

Puce 2   Un chef d'œuvre  sans Compagnons 

 

Puce 3   Les écrits de ST JAMES


Puce 1   Une vie, d'Elloree à Washington, D.C.


Traduction d'un article de Greg Bottoms publié dans le numéro 17 de la revue Creative Nonfiction  en mars-avril 2002, et repris sur le site UTNE  dans cette page  [⇒] et les suivantes, sous le titre de The Gospel According to James
(L'Évangile selon Jacques ).

NB1- Quelques précisions sur
NB2- Malgré mes efforts, quelques mots ou expressions n'ont pas pu trouver de traduction sûre (sans que le sens général en soit affecté). Dans ce cas,

Dans les deux cas, le texte original est indiqué en note.
NB3- Dans l'ensemble du texte (comme dans le suivant), Amérique  et américain  font référence aux (seuls) États-Unis.


  
1-

St. James ne se considérait pas comme un artiste. Son but se situait bien au-delà de l'art. Il ne se considérait pas comme un artiste « populaire (1) » ou « marginal » ou « primitif » ou « visionnaire ». Il ne se considérait comme rien de ce dont les érudits l'ont qualifié depuis sa mort en 1964. Il ne savait même pas ce que ces noms signifiaient, pas dans le sens où ils les employaient, en tous cas. Un art des « petites gens (1) » ? C'est ainsi qu'il appelait les siens, là-bas à Elloree, en Caroline du Sud, où sa sœur s'asseyait sur une terrasse délabrée, remerciant Jésus pour la lumière du jour, où les champs s'étendaitent jusqu'à la bordure du ciel, où « le meilleur Porc de Bar-B-Que au monde » venait de derrière le Stop-N-Go (2). Et « marginal » ? Mon gars, ça, c'était facile : n'importe quel Noir en Amérique.

Quand il a commencé le Trône du Troisième Ciel de l'Assemblée générale du Millenium des Nations, une sculpture de 180 pièces faite des déchets d'un monde à l'agonie, dans ce vieux garage loué dans le nord-ouest de Washington, D.C. (3), où la misère pouvait battre votre âme jusqu'à la transformer, où un homme avait plus de chances de vous mettre une balle dans le corps que de vous serrer la main, il n'aurait jamais imaginé qu'un jour, le Trône serait exposé dans un musée, sous un éclairage recherché, sur un fond de pourpre majestueuse, où un gardien (son semblable) viendrait la nuit pour tout épousseter.

Il a construit Le Trône  pour préparer le monde pour les Temps de la Fin, la Seconde Venue de Jésus-Christ, notre Sauveur, comme il est annoncé dans l'Apocalypse . Il travaillait la nuit comme gardien dans divers bâtiments publics dans le District, balayant le plancher et chantant des cantiques venus de son enfance à Elloree, là où il a vu pour la première fois le visage de Dieu quand il était encore enfant – pas une ombre qui tombe dans un coin ou quelque chose qui couve à la limite du champ de vision, pas un sentiment qui lui aurait chatouillé l'épine dorsale ou l'aurait enveloppé dans la chaleur de l'Esprit, mais le vrai visage de Dieu  – brillant là devant lui, une nuit, comme une explosion sur l'écran d'un cinéma en plein air. C'est à ce moment qu'il a su qu'il avait été choisi, qu'il a su qu'il était un saint, qu'il a su qu'il avait reçu la vie, cette vie terrible, et admirable, pour servir Dieu.


2-

James Hampton fils est arrivé dans la cuisine familiale à Elloree en 1909, avec le satiné et le brillant de la naissance, le visage tourné vers le ciel, criant comme un vrai Baptiste du Sud. Il fut appelé comme son père, un chanteur de gospel et prêcheur baptiste auto-proclamé qui abandonnerait plus tard sa famille (une épouse et quatre enfants, dont James), au début des années 20, pour voyager à travers les campagnes du Sud et prêcher.

En 1928, à l'âge de dix-neuf ans, après une enfance vouée aux travaux agricoles, à la famille et à une religion stricte, James partit pour Washington, D.C., pour y rejoindre son frère aîné, Lee. La ville était un monde nouveau – plus grand, pourtant (pour un plus ou moins claustrophobe) plus rude, mais beau, aussi, avec les grands monuments d'Amérique se dressant dans le ciel, presque comme s'ils s'élevaient du ghetto où vivaient James et son frère.

Pendant plus de dix ans, James travailla comme cuisinier dans divers établissements de restauration rapide à travers tout la ville, sans se confier, entendant des voix qui chuchotaient, prenant des pauses pour prier au lieu de pauses pour fumer {[…]} (4). À la fin d'une journée de douze ou quatorze heures, il rentrait chez lui, {[…]} (5) épuisé, passant devant des hommes qui dormaient dans les allées et des garçons qui s'accrochaient aux coins des rues comme des bandes de jeunes loups ; devant des prostituées qui disaient : « Hé ! jeune homme, hé ! Jésus, ce que j'ai te fait voir les anges, bébé. » Il gardait les yeux rivés sur l'herbe qui poussait dans les fissures, sur des cigarettes, des capsules, une balle de révolver.

Il rapportait chez lui sa journée dans un nuage d'odeurs fortes : vieux légumes, café, viande, graisse, déchets. Et il pouvait encore entendre l'écho des plats qui s'entrechoquent et des cloches qui vous appellent, même dans la demi-tranquillité de la nuit ; et quelque part au-dessous de tout le bruit du monde résonnant dans sa tête – résonnant sans cesse dans sa tête – il entendait le chuchotement de Dieu comme le bruit de ses propres dents, comme son propre pouls. Il se douchait dans l'appartement que Lee et lui avaient loué, lisait ses passages préférés de la Bible – la Genèse, l'Évangile de Jean, et l'Apocalypse – et dormait, du sommeil que donne un travail rude. Ensuite, il se levait et refaisait tout, une fois encore. Jour après jour. Mois après mois. Année après année. Le monde plein de bruit dans sa tête. Et au-dessous du bruit, juste au-dessous, Dieu.


3-

De 1942 à 1945, James servit dans l'armée, au 385ème Escadron aérien (non combattant), au Texas puis à Seatle, Hawaii, Saipan et Guam. Son unité était spécialisée dans la charpenterie et l'entretien, et James fit (supposent les exégètes) la première pièce de son Trône, un petit objet en forme d'aile richement décoré avec des feuilles métalliques, en 1945, sur l'île de Guam.

Il retourna à Washington en 1946, après avoir reçu une Étoile de Bronze et un état de services honorable. Il loua une chambre dans une pension non loin de l'appartement de son frère. Il trouva alors un emploi dans l'Administration des Services généraux, comme gardien.

Après une brève maladie, Lee mourut subitement en 1948. Lee n'était pas seulement le frère de James ; il était son meilleur ami, peut-être son seul ami, et désormais, James (seul mais pas isolé parce qu'il savait que toute chose fait partie de Son plan) se mit à consacrer tout son temps à l'élaboration du Trône.

Certains jours, le ciel bas et gris emplissait son crâne comme du coton, et il oubliait tout sauf Dieu, oubliait qui et où il était, et c'était beau, cette espèce d'oubli, mais alors, il sortait dans la rue, marchant droit comme toujours, sa frêle silhouette serrée dans le bel uniforme de l'Administration des Services généraux, et il avait soudain cette illumination, il pouvait voir le désespoir comme recouvrant la vie, respirant le brouillard à travers les rues. C'était tout ce qu'il pouvait faire pour ne pas s'écrouler quand il partait travailler ces jours-là, quand il allait nettoyer le plancher et les toilettes des gens qui dirigent le monde.


4-

En 1950, sur une injonction de Dieu reçue dans un rêve, James loua un garage abandonné (sur N Street NO) à un commerçant des environs, lui disant qu'il travaillait sur quelque chose qui demandait plus d'espace qu'il n'en avait. Le garage était au bout d'une allée, hors de vue des passants, dans un quartier encore plus dangereux que le sien. C'était sombre et poussiéreux, avec des murs de brique, un sol cimenté, et des lampes pendant au bout de fils électriques qui, au plafond, reliaient les poutrelles grinçantes. Les rats filaient dans l'allée, revenant précipitamment derrière les poubelles. Les toiles d'araignées formaient des voiles brumeux dans les coins. C'était affreux. C'était parfait. C'était juste là que Dieu voulait que soit Le Trône.

Pendant les quatorze années suivantes, James trouva son rythme. Il exerçait son métier jusqu'à minuit, balayant les sols et ramassant les ordures dans les bâtiments publics ; puis il venait au garage pour faire son vrai travail durant cinq ou six heures, suivant de près ce que Dieu lui disait, rentrant dormir chez lui quand la lumière rosée de l'aube atteignait le Monument de Washington.

Parfois l'après-midi et souvent en fin de semaine, il rendait visite aux magasins locaux de meubles d'occasion, s'enquérant des prix avec une voix proche du murmure. S'il aimait quelque chose, il revenait plus tard, avec un chariot pour enfant et une pochette de billets d'un dollar pliés, souples et usés comme du papier de soie. Il emportait des choses qui laissaient les marchands perplexes : tables sans pieds, bureaux sans tiroirs, maisons de poupées à moitié écrasées, tabourets bancals.

Plus tard, vous auriez pu le voir sortir d'un bâtiment officiel avec un sac-poubelle plein d'ampoules grillées ; ou peut-être le croiser dans la rue avec un sac de jute, demandant aux clochards de lui vendre le papier métallique de leurs bouteilles de vin. Il fouillait les poubelles pour trouver du verre de couleur, des emballages de sandwich, du carton. Et, bien sûr, le plus gros avantage de travailler pour le gouvernement américain tenait dans sa propension au gaspillage, jetant du matériel en excellent état parce que quelqu'un n'aimait pas son aspect. Ce qu'il y avait de meilleur, quand on passait nettoyer derrière les gens qui dirigeaient le monde, c'est qu'ils ne voyaient pas la valeur réelle au cœur des choses.


5-

Parfois, après de longues heures de travail, {[passées à]} (6) nettoyer des produits chimiques et de solvants toxiques, son esprit ressemblait à de la Jell-O (7) cognant contre son crâne, et des lambeaux de temps disparaissaient comme de vieux sous. Mais les autres jours, tout était plein d'acuité et de sens. Durant ces jours de clairvoyance, James, Saint James, se fit le paratonnerre de Dieu, un message chiffré pour la Parole. Quand il avait ces jours de clairvoyance, de vision, il savait que le monde ignorait Dieu et Ses commandements, il savait que le Temps de la Fin était proche. Six millions de Juifs, le peuple élu de Dieu, exterminés. Il pouvait difficilement se faire une raison. Et, dans son propre voisinage, un meurtre presque chaque jour. Voler. Mentir. Convoiter la femme d'un autre homme comme si c'était un jeu. Il faudrait un million de vies pour réciter la liste des cruautés humaines.

Ainsi, St James écrivit dix nouveaux commandements pour le monde. Mais il les écrivit dans son propre langage inventé, une série de boucles et de formes à l'apparence cursive qui, à l'occasion, ressemblent à des lettres.


6-

Il avait construit une estrade au fond du garage sur laquelle placer quelques-unes des pièces. Sur les objets les plus gros, il mit des roulettes métalliques rouillées pour pouvoir les déplacer jusqu'au bon endroit. Tout était parfaitement symétrique, il le fallait puisque St. James recréait le temps. C'est bien cela : recréer le temps. Pas seulement représenter le temps comme il est dit dans la Bible, il le reproduisait avec des ordures. Vous pouvez le voir si vous regardez.

Sur la droite, l'histoire de l'Ancien Testament, de Moïse et de la Loi ; sur la gauche, l'histoire de Jésus et de la Grâce, le chemin du salut.

St. James comprit que le temps de Dieu, le seul temps, était cyclique, revenant encore et encore. Aucune chose, aucun événement n'était fortuit. La vie se répétait. C'était justement là, dans l'Ecclésiaste  : « Le soleil se lève, le soleil se couche ; il aspire au lieu d'où il se lève (...) Ce qui a été, c'est ce qui sera ; ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera. » (8) La mort signifiait seulement une renaissance et une nouvelle vie dans le Ciel, plus glorieuse, où vous seriez réunis avec tout ce qui avait été perdu, avec Lee et votre père et certains des hommes du 385ème qui étaient morts depuis la guerre. Si vous placiez votre foi en Jésus, si vous croyiez vraiment, vous n'étiez pas qu'un pauvre homme seul dans la ville parmi les pauvres, trimant dans un garage mal éclairé, causant à un mur de brique ; vous n'étiez pas qu'un gardien, un vétéran oublié ayant du mal à joindre les deux bouts. Votre vie comptait maintenant et pour toujours. Vous comptiez  réellement.

Il travaillait. Il enveloppait des bouteilles et des pots de gelée et des lampes avec du papier doré ou argenté, qu'il prenait à des bouteilles de vin ou de bière d'importation et des cartons de cigarettes et des boîtes à l'emballage d'aluminium. Il utilisa des couvercles de boîtes de café comme bases. Il monta des tiroirs renversés sur des vases de verre bon marché, les enveloppa dans du papier métallique. Il décora les bords d'une table sciée en son milieu avec le cable électrique de l'État, avant de couvrir le tout de papier doré. Il utilisa du papier kraft et du carton pour les ailes des anges, utilisa des rouleaux à tapis pour soutenir les parties les plus lourdes. Il utilisa de la colle et des clous et des épingles, et quelquefois il enveloppa un objet dans des couches de papier métallique jusqu'à lui donner exactement la taille et la forme voulues.

Et puis, il y avait le trône lui-même, la pièce centrale de la structure, une vieille chaise rouge, en peluche, achetée d'occasion. Il lui donna des ailes en or et la plaça en haut, un siège pour le Sauveur qui allait venir. Il lui donna un haut dossier – un mètre vingt ? un mètre cinquante ? – avec des formes en bois et des ailes en carton plus petites et des ampoules d'argent et d'or. Il mit des noms à des objets pour des saints, et couvrit ses murs avec des citations de la Bible et une image de Lee, qui était maintenant (Dieu le lui avait dit) un ange vivant à l'intérieur de son corps. Au sommet de tout cela, qui s'étendait en remplissant tout le fond d'un garage froid et humide au bout d'une sombre allée dans l'un des pires quartiers de Washington, D.C., il y avait les mots Ne crains pas.


7-

St. James a quitté la terre avant d'être prêt, avant d'avoir fini, bien qu'il ait dit une fois au commerçant propriétaire du garage : « [Le Trône ] est ma vie. Je le terminerai avant de mourir. » Il y avait travaillé dans le garage quatorze ans durant, y pensant peut-être sans cesse, et il n'avait pas fini. Il souffrait d'un cancer de l'estomac depuis quelque temps, bien que la maladie n'ait été diagnostiquée que tardivement dans une clinique gratuite pour vétérans de la deuxième guerre mondiale. Il refusait de croire qu'il était en train de mourir. Ce n'était pas déjà son heure. Il a travaillé au Trône  jusque dans ses tout derniers moments, et le travail adoucissait la douleur dans ses entrailles.

La mort a épargné à St. James de savoir tant de choses à propos de son Trône. Par exemple, juste après sa mort, quand le commerçant a amené un journaliste nommé Ramon Geremia, du Washington Post, pour voir la sculpture dans le garage, où il y a touché et a emporté des choses et ne les a probablement jamais remises au bon endroit, altérant ainsi toute l'histoire du temps. Et il ne lui a jamais été donné de lire l'histoire qui a couru sous le titre de « Le Clinquant, le Mystère sont les seuls Héritages de l'Étrange Vision de l'Homme Solitaire », le 15 décembre 1964. Et il ne lui a pas été donné non plus de voir le cinéaste là-bas, le gars avec la coupe de cheveux des Beatles, disant à tout le monde dans la communauté artistique locale quelle chose étrange était Le Trône  et comment un petit gardien de nuit nègre, sans aucun ami ni histoire connue, l'avait réalisé en tant d'années. Il ne lui a pas été donné de savoir que des critiques écriraient sur sa vie et son travail, le comparant à des gens et des mouvements dont il n'avait jamais entendu parler. Mais, par-dessus tout, il ne lui a jamais été donné de voir Le Trône  resplendissant au milieu d'un champ de pourpre dans le Smithsonian American Art Museum, jamais donné de se tenir sur ces sols de marbre dans son plus beau costume du dimanche, sa couronne de St. James étincelant sur sa tête, ni d'être fier de ce qu'il avait fait sans autre ressource que la foi et des choses mises au rebut.


Greg Bottoms est l'auteur d'un recueil de nouvelles, Sentimental, Heartbroken Rednecks  (9) (Context, 2001) et du mémoire Angelhead: My Brother's Descent Into Madness  (Three Rivers, 2000). Il vit en Virginie. Tiré de Creative Nonfiction  (n° 17). Souscriptions: $29.29/an. (4 numéros) au 5501 Walnut St., Suite 202, Pittsburgh, PA 15232.

 
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Notes ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

(1)  En anglais, folk  peut être à la fois une sorte d'adjectif (folk art  = art populaire) et un nom (folk[s]  = les gens).
(2)  Nom d'un magasin de restauration rapide.
(3)  District de Columbia . L'auteur ajoute presque toujours cette mention quand il est quesion de la ville.
(4)  when he took a break at all
(5)  slope-backed .
(6)  after a faceful of government cleaning chemicals and toxic solvents 
(7)  Marque de gelée, servant à confectionner des desserts.
(8)  Les citations sont extraites des versets 5 et 9 du chapitre Ier, telles qu'elles apparaissent dans la King James Version , la traduction de la Bible la plus usitée aux États-Unis. Comme dans les autres pages de ce site, la traduction française est celle de Louis Segond.
(9)  Des Bouseux sentimentaux, au Cœur brisé 

 

Puce 2   Un chef d'œuvre  sans Compagnons 

S'il joue bien sûr sur les mots, le sous-titre indique deux voies qui ne sont pas dénuées de toute pertinence :


Traduction d'une page du site americanart.si.edu (dont on peut trouver l'original à cette adresse  [⇒] ). Ce site dépend du Smithsonian American Art Museum , où est maintenant conservé et exposé le Trône.


  

Le Trône du Troisième Ciel de l'Assemblée générale du Millenium des Nations  est une œuvre d'art complexe, réalisée par James Hampton sur une période de quatorze ans. Hampton en a fait le plan fondé sur diverses visions religieuses qui l'engageaient à préparer le retour du Christ sur Terre. Sa référence au « troisième ciel » est fondée sur les Écritures qui l'appellent « le ciel des cieux » – le royaume de Dieu.

Hampton a réalisé son grand œuvre dans un garage loué, transformant cet espace terne en un monde de splendeur. Il a façonné à la main nombre d'éléments avec du carton et du plastique, mais y a ajouté une structure faite d'objets trouvés dans son voisinage, tels que vieux meubles et pots de gelée, et des rebuts comme des ampoules venues de bâtiments fédéraux dans lesquels il travaillait. Hampton a choisi des papiers métalliques chatoyants, du papier pourpre (maintenant décoloré), et d'autres matériaux, pour évoquer la crainte spirituelle et la splendeur. Le Trône renferme un mélange complexe de christianisme et de pratiques spirituelles afro-américaines qui entrecroisent les thèmes de la délivrance et de la liberté ; il est tout à la fois d'une splendeur étonnante et d'une humilité profonde.

Le Trône tire sa cohérence de strates parallèles d'éléments répartis sur deux niveaux. Un trône rembourré, à l'arrière, est le foyer d'un ensemble fortement symétrique. Les objets à droite se rapportent au Nouveau Testament et à Jésus ; ceux de gauche, à l'Ancien Testament et à Moïse. Hampton a aussi laissé, rédigés dans une écriture mystérieuse, des textes qu'il pouvait avoir compris comme la Parole de Dieu telle qu'il l'avait reçue.

Salué comme l'œuvre la plus importante de l'art visionnaire américain, le Trône de James. Hampton traduit la foi en Dieu d'un homme aussi bien que son espoir de salut. Quoique Hampton n'ait jamais exercé au dehors de ministère religieux, son injonction – Ne crains pas – résume le message fort de son entreprise. […]  (*)


Smithsonian American Art Museum : Guide commémoratif. Nashville, Tennessee : Beckon Books, 2015.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Note ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

(*)  Le texte est suivi du sous-titre Artwork Description  et de deux paragraphes
  1. une présentation-profession de foi du Smithsonian American Art Museum ,
  2. un abrégé de ce que l'on a pu lire plus haut.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Et alors, où sont les images ?  Celles que l'on rencontre ici ou là sont affichées « avec l'autorisation du Smithsonian American Art Museum ». Le plus simple est donc d'aller voir sur un site du musée. La page du site americanart  dont l'adresse figure plus haut offre l'une des vues les plus détaillées (à condition de cliquer suffisamment sur l'image pour l'agrandir au maximum) ; en outre, cette adresse  [⇒] permet d'accéder à deux vues du Trône et deux de la couronne.

NB- de la couronne  ou des couronnes  ? Si les deux vues se ressemblent beaucoup, certains détails diffèrent, notamment dans la forme des étiquettes et la couleur de certains encadrements ; on peut donc penser qu'il y a (au moins) deux couronnes ; mais, comme elles portent les mêmes dessins et les mêmes textes (en anglais comme en hamptonien), nous parlerons de la Couronne .

Puce 3   Les écrits de ST JAMES


Un an après la mise en ligne de cette page, quelques ajouts ou modifications ont paru nécessaires à la suite du travail mené sur un extrait de Livre de vie   [⇒] (qui sera désigné par l'acronyme LdV ) puis de la publication par Klaus Schmeh de photographies qu'il avait prises au Smithsonian Museum ; l'idée première était de mettre ces variantes en gris pour en faciliter le répérage ; mais les additions se sont multipliées, entraînant des changements dans le plan – et rendant le patchwork indigeste. Les principaux ajouts portent sur

•  la mise en page du Carnet  (pagination, lignes/page, direction de l'écriture),

•  divers textes en anglais hors du Carnet,

•  le texte hamptonien en dehors du Carnet,

•  la substitution homophonique,

•  les n-grammes,

•  dernière comparaison et nouvelle conclusion (Annexe II).

Cliquer sur le lien (cc) placé à la fin de chacun de ces ajouts pour revenir ici.


SommaireA   Pour mieux se comprendre
B   Supports et ressources
___q  Les étiquettes
___w   Le Carnet
______ⓐ  Couvertures
______ⓑ  Pages intérieures
______ⓒ  Pagination[s]
______ⓓ  Nombre de lignes par page
______ⓔ  Direction d'écriture
C   Les textes en clair
___q  Dans le Carnet
_____ⓐ  dans le corps du texte
_____ⓑ  au-dessus et au-dessous

___w  En dehors du Carnet
_____ⓐ  sur les Couronnes
_____ⓑ  sur le Trône
_____ⓒ  sur deux feuillets détachés
_____ⓒ  sur les couvertures du livre
   D   Les textes en hamptonien
___q  L'écriture
_____ⓐ  Un alphabet atypique
_____ⓑ  Problèmes de transcription
_______•  les variantes
_______•  fusion ou fission ?
•  les signes bègues
•  final de compte
_____ⓒ  Deux particularités
_______•  caractère composite
•  coût graphique
•  plus un test de rapidité
_____ⓓ  Quelle origine ?•  bassa  • kpelle  • chéroki
•  écriture révélée
_____ⓔ  un signe à part

___w  Les écrits
_____ⓐ  Nature du texte
_____ⓑ  En dehors du Carnet
_______•  en triple exemplaire
_____ⓒ  Dans le Carnet   (voir le détail in situ )

A   Pour mieux se comprendre…

Par souci de commodité et de clarté,


B   Supports et ressources

Le Smithsonian Museum  a produit un microfilm présentant les différents objets et textes laissés par James Hampton ; c'est lui que DS a utilisé pour ses travaux, de même (vraisemblablement) que S&L ; mais ce microfilm ne semble pas accessible au tout-venant ; les ressources mentionnées ici correspondent donc aux documents rendus publics par le musée ou publiés par S&L et DS sur leurs sites respectifs.

Les écrits que James Hampton a laissés se trouvent

q  sur des feuilles ou dans des étiquettes collées sur le Trône et sur les Couronnes ;
  • certaines figurent sur des photographies disponibles à partir de cette adresse  [⇒] ;
    NB- des différences, notamment dans la forme des étiquettes, montrent qu'il existe (au moins) deux couronnes ; mais les dessins et les textes (anglais comme hamptonien) sont identiques ;
  • on dispose également de deux pages isolées, de référence hptp9 et hptp10 (provenant, semble-t-il d'un même carnet, autre que celui dont il est question ci-dessous) ; les liens se trouvent dans cette page   [⇒] du site de DS ;
  • enfin, quelques reproductions ont été ajoutées par Klaus Schmeh sur son blog, en bas de cette page  [⇒] ;
w  dans le carnet ST JAMES

Un petit livre (sans doute prévu pour tenir ses comptes) d'environ vingt centimètres de haut sur quatorze de large.

ⓐ  Les couvertures

Comme le montrent les photographies que l'on peut voir à cette adresse  [⇒] , les faces extérieures des deux couvertures sont décorées ; il sera question plus loin du texte ajouté sur l'une et sur l'autre, mais on peut observer dès maintenant que toutes les deux comportent

En outre, la première couverture contient dans sa partie inférieure un dessin accompagné de quelques lettres (sans doute M iiii d :, soit M 14 d2 dans la transcription de S&L) ; comme on retrouve l'ensemble en plusieurs endroits de la production de James Hampton, il sera désigné ici comme son blason_______aaa

Blason
ⓑ  Les feuilets intérieurs

Ils comportent d'origine la grille que l'on peut voir ci-contre______aaa
_____(la couleur des traits a été accentuée dans ce fac-simile).

Elles n'ont pas de numéro imprimé, et plusieurs d'entre elles ont été détachées (ou arrachées). Celles qui restent forment une suite continue de cent pages (cinquante feuillets recto-verso) sur chacune desquelles James Hampton a écrit ST JAMES dans l'en-tête et, en bas, REVELATION (qui désigne, en anglais, le livre de l'Apocalypse ); c'est cet ensemble qui sera appelé ici le Carnet  et fera l'objet d'une étude plus détaillée.

Ces pages sont disponibles sur le site  [⇒] créé par Mark Stamp  soit en jpg  dont les fichiers peuvent être affichés ou téléchargés individuellement ou bien téléchargés sous forme d'une archive .gz  soit au format tiff , plus volumineux mais de meilleure qualité graphique  (disponible seulement comme archive .gz ) ; dans tous les cas, il s'agit de reproductions en noir et blanc.

Grille des pages

La transcription du carnet par S&L est disponible dans une autre page [⇒] du même site.

On peut enfin voir les photographies de trois pages (la première et celles auxquelles James Hampton a donné les numéros 23 et 24) sur le site du musée, à cette adresse  [⇒] ; les images sont de définition moyenne, mais en couleur.

NB- la photographie de la première page révèle un texte bicolore : l'en-tête et les trois-quarts en haut à gauche de la page sont en marron foncé alors qu'une bande à droite et l'ensemble des deux dernières lignes sont en bleu (le même bleu que l'on retrouve dans la totalité des pages h23 et h24) ; mais, en agrandissant l'image, on peut constater que les deux couleurs se mélangent plus ou moins, alternant parfois dans un même signe ; puisque James Hampton était gardien de nuit dans une usine où son travail incluait le nettoyage de produits chimiques et de solvants toxiques  (selon la formule de Greg Bottoms), peut-être s'agit-il de l'effet (volontaire ou non) de l'un d'entre eux. Malheureusement, il est impossible de distinguer la différence sur les photocopies en noir et blanc et, par conséquent, de savoir si cette particularité se retrouve ailleurs.

ⓒ  Pagination[s]

Il existe en fait deux paginations différentes, qui ne sont totalement cohérentes ni l'une avec l'autre ni avec elles-mêmes ; on a en effet

  dbb numéro inscrit par James Hampton
  d      dbb fichier où J. H. a inscrit ce numéro à gauche de ST JAMES
  d      d      dbb fichier[s] où J. H. a inscrit ce numéro à droite de ST JAMES
2 p65 + p75Quelques observations
ⓐ  aucune page ne reste sans numéro ;
ⓑ  par contre, aucune page ne porte le numéro 5 ;
ⓒ  certaines pages portent deux numéros, tantôt l'un à droite et l'autre à gauche,
      tantôt les deux à droite ;
si l'on essaie de reconstituer des séries en ne gardant que le numéro convenant le mieux,
ⓓ  on trouve une série de 11 à 16 dans les p77 à 82
      (ce qui est cohérent avec la suite p83-p167 de 17 à 97) ;
ⓔ  une partie des p70 à p75 semble avoir été renumérotée à l'envers de 10 à 2
      (à l'exception de 3 et 8) ;
ⓕ  cela dit, entre 1 et 11 (et quel qu'en soit l'ordre), il y a place pour neuf pages ; or, entre p64 et p77, on trouve douze fichiers ; de ce fait (dont on a la confirmation sur les photos), la page 1 est une page de droite du livre (p64) mais la page 11 (p 77) est une page de gauche, ce qui n'est pas sans conséquence quand on doit s'intéresser aux bavures d'une feuille sur l'autre ;
ⓖ  au total, dans l'édition dont on dispose, le Carnet occupe exactement cent pages réparties sur cinquante feuillets recto-verso.

Difficulté collatérale

Indépendamment de sa mise en œuvre, le principe même de ce changement de numéro a de quoi surprendre ; s'il laisse à penser (comme mentionné ailleurs) que le texte avait un sens pour son auteur, il suppose aussi que les pages forment une unité (à l'image d'un paragraphe ou d'un chapitre) ; or jamais la dernière ligne n'est sensiblement plus courte que les autres (*).

3p66 
4p74 
5  
6 p73
7 p72
8p76 
9 p71
10 p70
11 p77
12 p69 + p78
13p68p79
14 p67 + p80
15p66p81
16p65p82
(*) À titre de comparaison, dans le premier chapitre de The Shadow Over Innsmouth , les dernières lignes de paragraphe (il y en a trente-huit) sont en moyenne 55 % d'une ligne moyenne normale  ; dans le Carnet , les cent dernières lignes des pages font, en moyenne, 97 % d'une ligne normale.

Pour résumer, encore un peu de nomenclature :


   Le texte…des pages ST JAMES … REVELATIONdes couvertures
et des autres pages
des étiquettes collées sur
le Trône ou les Couronnes
sera désigné parle carnetles inscriptions
le Carneten dehors du Carnet

 Les textes pourront être référencéspar le numéro du fichier S&Lpar le[s] numéro[s] de James Hampton
 p167h97
Cas particulierspremière couverture hC
    fichier hptp9 p9hT (Tables de la Loi )
    fichier hptp10 p10hM (patronage de Moïse )

ⓓ  Nombre de lignes par page : encore un tableau…

Pagesp64
~p70
p71p72
~p90
p91p92p93p94p95p96p97
~p98
p99p100
~p110
p111p112
~p140
p141
~p146
p147
~p167
lignes/page
Légende 1
               (**)
1ère ligne
Légende 2(*)
                
REVELATION
Légende 3
                
(*)supra signifie que le texte commence au-dessus du trait, dans l'en-tête ST JAMES ; infra, qu'il commence sous ce trait.
(**) en p147 et p148, la ligne 25 est fortement raturée, peut-être biffée.

Ainsi, parmi les cent pages qui composent le Carnet , un peu moins de deux tiers comportent 26 lignes – majoritairement dans les deux derniers tiers du livre ; pour le premier tiers, ce sont des pages de 25 lignes qui dominent.

Une exception : la page p71-h9, qui mérite qu'on s'y arrête, puisque c'est la seule du Carnet  à compter moins de vingt-cinq lignes, et la première où REVELATION est en ligne 25 au lieu de 26. Au premier abord, l'explication semble simple : la ligne 26 étant marquée par la bavure du nom REVELATION de la page d'en face, James Hampton a reporté le nom au-dessus ; logique qui paraît confirmée par la page p91-h25, deuxième fois où REVALATION se trouve en ligne 25 et où, là encore, la ligne 26 est tachée par la bavure de la page voisine ; mais p91-h25 est aussi la première page où James Hampton commence son texte au-dessus du trait qui isole l'en-tête ; on peut donc penser que, cette fois-ci, l'auteur choisit de partir de plus haut pour ne pas avoir une page amputée de sa dernière ligne. Malheureusement (du moins pour la logique de cette hypothèse), dans les deux cas, il s'agit de pages de gauche sur lesquelles la page de droite correspondante a bavé ; il faudrait donc que, les deux fois, James Hampton ait rempli d'abord la page de droite (p72-h7 et p92-h26), fermé le carnet puis, ultérieurement, complété les deux pages manquantes. Ce n'est pas impossible, si on suppose que chaque page forme une entité ; et encore moins quand on observe que la page de gauche p71 est numérotée 9 par Hampton alors que la suivante porte le numéro 7 ; mais ce n'est plus le cas des p91 et p92 (numérotées respectivement 25 et 26). Et c'est l'ensemble de l'explication qui vacille dans les p141 à p146, où les deux pages en vis-à-vis ont REVELATION en ligne 25.

Si l'on considère la première ligne de texte par rapport au trait sous l'en-tête, les chiffres vont dans le même sens, sans être identiques : 32 premières lignes sont en dessous (surtout dans le premier tiers du Carnet ), 68 au-dessus.


ⓔ  Direction d'écriture
•  horizontalementaa plusieurs indices renforcent l'impression que le texte est écrit de gauche à droite :

Mais on se trouve alors face à (au moins) trois paradoxes :

•  verticalementaa  le fait que la ligne supérieure du texte, après avoir été en dessous du trait dans les premières pages, soit passée au-dessus dans des conditions exceptionnelles à la page p91 pourrait suggérer que les lignes étaient écrites en remontant, de REVELATION à ST JAMES ; mais un indice plus fort va en sens contraire : comme on l'a déjà noté, le mot REVELATION au bas d'une page a bavé à plusieurs reprises sur la page opposée, et on trouve aussi de telles traces pour la ligne de texte juste au-dessus (par exemple les iiii de la page p66 sur p65) – alors qu'un tel phénomène ne se rencontre pas pour les lignes du haut ; il semble donc bien que l'écriture, là aussi, suive l'usage courant. (cc)

C   Les textes en clair 

Ceux auxquels on peut avoir accès se trouvent

q  dans le Carnet
NB1- Ci-dessous, décalque  ou bavure  désignent la marque inversée que peut laisser une page sur la page voisine quand on referme le livre avant que l'encre n'ait séché.
NB2- Quand il est mentionné un numéro de ligne dans une page, la ligne 1 est toujours la première ligne de texte, où qu'elle se trouve dans la page.

Il convient de distinguer entre

ⓐ  les mots insérés dans le corps du texte :
___•  p64 - l. 16 - ST JAMES ;
___•  p78 - l. 14 - JAMES ;
___•  p88 - l. 5 - JAMES ;
___•  p94 - l. 19 - JESOS ;
___•  p95 - l. 2 - JAMES
_________(lettres écrasées peu lisibles) ;
___•  p104 - l. 7 - JAMES (J et S déformés) ;
___•  p112 - l. 21 - JESUS (U déformé) ;
•  p115 - l. 7, 8 et 10 - NRNR ;
______ - l. 11 - CHRIST ;
______ - l. 13 - NRNR puis JOHN ;
______ - l. 15 et 17 - NRNR ;
______ - l. 22 - NRNR puis CHIRST ;
•  p116 - l. 2 - NRNR (N initial sur ou sous un arc de cercle en haut) ;
______ - l. 3 - CHRSIS (S final sur ou sous un trait vertical à gauche) ;
•  p158 - l. 15 - REVELATION ;
•  p166 - l. 16 - REVELATION 

La présence de ces mots est surprenante. Difficile d'imaginer que le hamptonien n'ait pas de mot ou de signes pour désigner le Christ ou James lui-même. Quelle valeur Hampton donnait-il à cette [absence de] transcription ? La réponse nous permettrait certainement de mieux comprendre son monde.

Et faut-il s'étonner que, sur cinq apparitions des noms JESUS  et CHRIST , trois soient déformées ? Mais peut-être cela ne gênait-il pas vraiment Hampton ; on peut en effet penser que, pour lui, ce qui comptait, c'était d'une part la foi (l'intention, le cœur) et de l'autre, l'acte (la réalisation du Trône) ; entre les deux, la parole (pas la Parole de Dieu mais celle de James Hampton et même celle de ST James) importait sans doute moins (voir plus bas les observations sur le style [matériel] d'écriture du carnet).

À la relecture, je suis un peu moins convaincu qu'il faille jouer les barbiers d'Occam ; S&L transcrivent [JESOS] et [JES?S] par [Jesus], [CHIRST] par [Christ] ; et c'est bien l'explication la plus simple que d'y voir de banals lapsus calami  ; on peut d'ailleurs rappeler que le mot REVELATION récurrent en bas de page est lui-même maltraité à huit reprises ; mais l'argument est à double tranchant (ô Occam…), car six fois sur les huit, l'auteur a justement pris la peine de corriger l'erreur, si bien qu'il ne reste que deux formes anormales sur cent deux (le mot apparaît aussi en deux endroits - sans erreur ni rature - dans le texte lui même) ; et le nom (propre) du Fils de Dieu mérite certainement plus de soin que le nom (commun) d'un livre ; or sur cinq occurrences de Jésus  ou Christ  en lettres latines dans le texte du Carnet , quatre s'écartent de l'orthographe normale ; de plus, pour Christ , les trois graphies (la première correcte et les deux suivantes anormales) se trouvent concentrées en une vingtaine de lignes ; on pourrait donc supposer que ces variations orthographiques sont volontaires, que CHIRST  est (exemple purement imaginaire) une réflexion sur le nom quand les lettres sont remises dans l'ordre alphabétique ; mais pourquoi ne pas garder l'écriture hamptonienne ? Une hypothèse serait qu'elle permet évidemment de désigner Jésus  ou Christ  mais de façon synthétique, par exemple par un signe unique ou une abréviation rendant impossible d'accéder aux lettres qui le constituent dans l'alphabet latin ; au demeurant, les différences entre les trois versions du texte hamptonien de la nouvelle Alliance (cf.  plus bas) vont aussi dans ce sens.

Autre cas troublant : les huit occurrences de NRNR , concentrées sur à peine plus d'une page. Que désignent ces quatre lettres ? Acronyme ? symbole ? Il est intéressant de noter qu'elles ont le même motif répété que certains passages du texte hamptonien comme v v Y r v v Y r ; par simple intuition, on serait tenté d'y voir une image du mot REVELATION.

NB- Nouvel espoir déçu : si l'on observe les caractères qui encadrent ces mots en clair  (les trois lettres hamptoniennes qui précèdent chaque mot et les trois qui les suivent), on ne constate aucun motif  particulier - pas de caractère récurrent qui jouerait le rôle de guillemets, pas d'expression figée avant ou après James  ou NRNR .
ⓑ  les marginalia , dont il a déjà été question à propos de la mise en page :
•  dans l'en-tête, la mention ST JAMES accompagnée du numéro de la page ; c'est un élément récurrent ; quelques variations cependant (en dehors des hésitations sur certains numéros de pages, dont on a vu le détail plus haut) :
___•  p69 - TS James ;
___•  p76 - pas de mention ST James  ; seul figure le numéro de la page (12) ;
___•  p77 - Hampton avait tracé, semble-t-il, un T qu'il a surchargé, avant d'écrire ST James à côté (dont le T a, en bas, une sorte de crosse inhabituelle) ;
___•  p87 - entre ST et James, trois traits horizontaux (peut-être le décalque du E de la page voisine) ;
___•  p94 - mention ST James  en petit caractères, déportée vers la gauche ; pas d'espace entre ST et James ;
___•  p95, 105, 115, 125 et 137 - (soit h29, 39, 49, 59 et 67) - mention ST James  déportée vers la gauche ;
______large espace entre ST (grandes lettres) et James (lettres plus petites, variables selon la page) ;
___•  p111 - entre ST  et James, un caractère surchargé (ressemblant à un u ) ;
___•  p116 - à gauche de ST James  , VIRGIN MARY ; sous James  et 50  (numéro de la page), NOV 2# 1950 ; le # représente un 0 surchargé par un 1 ; sous le 2, un 4 et sous le dernier 0, un 2 ;
NB1- cette page fait suite à h49 qui contient la plupart des mots en clair  du texte proprement dit ;
NB2- cette mention de la Vierge Marie peut avoir un lien avec l'étiquette mariale  du Trône présentée un peu plus bas.
•  dans la marge du bas, le mot REVELATION., sans exception mais avec quelques particularités :
___•  à plusieurs reprises, décalque du même mot de la page voisine (p71, 73, 91 par exemple) ;
___•  p64 - RA… avec A surchargé par E puis
__________REVELAI… avec I surchargé par T ;
___•  p69 - REVELATA… avec A surchargé par I ;
___•  p72 - V anormal (la barre de gauche est une courbe
__________dépassant, en bas, la barre de droite) ;
___•  p105 et 126 - REVELATIN… avec N surchargé par O ;
___•  p122 - REVELATIOO avec O surchargé par N ;
___•  p133 - REVELATIN (non corrigé) ;
___•  p144 - REVEATION (non corrigé) ;
___•  p153 - REVELATO… avec O surchargé par I.
•  dans la marge de droite de p85 (h19), les lignes sont numérotées en chiffres arabes de 1 à 20 ; le texte en hamptonien n'occupe alors que les colonnes A et B ; il ne s'étend sur toute la largeur de la page qu'à partir de la ligne 21.

w  En dehors du Carnet
NB- Quand James Hampton cite la King Jame's Version , la traduction reprend celle de Louis Segond.
ⓐ  sur les Couronnes
  
_______ASSEMBLÉE_______
GÉNÉRALE DU MILLÉNIUM
DES NATIONS
Apocalypse 7, verset 3
___
THE NATIONS
 MILLENNIUM GENERAL 
ASSEMBLY
Revelation 7, verse 3
___Verset 3 du chapitre 7 de l'Apocalypse  :
___Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres,
___jusqu'à ce que nous ayons marqué du sceau le front des
___esclaves de notre Dieu.
ⓑ  sur le Trône
NB- comme pour l'étiquette des Couronnes, il s'agit de textes tapés à la machine, collés ou cloués.
•  étiquette mariale :
  
__
Ce Dessin est la preuve
de la descente (*) de la Vierge Marie
dans les Cieux - - - - -
7 Novenbre 1950  (**)
Il en est aussi parlé par
le Pape Pie XII
___
This Design is the proof
 of Virgin Mary descending 
into Heaven- - - - - - -
Novenber 7, 1950
It is also spoken of by
Pope Pius XII
__
(*) peut-être l'influence du Symbole de Nicée [Jésus] est descendu aux Enfers .
(**) le 1er novembre 1950, Pie XII avait proclamé le dogme de l'Assomption (à la fin de sa vie terrestre, la mère de Jésus a été matériellement transportée dans les cieux)
NB- Voir plus haut la mention de Marie dans l'en-tête de la page h50 du Carnet  et plus bas l'analyse de la page D.
•  page A - traduction
  ___________________Par St. James

Au commencement de l'histoire du monde, l'humanité fut placée dans le jardin d'Eden, et reçut le privilège de manger de l'arbre de la vie. C'était le projet de Dieu pour l'homme qu'il demeure à jamais dans ce paradis et possède une vie éternelle. Ce plan fut contrarié par le péché, mais Dieu a gardé dans l'esprit ce projet pour l'homme, à travers tous les âges qui se sont succédé depuis lors, et, à travers Christ, toutes choses Seront restaurées pour ceux qui acceptent le plan du salut. Ceci a été prédit par beaucoup des prophètes, et Pierre en parle de cette façon :Au commencement de l'histoire du monde, l'humanité fut placée dans le jardin d'Eden, et reçut le privilège de manger de l'arbre de la vie. C'était le projet de Dieu pour l'homme qu'il demeure à jamais dans ce paradis et possède une vie éternelle. Ce plan fut contrarié par le péché, mais Dieu a gardé dans l'esprit ce projet pour l'homme, à travers tous les âges qui se sont succédé depuis lors, et, à travers Christ, toutes choses Seront restaurées pour ceux qui acceptent le plan du salut. Ceci a été prédit par beaucoup des prophètes, et Pierre en parle de cette façon :

Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ; lui-même subsistera éternellement. On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. L'Éternel régnera sur eux, à la montagne de Sion, Dès lors et pour toujours. Son règne n'aura point de fin.
Daniel 2:44  ; 7:14      Michée 4:7      Luc 1:33
Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ; lui-même subsistera éternellement. On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. L'Éternel régnera sur eux, à la montagne de Sion, Dès lors et pour toujours.Son règne n'aura point de fin.
Daniel 2:44    ; 7:14      Michée 4:7      Luc 1:33

Quelques observations :

•  Page B - traduction
  
___________________Par St. JAMES
Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son œuvre. Apoc. 22:12
C'est alors que les justes seront récompensés pour leur fidélité. C'est alors qu'Il assemblera Ses joyaux. Il enverra Ses Anges, et ils rassembleront Ses élus. Des couronnes seront placées sur les fronts qui le méritent ; les rachetés deviendront immortels, parés de blanc, et entreront joyeusement dans leur existence heureuse au royaume éternel de Dieu, où rien ne peut jamais arriver qui importune ou effraie, apporte ennui ou malheur. L'épreuve de leur foi aura pour résultat la louange, la gloire et l'honneur lorsque Jésus Christ apparaîtra. 1-Pierre 1:7. C'est quand le souverain pasteur paraîtra que son peuple obtiendra la couronne incorruptible de la gloire.
___C'était à la seconde venue de Christ que Paul s'attendait à recevoir sa récompense pour sa fidélité ;
___________________Par St. JAMES
Voici, je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu'est son œuvre. Apoc. 22:12
C'est alors que
les justes seront récompensés pour leur fidélité. C'est alors qu'Il assemblera Ses joyaux. Il enverra Ses Anges, et ils rassembleront Ses élus. Des couronnes seront placées sur les fronts qui le méritent ; les rachetés deviendront immortels, parés de blanc, et entreront joyeusement dans leur existence heureuse au royaume éternel de Dieu, où rien ne peut jamais arriver qui importune ou effraie, apporte ennui ou malheur. L'épreuve de leur foi aura pour résultat la louange, la gloire et l'honneur lorsque Jésus Christ apparaîtra. 1-Pierre 1:7. C'est quand le souverain pasteur paraîtra que son peuple obtiendra la couronne incorruptible de la gloire.
___C'était à la seconde venue de Christ que Paul s'attendait à recevoir sa récompense pour sa fidélité ;
Quelques observations :
•  Page C

Là où les deux pages précédentes ont Par STJames, l'en-tête de celle-ci indique ISAÏE, 53. Et le texte est effectivement la copie des douze versets de ce chapitre ; il paraît donc inutile d'en afficher ici la traduction, que l'on peut trouver à cette adresse  [⇒] ; cette page occupe une place particulière dans la tradition chrétienne, qui y voit l'annonce de la Passion de Jésus.

Quelques particularités de la citation :

NB- le texte est une traduction de celui de la KJV .
  [8] Il a été enlevé de l'oppression et du jugement ; et qui racontera sa génération ? car il a été retranché , arraché à la
terre des vivants ; à cause des péchés de mon peuple, il a été frappé. […]
[10] Il a plu au SEIGNEUR de le meurtrir ; il l'a fait souffrir : quand tu auras fait de sa vie un sacrifice pour le péché, il verra sa postérité, il prolongera ses jours ; et le désir du SEIGNEUR prospérera dans sa main.
[11] Il verra le labeur de son âme, et il sera rassasié ; par sa connaissance, mon serviteur vertueux justifiera beaucoup d'hommes ; car il se chargera de leurs torts.

•  Page D - traduction
NB1-La mise en page (longueur des lignes), la ponctuation et les majuscules ont été conservées ; la traduction essaie de rendre les erreurs de frappe.
NB2-Placer le curseur de la souris sur une ligne ou un paragraphe pour afficher les commentaires correspondants.

marge
   
1_______________Ceci Par le Pape Pie IX Est Vrai
2___Ils s'étaient rassemblés de par tout le monde pour assister aux cérémonis d'hier
0___durant lesquelles le Pape a proclamé le nouveau dogme de l'assmption ccrporelle de
0___la Vierge Marie aux cieux.
3___Aujourd'hui ils se sont réunis dans la Salle des Bénédictions, la plus grande salle du
0___palais du Vatican, pour être reçus en audience par le Pape de 74 ans, qui
0___a montré peu de signes de la fatigue des quatre heures de cérémonies d'hier.
4___Cet événement situé le 4ème jour d'avril 1950.
5___C'est aussi vrai que le 21 octobre 1946.
6___L'Étoile de Betléem est apparue au-dessus de la capitale de nos nations.
7___C'est aussi vrai que Moïse et Eligah en personne.

Le premier fait notable est la double discordance entre les paragraphes 2-3 et le reste du texte :


 paragraphes 1, 4 à 72 et 3
 stylehamptonien (This By Pope Pius IX Is True,
___this event taken place, our nations capital
___This is also true that…
 )
journalistique (They had gathered from all…,
___the 74-year-Pope ,
___the largest hall of the Vatican palace
 )
 sujets•  Pie IX,
•  4 avril 1950, 21 octobre 1946,
•  étoile de Bethléem, Moïse et Élie
•  Pie XII, Assomption de Marie
•  le 1er novembre 1950, proclamation du dogme ;
•  le 2, audience dans la salle des Bénédictions.


•  Page E

Comme pour la page C, une partie du début du texte est cachée par le montant d'un objet s'appuyant sur la feuille ; comme pour la page C, il s'agit de la copie d'un chapitre du livre d'Isaïe, en l'occurrence le trente-cinquième ; il paraît donc inutile de traduire le texte.

•  Pour l'ensemble, on remarque que James Hampton suit comme d'habitude la KJV, à trois exceptions près : •  Pour le détail, voici les particularités de la citation, verset par verset :

•  Étiquette F

Texte de quatre lignes sur un petit morceau de feuille agrafée sous la page E. Traduction :

marge
   
Le mot millennium signifie le retour de Christ, et
une partie du Royaume de Dieu sur terre.
Le comité du conseil signifie un groupe de personnes qui
croient en la loi et la justice du pays.

Les deux premières lignes sont l'écho attendu du dispensationalisme ; la seule interrogation vient du début de la deuxième ligne où James Hampton a écrit apart of the Kingdom , qui voudrait plutôt dire en dehors du Royaume  ; il faut sans doute lire a part of the Kingdom , mais on peut alors se demander si part  a un sens plutôt spatial (un morceau) ou temporel (une époque).

Pour les deux dernières lignes, l'expression council committee  n'a rien d'anormal (dans une ville, council  peut désigner l'équivalent du conseil municipal et committee  une commission, un sous-ensemble de ce conseil chargé d'un domaine particulier) ; mais aucun des deux termes n'est usuel dans la KJV : council  n'apparaît qu'une fois dans la partie prototestamentaire, et la plupart des autres occurrences (dans les évangiles selon Matthieu et selon Marc, ainsi que dans les Actes des Apôtres ) renvoie au Sanhédrin ou à des instances du Temple de Jérusalem ; quant à committee , il est totalement absent ; peut-être l'expression se trouve-t-elle dans des commentaires millénaristes ou dispensationalistes – mais la définition donnée ici peut laisser un peu perplexe :


ⓒ  sur deux feuillets détachés
 
  • Le premier contient en son milieu un dessin évoquant les Tables de la Loi, avec les chiffres romains de I à X sur deux colonnes ; le dessin est entouré de deux colonnes de texte hamptonien (neuf lignes à gauche, dix à droite) et, en dessous         aa
    NB- les caractères en gras sont tracés à l'aide de deux traits parallèles.
 THE OLD AND THE NEW
COVENANT RECORDED BY
ST JAMES
  • Le second feuillet a, en haut, le même blason  que la couverture et les Couronnes ; puis une ligne
    ___ST JaMeS RECEIVEd JESUS BY MOSeS
    et, en dessous, deux colonnes (offrant vingt-cinq lignes) ;
    •  celle de gauche contient vingt lignes de texte hamptonien ; dans la marge de gauche, les lignes sont numérotées (en clair) de 2 à 26 ;
    •  celle de droite comporte vingt-cinq lignes en anglais ; les premières sont numérotées de I à XIX (au milieu de la page) ; le texte est celui du chapitre 20 du livre de l'Exode , versets 3 à 7 (un extrait de ce que Dieu dit à Moïse sur le mont Sinaï) ; il reprend la KJV  à quelques détails près.
    Quelques points intéressants :
    •  il n'y a pas d'espaces entre les mots, pas de ponctuation, pas même de marque de séparation entre les versets ;
    •  le texte est en majuscules ; toutefois, quelques minuscules apparaissent ici ou là (cf RECEIVEd ) ;
    •  deux cas particuliers :
    ••   le U : dans JESUS à la première ligne, on trouve un U majuscule banal ; mais dans la citation du livre de l'Exode, tous les U sont des minuscules cursives ;
    ••  le N : majuscule, mais écrit à l'envers (é) dans 25 occurrences sur 39  ; cette particularité ne se rencontre pas ailleurs.
ⓓ  sur les couvertures du carnet
 
  • la première couverture comprend, sous le cartouche, une ligne répétant ST JAMES précédé d'un caractère (sans doute un é hamptonien).

    Entre cette ligne et le blason  dont nous avons déjà parlé, une colonne (relativement étroite) de quatorze lignes en anglais reprenant le début du Credo  (Symbole de Nicée), jusqu'à la Résurrection du Christ ; si l'on se réfère au Book of Common Prayer  (une source possible), on peut noter quelques différences :

    •  Hampton ajoute en tête FIRST , qui n'apparaît dans aucune version ;
    •  il omet He descended into hell.  entre [who was] buried  et the third day  ;
    •  quelques erreurs matérielles : FARTHER  pour Father , ONR  pour our , AGIN  pour again  ;
    NB- Certaines lectures ultérieures conduisent à interpréter autrement la présence de FARTHER  et AGIN  ;
    _____voir plus bas la section consacrée au gullah.
    •  les mots sont séparés par une espace et, parfois dans les dernières lignes, par une barre verticale ; mais il n'y a pas de ponctuation (ni de séparation entre les versets ) ;
    •  le texte n'utilise que des majuscules, sauf pour h  ; exception dans l'exception : ThE HOLY GhOST.
  • La dernière couverture reprend le gabarit de la première, avec sous le cartouche,
    •  trois lignes en anglais     aa
    Comme pour l'autre couverture, les mots sont espacés et les h, en minuscules.
     ThE SECOND
    RECORDED OF ThE
    TEN    COMMANDMENT

D   Les textes en hamptonien
q  L'écriture
ⓐ  Un alphabet atypique

Dans les textes en clair  dont il vient d'être question, même si tout n'est pas toujours simple, les choses sont nettes : les deux caractères soulignés en rouge dans Formes de D sont à coup sûr la même lettre  que le d final de Formes de D, bien que leur forme soit beaucoup plus proche du O souligné en bleu ; de même, dans Formes de N, il ne fait pas de doute que la lettre soulignée en rouge n'est qu'une variante du N souligné en bleu. Il n'y a malheureusement rien de comparable en hamptonien, où chaque choix est un pari : faut-il distinguer Forme de 4 de Forme de Y ou Forme de 44,  ou bien Forme de E de Forme de E inversé ?

C'est pourquoi le simple compte des signes (la taille de l'alphabet) peut aller d'une trentaine de lettres (ce qui sera appelé ici alphabase , obtenu en unifiant les signes qui se ressemblent et en ne tenant pas compte des particularités d'emploi) jusqu'à plus du double (en dissociant les variantes et distinguant certains signes simples des mêmes répétés) ; mais dans tous les cas, l'impression première est identique : celle d'un alphabet qui ne ressemble à rien de connu.

Pourtant, en y regardant de plus près, on peut distinguer quatre catégories :

 pourcentage des caractères par rapport au texte de la transcription   
pourcentage des signes par rapport à l'alphabet de la transcription    
pourcentage des signes par rapport à l'alphabet de l'alphabase     
 sourceexemples   
1asignes usuels identiques à ce que l'auteur emploie dans les parties en clair
(c'est notamment le cas de certains chiffres)
Forme de 2  Forme de 96  Forme de S26 9 6
1bsignes évoquant une lettre banale mais sous une forme inhabituelleForme de 4  Forme de n  Forme de E373319
2signes de forme géométriqueo  i  v  M16 930
3signes originauxForme de Ki  Forme de A  Forme de O1214945

Le plus caractéristique est sans doute la comparaison entre pourcentage des signes semblables ou ressemblant aux caractères usuels et pourcentage des signes originaux : la proportion (du simple au double) s'inverse quasiment entre alphabase et texte de la transcription ; intéressante également la proportion des signes de forme géométrique dans la transcription : peu de signes dans l'alphabet (moins de 10 %) mais plus du triple pour ces mêmes caractères dans le texte.

Mais pour pouvoir aller plus loin, il faut fixer plus précisément cet alphabet, ce qui revient à déterminer les principes de transcription ; et qui dit transcription  dit…

ⓑ  Problèmes de transcription

Transcrire P  par P, par Q ou par 2§Z  est affaire de choix personnel ; l'important est que tous les P  du texte soient représentés par le même signe (ou groupe de signes) et que ce signe (ou ce groupe) ne représente que cette lettre. Et c'est là que les difficultés commencent, sur fond d'incertitudes.

Puce  les variantes

Difficulté triviale face à un texte manuscrit (et déjà évoquée plus haut) : on peut voir deux signes différents dans
2 et Z ; mais rencontrer au fil des pages De 2 à Z fait hésiter. Même chose pour De P à D. Ici, S&L se sont montrés variantistes  en réduisant l'ensemble respectivement à 2 et P.

Puce  fusion ou fission ?

Le texte contient un nombre non négligeable de caractères 5, 6, 7 et 9, en tous points identiques aux chiffres utilisés pour numéroter les pages ; mais ces chiffres n'apparaissent que dans trois groupes : 95, 96 et 76 – jamais autrement (2) ; faut-il alors considérer quatre lettres 5, 6, 7 et 9 (dont l'emploi serait fortement contraint, comme q  devant u  ou ç  devant a , o  ou u  – c'est le principe suivi pour alphabase ) ou bien trois lettres 95, 96 et 76 ? S&L aussi bien que DS ont opté pour la deuxième solution ; mais on se trouve alors face à un nouveau choix : ou bien transcrire la lettre  par un caractère unique (mais arbitraire, par exemple w pour 95), ou bien la transcrire par un ensemble de caractères qui en rappellera la nature (en conservant 95 mais en lui donnant le statut de lettre unique) ; là encore, S&L ont choisi la deuxième solution, qui facilite grandement l'usage de la transcription, mais présente deux inconvénients :

  1. il faut séparer les groupes correspondant à chaque lettre, en l'occurrence par une espace (pas de risque de confusion cependant, puisque Hampton n'utilise pas l'espace dans son texte) ;
  2. une telle transcription ne peut pas être traitée par un programme usuel ; il faut en écrire un particulier capable de gérer cette forme d'encodage ou bien tout normaliser (en remplaçant par exemple 95 76 par   wx (Annexe I).

DS avait entrepris une transcription du premier type, où chaque lettre hamptonienne se trouvait encodée par un caractère unique - mais il ne semble pas avoir mené l'opération à son terme, si bien que sa liste des lettres est partielle (du moins à ce qu'on peut en juger d'après son site).

NB- Tout le respect dû à Mark Stamp, Ethan Le et Dennis Stallings et toute l'admiration qu'ils méritent n'empêchent pas un peu de perplexité : leurs transcriptions sont l'aboutissement d'une longue suite de choix qui sont autant d'hypothèses de travail ; on l'a vu pour 76, 95 et 96 (qui sont relativement peu employés) ; mais on peut se poser la même question pour Yr que S&L considèrent comme formant la lettre Y3 à côté de Yz transcrit par la lettre Y4 et de ur et uz formant respectivement les lettres qL3 et qL4 ; pourtant, on pourrait considérer au moins deux autres hypothèses :
  1. cette série pourrait être formée de quatre digrammes composés d'une lettre Y ou u suivie soit d'une lettre r soit d'une lettre z ; le nombre de lettres dans l'alphabet reste le même, mais les fréquences et le nombre de caractères dans le texte sont nettement différents ;
  2. on pourrait aussi considérer u comme une simple variante graphique de Y, et r ou z comme des variantes de L - et transcrire le tout par Y L  (cf. 2 et Z) ; or les caractères en question, avec leurs variantes (Y2, Y5, uL, 4L, 44, etc.) représentent près d'un quart des signes du texte ; dans cette hypothèse, chacune des lettres Y et L aurait une fréquence supérieure à celle de v v.

Il ne s'agit évidemment pas de remettre en cause les choix faits mais seulement de se rappeler que ce sont des choix, et que la transcription finale, quelles que soient la rigueur et la compétence mises en œuvre, reste une hypothèse de travail ; or tout se passe comme si, une fois tous les arbitrages rendus, elle devenait un objet scientifique ne varietur  ; le cas le plus surprenant me paraît être celui de DS à propos du chamorro : ayant constaté la même fréquence anormalement élevée de certaines lettres en chamorro et en hamptonien (In Chamorro one sees the same skewing toward the most frequent letters that one sees in Hamptonese  ; cf.  plus bas), il abandonne l'hypothèse de cette langue en expliquant qu'il y a trop de lettres dans l'alphabet hamptonien par rapport au chamorro (but there are not enough vowels and consonants to match Hamptonese ) ; mais, pour dire les choses un peu cavalièrement, qui a fixé le nombre de voyelles et de consonnes en hamptonien, sinon DS lui-même en choisissant telle et telle hypothèse pour sa transcription ?

Mais ce n'est là que granum salis  et, dans la suite, les statistiques figurant sous la seule mention hamptonien  renverront à la transcription originale de S&L ; celles qui correspondent à un autre type de transcription seront signalées par une mention supplémentaire (par exemple hamptonien alphabase ), et une note précisera les principes de cette autre transcription (3).

Puce  les signes bègues

Il suffit de parcourir du regard quelques pages du carnet pour remarquer que certains signes se répètent ; le fait n'est pas extraordinaire en lui-même : en anglais, on trouve fréquemment des lettres redoublées, comme dans fallen  ou loop  ; mais elles coexistent avec des emplois (nettement plus nombreux) où la même lettre est seule ; dans le carnet, plusieurs signes ne se rencontrent jamais seuls (comme G) ou presque jamais seuls (comme é ) ; bien plus, certains signes vont systématiquement par trois (ooo et qqq ), ou même par quatre (iiii).

Pour permettre une comparaison plus précise, voici un tableau des fréquences des lettres répétées, en anglais et en hamptonien.

NB1- toujours  vaut pour dans plus de 99 % des cas  (cf. mot étranger en anglais, erreur possible en hamptonien) ;
NB2- pour le hamptonien,

      Lettrestoujours seulestantôt seules tantôt doublées
[pourcentage d'occurrences de la lettre employée seule]
_________toujours
____x 2________x 3___x 4
anglaisahijkquvwxy
[42% de l'alphabet]
b  c  d  e  f  g  l  m  n  o  p  r  s  t  z
99 96 98 95 89 98 75 95 98 94 87 95 88 96 95
 
 
____glyphes
 
hamptonien
 
____lettres
010 13 2 3 44 A d2 d4 F g g7 HH I J1 J2 P M N o3 P1 P2 q3 qL4 S T uL Y2
[52% de l'alphabet]
4 E J
3 4 2
e G H L n v
0 0 0 0 0 0[*]
o3 q3
0  0
14
0
14 4L 76 95 96 A- d3 dc EE ee GG Gi JJ Ki
99 94 95 99 94 95 99 99 98 99 96 90 96 37
LL nn PL qL2 qL3 vv Y3 Y4
99 93 93 98  94  98 97 97
 
[*] un unique exemple de  v  face à plus de six mille trois cents occurrences de v v .

On se trouve donc face à un dilemme :

Puce  final de compte

Nous utiliserons donc la transcription de S&L, qui réduit bien l'éventail des signes à prendre en compte, sans toutefois le fermer totalement puisque la liste publiée par Mark Stamp dans la page Hamptonese.html  comporte cinquante-cinq signes (mais cinq sont mentionnés comme variantes ) ; par contre, dans leur étude sur les modèles cachés de Markov (Hamptonese and Hidden Markov Models ), S&L ne listent que quarante-deux signes, excluant 010, d2, HH, J, J2, KiKi, LLL et O1 (sans doute fusionnés avec un autre caractère). Reste la transcription elle-même, qui distingue 63 signes différents (hors incertains et indécidables) – ajoutant aux listes précédentes soit des glyphes simples face aux signes doubles (par exemple, v en plus de vv) soit des variantes (comme qL ou qL0 à qL2 en plus des habituels qL3 et qL4).

Les principes de l'alphabet étant définis, il est possible de faire quelques comparaisons. Et d'observer…

ⓒ  Deux particularités de cet alphabet
Puce  son caractère composite

Il peut être intéressant ici d'évoquer quelques autres textes utilisant eux aussi des alphabets qui leur sont propres :

  • à l'inverse, dans le Codex Seraphinianus , tout vise à éloigner les signes des caractères habituels,
    comme Texte Seraphinianus, aussi étrange que l'homme-à-feuilles  auquel il sert de légende        aaa
  • les alphabets de LdV  et des messages du Zodiaque reposent en grande partie sur des formes géométriques.
Image Seraphinianus

Les systèmes sont donc différents, voire opposés – mais chacun a sa cohérence ; ce qui frappe dans l'alphabet du Carnet , c'est son caractère composite, empruntant aux trois sources, comme on l'a vu précédemment ; de ce point de vue, l'alphabet de James Hampton est plus proche de celui du Codex Rohonczi , dont les signes sont aussi de nature variée, comme dans cet extrait : Codex Rohonczi ; mais l'incertitude qui plane sur l'auteur comme sur l'origine et la nature du Codex  fait que le rapprochement n'est pas vraiment éclairant ; d'autant que ce partage des sources d'inspiration ne va pas au-delà : le seul glyphe commun est le trait oblique, qui n'a rien de significatif.

Puce  son coût graphique

Élargissons la comparaison à tous les types d'alphabets – naturels aussi bien qu'inventés, en comparant le nombre de traits nécessaires pour tracer un signe dans un échantillon assez varié d'entre eux.

NB- En l'absence de terme plus approprié, trait  désigne le parcours de la plume entre le moment où elle vient au contact du papier et celui où
  • soit elle s'en détache,
  • soit elle change brusquement de direction (et c'est bien sûr là que la subjectivité fait son apparition) ;
un trait pourra donc aller du simple point à la spirale, en incluant par exemple le U mais pas le V, dont l'angle inférieur casse  le trait en deux parties distinctes.

Ainsi, dans l'alphabet latin en minuscules manuscrites, un trait suffit pour tracer un l  (la boucle) ; il en faut deux pour i  (le corps et le point) ou n  (deux jambages), trois pour k  (boucle verticale, boucle intermédiaire et jambage), etc. ; toujours pas d'ambition scientifique (les données peuvent varier assez largement, par exemple pour g  ou z ) mais le résultat, même limité, n'est pas dépourvu d'intérêt :


Légende :   (µ) = minuscules_____Nb = nombre de signes_______M = nombre maximal de traits pour un seul signe


ÉcritureNbMNombre moyen de traits par signe
alphabet latin (µ)263ruban ruban ruban2,1
voynichéen (EVA)264ruban ruban ruban2,2
latin (MAJ/script)264ruban ruban ruban2,3
alphabet bassa (µ)303ruban ruban ruban2,3
Livre de vie 535ruban ruban ruban2,4
voynichéen (D'Imperio)306ruban ruban ruban2,4
Z408  (*)537ruban ruban ruban2,7
langage de J. Ọṣitelu 485ruban ruban ruban2,8
hamptonien (alphabase)435ruban ruban ruban2,9
medefaidrin675ruban ruban ruban2,9
syllabaire kpelle788ruban ruban ruban ruban3,1
toki pona sitelen  (**)1209ruban ruban ruban ruban3,3
syllabaire chéroki885ruban ruban ruban ruban3,8
hamptonien (S&L)588ruban ruban ruban ruban ruban4,3
NB- Le manque de liste des caractères et de transcription empêche d'inclure le Codex Rohonczi  dans le tableau.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Notes ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
(*) Il s'agit d'un ensemble de trois textes chiffrés envoyés en 1968 à des journaux californiens par celui qui se présentait comme le tueur du Zodiaque  ; chaque texte se présente sous la forme d'un rectangle de 17 colonnes sur 8 lignes (soit 136 signes, et 3 x 136 = 408, d'où le nom) ; pour plus de documentation sur ces textes, parmi nombre de sites, de livres et même de films, on pourra consulter cette page  [⇒] de Didier Müller sur nymphomath.ch .
(**) Le Toki Pona est une langue artificielle (créée par Sonja Lang) comportant 120 mots, pas un de plus ; l'alphabet analysé ici (dû à Sonja Lang et Bryant Knight et titré toki pona sitelen pona ) comprend donc cent vingt signes, un par mot ; on peut le trouver à cette adresse  [⇒].
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Malgré les approximations, ce tableau confirme le dilemme du hamptonien (déjà rencontré dans les problèmes de transcription ) :

Il semble donc raisonnable d'analyser les deux groupes séparément.

ⓑ  En dehors du Carnet

Pour une raison que je n'ai pas pu retrouver, cette partie avait été totalement ignorée dans la version initiale de cette page  ; oubli d'autant plus fâcheux que ces textes présentent un intérêt tout particulier.

Pour plus de commodité, nous appellerons T le texte de la page p9 (celle où sont représentées les Tables de la Loi), M la page p10 (placée sous le patronage de Moïse) et C la deuxième couverture.

Le blog de Klaus Schmeh reproduit les pages 9 et 10, avec des explications ici en allemand   [⇒] et là en anglais  [⇒]. Les reproductions et le contenu des explications sont évidemment identiques, mais pas les commentaires des visiteurs ; dans la version germanophone, Johann écrit : Bei dem dritten Bild von oben sieht man ganz klar die 10 Gebote, wahrscheinlich 1-5 linksstehend und 6-10 rechts! Sollte doch nicht so schwer sein die unlösbaren Buchstaben die er sich ausgedacht hat umzuwandeln wenn man den Text sowieso kennt!  […] 

Ce que DeepL Translator traduit par La troisième image d'en haut  [p9] montre clairement les 10 commandements, probablement 1-5 à gauche debout  [en colonne] et 6-10 à droite ! Cela ne devrait pas être si difficile de convertir les lettres insolubles qu'il a inventées si vous connaissez le texte de toute façon ! […]

Idée que l'on peut juger tour-à-tour fort judicieuse et un peu farfelue, selon le point de vue :

au premier abord, l'approche la plus naturelle pour décrypter un texte est bien de chercher l'incontournable pierre de Rosette, et l'évocation des Dix Commandements est patente (6) ;
mais un peu de réflexion conduit à douter de cette explication : chiffrer le texte des Dix Commandements, c'est à la fois inutile (pourquoi cacher un texte que des centaines de millions de personnes connaissent plus ou moins par cœur ?) et contre-productif (on scie la branche sur laquelle on a fait tant d'effort pour s'asseoir) ;
à cela Johann pourrait répondre que rien ne permet de savoir si James Hampton voulait cacher quoi que ce soit ; peut-être son langage est-il pour lui une langue sacrée (cf. plus haut l'écriture révélée  et plus bas à propos de Josiah Ọṣitelu), dans laquelle il faut alors traduire les Dix Commandements, tout comme ils l'ont été successivement en grec, en latin, en français ou en anglais et même en chamorro ou en ponapéen ;
nouveau mouvement de balancier (le dernier, tout a une fin) : l'hypothèse que le texte T serait la traduction du Décalogue en hamptonien se heurte à deux obstacles sérieux :

On peut donc penser qu'il s'agit là, pour James Hampton, d'un texte primordial (à tous les sens du terme) ; et c'est sans doute ce qui explique que le texte figure trois fois : en T mais aussi en M et en C, sous des formes très proches mais pas totalement identiques, qu'il semble intéressant de comparer.

    L'indice de Damerau-Levenshtein  (16) donne une première idée de ces parentés : les textes C et T sont très proches, la version de M moins, mais les trois restent liés puisque l'indice est toujours supérieur à 0,5.
    Pour arriver à plus de précision, il faut se trourner vers une comparaison juxtalinéaire.
 
Indice de Damerau
NB1- les lignes des trois versions ont été réespacées pour permettre une comparaison juxtalinéaire ;
NB2- les numéros de lignes à droite sont ceux qui figurent en M ; deux exceptions ou particularités :
__ une ligne 1x a été ajoutée, puisque seuls T et C ont une ligne entre 10 et 11 ;
__ dans C (où il n'y a pas de ligne 4), la ligne 5 est aboutée à la ligne 3,
      pour former un ensemble nettement plus long que le reste ;
NB3- les différences sont indiquées par un jeu de couleurs______a a a
_____(ce jeu vaut pour chaque ligne prise isolément, pas d'une ligne à l'autre) ;
NB4- l'absence d'un élément est marquée par une barre (verticale pour un signe,
_____horizontale pour une ligne).
Légende
_____C__________T__________M
 _____C__________T__________M
Première partieDeuxième partie

Les différences sont donc relativement limitées mais se laissent mal cataloguer :
Puce  Les lignes : à part l'aboutage de 3 et 5, T et C sont identiques et se distinguent de M, qui n'a pas la ligne 1x (répétition exacte de la ligne 5) et, inversement, contient deux lignes 20 et 21 absentes de la couverture et placées ailleurs dans T :

Puce  Les variantes : il s'agit de différences dont on peut se demander si elles sont significatives (tout comme, dans un texte manuscrit en alphabet latin, P manuscrits ne seraient que des variantes de P).
C'est justement le cas de P hamptonien où S&L voient quatre lettres différentes (transcrites respectivement P  , PL , P1  et P2 ) ; aux lignes 3, 6 et 9, M a clairement P2  alors que T a P1  et C, quelque chose d'intermédiaire ; pour compliquer le tableau, T a bien P2  à la ligne 8, comme M.
Le cas de v v et M  est assez dérangeant : les deux lettres ont la même base graphique (deux v renversés légèrement espacés) et ne se distinguent que par les points ou le trait qui s'y ajoute ; or, notamment dans T et C, le Λ prend souvent la forme d'une sorte de pi sans points ni trait : Pi ; en plusieurs endroits, il correspond à un M  dans M mais, en d'autres, M est lui aussi ambigu.
À la ligne 1, T a le signe courant L L  mais C et M ont L L , que l'on ne rencontre pas ailleurs.
Puce  Le début des lignes – sans doute la différence la plus notable : de 4 à 9 puis de 14 à 18 (soit onze sur vingt), les lignes de M commencent par un T    qui, sept fois sur dix, s'ajoute au texte de T et C mais, en trois occasions, remplace la première lettre de ces versions ; pour compliquer le tableau, on peut mentionner la ligne 13 où M ajoute u r   et les lignes 10 à 12 où T et C ont le même nombre de signes que M mais pas la même initiale.
Puce  Globalement, T et C sont plus proches et s'opposent souvent à M (notamment dans le décompte des lignes), mais à la ligne 2, M et C ont cet étrange L L , face à T alors qu'à la ligne 17, M et T ont J face à C qui a oooS ; pour l'anecdote, mentionnons le seul cas (sauf erreur) où les trois textes divergent : à la fin de la ligne 16, T a v vM a M  et C a ooo. À l'inverse, seules les deux premières lignes sont identiques dans les trois textes, à condition de considérer comme équivalents aussi bien L L  et L L  que -  et 2  .
Puce  Généalogie : il est hors de doute que James Hampton accordait beaucoup d'importance à ce texte ; mais, après l'avoir écrit, l'a-t-il recopié deux fois ou bien l'a-t-il réécrit ? L'étude des coefficients de divergence  (7) peut apporter des éléments de réponse (à défaut de certitudes) ; d'abord, on peut prendre comme point de repère le passage en anglais de la page 10, très vraisemblablement recopié sur la KJV, mais sans espace entre les mots ni ponctuation ; comme l'indique le tableau, ce coefficient est bas (inférieur à 3 %)  (17) ; celui des trois couples de textes en hamptonien est nettement supérieur ; toutefois, le groupe C↔T reste limité, plus proche de KJV↔p10  (en anglais) que des deux autres ; on peut donc faire l'hypothèse que l'un de ces deux textes a été copié sur l'autre ou qu'ils ont été écrits à peu d'intervalle, alors que le texte M est une réécriture plus éloignée ; reste la différence entre C↔M et M↔T ; cette différence est de l'ordre d'un dixième ; si on la considère comme significative, le texte T devrait être le premier et C, sa copie ou sa réécriture proche.

Puce  Pour conclure cette section, ces analyses permettent de considérer comme…
quasiment certainqu'il s'agit d'un texte fondateur aux yeux de James Hampton ;
fort vraisemblableque l'auteur ne considérait pas comme sacrée  la forme sous laquelle il se présente ;
comment ne pas penser ici au début de l'Aventure ambiguë  où le Maître de l'école coranique frappe Samba Diallo en lui criant : Sois précis en répétant la Parole de ton Seigneur…
possibleque les signes (ou au moins une partie d'entre eux) soient des idéogrammes, du fait que les différences portent soit sur un signe isolé soit sur une ligne entière mais presque jamais sur un n-gramme (qui serait l'équivalent d'un mot ou d'une expression), et que le texte est très bref ; d'ailleurs, ce qui a été observé plus haut à propos des graphies [JESOS] et [CHRSIS] dans le Carnet  va dans le même sens (biais de confirmation ?)  (cc)

ⓒ  Dans le Carnet
Sommaire•  anglais  encodé•  écriture phonétique     •  syllabaire     •  substitution homophonique
•  caractère nul    •  chiffrement (Vigenère, etc.)
autres langues naturelles•  chamorro     •  gullah     •  n-grammes
autres langages•  glossolalie     •  J. B. Murray     •  langage Aladura et medefaidrin
•  Et au-delà…

S'il n'a pas été possible de traduire  le texte des pages hors Carnet , on a pu au moins se faire une idée de son contenu ainsi que de sa nature. Malheureusement, l'équivalent de la Table des Lois et du parallèle avec le livre de l'Exode  ne semble pas exister pour le Carnet  lui-même. Si les paragraphes qui précèdent renforcent l'hypothèse que son contenu doit être porteur de sens, ils n'éclairent pas ce sens. On est donc conduit à chercher quel système James Hampton a employé dans la rédaction de son carnet.

Puce  L'hypothèse la plus simple, celle qui vient immédiatement à l'esprit, est un encodage de l'anglais par simple substitution – où l'auteur écrirait K î  à la place de A, N  à la place de B, etc. (exemples totalement imaginaires).

Hypothèse renforcée par l'exemple de LdV  : avec un peu d'habitude, l'écriture en encodé  devient aussi naturelle que l'écriture en français ou en anglais (à défaut d'être aussi rapide, complexité graphique des signes hamptoniens oblige).

Mais si ce moyen est le plus simple à mettre en œuvre, c'est aussi le plus simple à décrypter puisque la fréquence des lettres de la langue source doit se retrouver dans celle des signes servant à l'encoder  (8). Il suffit donc de comparer les résultats pour l'anglais et le hamptonien :

habituellement, une fréquence de 15 % (par exemple le e  en français tamisé) est considérée comme élevée ; les 21 % de vv vont bien au-delà, et n'ont de comparable que la fréquence de l'espace (placer le curseur de la souris sur la colonne anglais  pour afficher les valeurs incluant les espaces).
NB1- Pour le hamptonien, les lettres  dont la fréquence est inférieure à 0,1 % (soit moins de douze occurrences) n'ont pas été affichées.
NB2- Les mises en vis-à-vis sont de simples approximations et ne signifient en rien que telle lettre hamptonienne correspondrait à telle lettre latine.

L'interprétation de vv comme séparateur est tentante, puisque le texte hamptonien est dépourvu des espaces habituelles, et que les fréquences sont du même ordre ; cette hypothèse se heurte toutefois à un obstacle de taille  (aux deux sens de l'expression) : la taille des « mots » que vv délimiterait ; le graphique ci-dessous représente la fréquence des mots en fonction de leur longueur, en hamptonien (rouge) et en anglais (bleu).
Placer le curseur de la souris sur le diagramme pour l'afficher en échelle logarithmique.


Fréquence linéaire

NB- La partie au-delà de trente-cinq lettres
n'est pas affichée.
Fréquence logarithmique

NB- La partie au-delà de treize lettres
n'est pas affichée.
Les deux courbes sont nettement différentes, surtout à leurs extrémités :
  • pour les mots les plus longs, l'anglais s'arrête à une vingtaine de lettres (au-delà, on ne trouve que des termes techniques, notamment médicaux) ; le hamptonien, lui, va jusqu'à cinquante-sept lettres, et l'ensemble des mots  de plus de dix-huit lettres représente près d'un pour cent du total. Mais cet obstacle n'est pas rédhibitoire : dans certaines citations en anglais, les espaces sont absentes ; ce pourrait donc être aussi le cas dans certains passages du carnet -
les vingt, trente ou cinquante-sept lettres correspondant alors à plusieurs mots non séparés ;
  • il en va autrement des mots les plus courts ; en anglais (comme dans les autres langues), leur fréquence dépend de deux tendances opposées : par principe d'économie, ce sont les plus employés ; mais leur taille en limite la variété ; ainsi, l'article a  ou la préposition to  sont beaucoup plus fréquents que ready  ou booklet , mais il n'y a que deux mots d'une lettre (a  et I ) et quelques dizaines de deux lettres, alors que les mots de cinq, six ou sept lettres sont des milliers ; c'est pourquoi la courbe culmine pour trois lettres (meilleur rapport économie/variété), puis descend régulièrement, les mots se trouvant de moins en moins souvent employés.

    La situation est tout autre en hamptonien, où les « mots » d'une lettre représentent plus du tiers de l'ensemble ; bien plus, sur les quarante-sept lettres les plus communes, on en trouve quarante-et-une encadrées au moins une fois par deux vv.

On voit donc qu'aucun des deux emplois de vv (ni comme lettre ni comme espace) n'a d'équivalent en anglais. Cette incompatibilité se confirme si l'on étudie les comportements respectifs de vv d'une part, de l'espace et de e de l'autre, d'une page à l'autre d'un texte :


texte  CarnetApocalypse amplitude = nombre maximal d'occurrences dans une page moins nombre minimal ;
uniformité : valeur mesurant la différence moyenne entre le nombre d'occurrences dans chaque page et le nombre d'occurrences dans la page suivante.
NB- Ces deux mesures varient naturellement
      dans deux directions opposées.
 mesurev vespacee
amplitude 722139
uniformité 7,421713

On voit que les valeurs obtenues pour vv traduisent un comportement beaucoup plus irrégulier que celui de e et plus éloigné encore de la relative constance de l'espace.

Avant d'écarter un codage de l'anglais par simple substitution, on peut imaginer une transcription reposant sur des principes différents, comme l'alphabase  qui réduit l'alphabet à une trentaine de signes (9).
Placer la souris sur la colonne hamptonien  pour afficher ces nouvelles valeurs.

On a alors en tête trois lettres de fréquences très voisines, mais

  • trop basses pour que l'une joue le rôle de séparateur,
  • trop élevées pour avoir une correspondance avec l'anglais.

En double contrepoint,

  • une seule lettre de fréquence moyenne (entre 6 et 10 %) contre sept en anglais,
  • dix-sept lettres de fréquence inférieure à 1,5 %, contre six en anglais.
 
 anglais
avec esp.
========
  18,0
e 10,5
 
 
 
t 07,5
a 06,6
o 06,2
n 06,1
i 05,9
s 05,4
r 05,2
h 04,3
l 04,0
d 04,0
c 02,6
 
u 02,3
m 02,1
 
 
 
f 01,8
 
p 01,6
w 01,6
g 01,5
y 01,4
b 01,4
 
 
 
 
 
v 00,8
 
 
k 00,5
 
 
 
 
 
 
x 00,2
j 00,1
q 00,1
z 00,1
 anglais
sans esp.
========

e 12,6
t 09,2
a 08,1
o 07,5
n 07,4
i 07,2
s 06,6
r 06,4
h 05,3
l 04,0
d 04,0
c 03,2
u 02,8
 
 
m 02,6
f 02,2
 
p 01,9
w 01,9
g 01,8
y 01,7
 
 
 
b 01,7
 
 
 
 
v 01,0
 
 
 
 
k 00,6
 
 
 
 
 
 
 
x 00,2
j 00,1
q 00,1
z 00,1
hamptonien
 
==========
vv  21,6
Y3  12,1
 
 
 
Ki  07,3
 
 
 
GG  04,6
14  04,4
qL3 03,6
LL  03,4
Gi  03,0
76  03,0
P   02,6
dc  02,4
P2  02,3
Y4  02,2
J   02,0
M   02,0
q3  01,9
N   01,8
2   01,8
F   01,7
d3  01,6
96  01,5
EE  01,3
g   01,2
nn  01,1
S   01,1
P1  01,0
o3  01,0
4L  00,9
ee  00,8
95  00,7
A-  00,6
J1  00,5
PL  00,4
44  00,3
3   00,3
T   00,2
d4  00,2
g7  00,2
uL  00,2
E   00,1
d2  00,1
qL2 00,1
Y2  00,1
qL4 00,1
A   00,1
J   00,1
HH  00,1
hamptonien
 alphabase 
==========
LL  16,8
4/Y 16,4
vv  15,6
 
i   07,5
 
 
 
 
K   05,3
6   05,2
P   04,5
GG  03,4
14  03,3
 
 
 
7   02,3
 
JJ  01,9
 
dc  01,8
 
 
 
 
9   01,6
M   01,4
d#  01,4
q3  01,4
N   01,3
2   01,3
F   01,2
EE  01,0
g   01,0
nn  00,8
S   00,8
o3  00,7
ee  00,6
A   00,5
5   00,5
3   00,2
T   00,2
I   00,1

Les deux répartitions apparaissent donc comme trop différentes pour qu'on puisse essayer d'établir un parallèle.


Restent donc trois variantes de la substitution simple :

Puce Un alphabet phonétique ? Les ratures sur REVELATION montrent que James Hampton n'était pas très à l'aise avec l'orthographe classique ; il pourrait donc avoir choisi cette solution par commodité. Un avantage appréciable de cette hypothèse : comme il n'était pas linguiste, son système de transcription pourrait varier assez librement (par exemple en utilisant un seul signe pour ð et θ, ou bien à l'inverse en distinguant le y de you  de celui de few ).
___DS est allé assez loin dans cette direction, en établissant une table de correspondance entre les lettres hamptoniennes et les sons de l'anglais ; pourtant, au terme de son travail, il conclut : The results were disappointing . Et en effet, même quand on regroupe des sons voisins, la fréquence des phonèmes en anglais (10)  culmine aux environs de 13 % (pour ə + ʌ).

Puce Un syllabaire ? Bien difficile à envisager : pour l'anglais, avec une quinzaine de sons-voyelles et une grosse vingtaine de sons-consonnes, c'est déjà plus de trois cents signes à prévoir, sans compter les problèmes posés par les syllabes fermées (comme perception ) ou les groupes consonantiques (comme dans instruction ).

Puce La substitution homophonique

L'exemple de LdV  montre qu'il est possible de compliquer le chiffrement en utilisant deux (ou plusieurs) alphabets (soit selon certaines règles soit aléatoirement) – sans devoir renoncer à une écriture à la volée.

Or on peut trouver plusieurs points communs aux deux auteurs ou à leurs textes. Du plus extérieur (d'un point de vue cryptographique) au plus technique :
•   les deux hommes sont marqués par la religion chrétienne (protestantisme dispensationaliste pour l'un,
____catholicisme romain pour l'autre) ;
•   ce ne sont pas des professionnels de la cryptographie ;
•   ils ont travaillé seuls et le chiffrement doit faire qu'eux seuls puissent lire leur texte ;
•   les deux textes utilisent des alphabets originaux créés par leur auteur,
____et comptant un nombre voisin de signes (entre 53 et 67 selon les choix de transcription) ;
•   le texte chiffré ne comporte pas d'espaces matérialisant la séparation des mots ;
•   les deux textes donnent l'impression d'avoir été rédigés (au moins par endroits) à la va vite ; on est loin de la régularité et du soin (même relatifs) dont ont fait preuve les rédacteurs de MsV ou des messages du Zodiaque.

D'après l'article que Le Monde  lui a consacré, l'auteur de LdV  aurait déclaré « Il n'y a aucun alphabet écrit. Nulle part. Il est dans ma tête. » Il suffit de travailler quelques jours sur son texte pour se convaincre que c'est tout-à-fait possible, puisqu'on a à faire à une soixantaine de signes (deux alphabets complémentaires plus une dizaine de signes divers) – et que maîtriser l'alphabet arabe en plus de l'alphabet latin ne fait pas entrer dans le Livre des Records.


Mais l'analyse des fréquences empêche d'aller plus loin : la substitution homophonique s'accompagne mécaniquement (c'est d'ailleurs son but premier) d'un lissage des fréquences, et l'extrait de LdV  en donne l'illustration avec une fréquence maximale inférieure à 7 % ; or ce qui caractérise le Carnet , ce sont au contraire les 21,6 % de v v , totalement incompatibles avec une substitution homophonique.

Différence corroborée par celle des écarts-types______aaa
des fréquences dans les principaux textes utilisés pour les n-grammes. On peut noter que le Carnet  se trouve non seulement en dehors du groupe des langues naturelles mais encore à l'opposé de LdV .

Ecarts-types
TM = texte sans espaces ni ponctuation | Aléa = texte aléatoire
Nota-bene important Cette incompatibilité ne vaut donc pas que pour l'anglais : elle tend à éliminer l'hypothèse d'une substitution homophonique dans toutes les langues(cc)

Puce La plupart des pistes précédentes butant sur les 21,6 % de v v , on pourrait envisager que ce signe soit un caractère nul, comme on en trouve dans certains documents chiffrés ; et en effet, si l'on omet cette lettre, on obtient un éventail de fréquences plus proche de l'anglais (seuls les signes les plus fréquents sont affichés)________aaa
   Mais alors l'expression vv Y3 vv Y3 vv Y3 vv Y3 vv Y3 (que l'on trouve en p97 puis p99, p114 et p125) serait à lire Yr Yr Yr Yr Yr, soit (selon la seule correspondance possible des fréquences) eeeee. Si l'on peut trouver une suite de trois e en l'absence d'espaces (three eggs ), on aura du mal à expliquer les centaines d'occurrences de eeee (aussi bien que celles de Yr v v Yr v v Yr v v Yr v v , au demeurant).
 
Y3   15,4
Ki   09,3
GG   05,9
14   05,6
qL3  04,6
LL   04,4
Gi   03,9
76   03,8
P    03,3
dc   03,1
e 12,6
t 09,2
a 08,1
o 07,5
n 07,4
i 07,2
s 06,6
r 06,4
h 05,3
l 04,0

Puce Toutes les formes de substitution semblant mener à des impasses, si l'on veut que le texte original soit en anglais, on ne peut plus envisager qu'un chiffrement. Pourtant, cette hypothèse laisse plutôt sceptiques S&L qui, à la fin de leur étude sur Hamptonese and Hidden Markov Models , tiennent ce raisonnement :
  1. James Hampton n'a probablement pas utilisé de méthode de chiffrement complexe et sûre
          (he could only have developed a fairly weak encryption system  – c'est moi qui souligne) ;
  2. nous serions probablement capables de décrypter un chiffre simple ;
  3. or nous ne pouvons pas « casser » le hamptonien ;
  4. C'est donc il n'est probablement pas chiffré.

Le raisonnement est imparable, mais sa première prémisse demande quelques explications ; a fairly weak encryption  fait référence à un encodage par substitution (et toutes les mesures ont montré que cette hypothèse ne tenait pas) par opposition à ce qu'ils nomment ailleurs a good cipher , qui renvoie à un chiffrement de type Vigenère. Mais peut-on exclure la possibilité de ce dernier (Hamptonese is probably not a good cipher ), d'autant plus que les mêmes auteurs conseillent (dans une note déjà citée à propos de l'alphabet) de ne pas sous-estimer les capacités de l'auteur ?

En fait, deux choses semblent pareillement sûres :

  1. James Hampton pouvait créer et utiliser un carré de Vigenère (ou tout autre moyen de chiffrement solide) ;
  2. il n'a pas utilisé un tel système dans ses écrits.

Et deux indices suffisamment sûrs nous permettent de l'affirmer.

Petit bilan d'étape : de tout ce qui précède, on peut raisonnablement conclure que le texte en hamptonien

La logique demande donc qu'on suive à présent la piste de l'encodage simple d'une langue autre que l'anglais. DS en a examiné les principaux aspects dans les pages Ideas  de son site  [⇒] (dont il a déjà été question à propos des comparaisons avec l'anglais) .

Nous les reprendrons ici :

Puce  le chamorro : pour simplifier, disons qu'il s'agit d'une langue mixte dont la base grammaticale est austronésienne (malayo-polynésienne, plus précisément) et la majeure partie du vocabulaire, empruntée à l'espagnol ; il est parlé aux îles Mariannes, dont fait partie l'île de Guam, là où James Hampton a travaillé plusieurs années durant la guerre ; il n'est donc pas impossible que, comme Stallings le fait observer, Hampton ait appris le chamorro (probablement sous forme parlée) pendant qui'il était à Guam, et que cette langue ait servi de base au hamptonien ; certes, qu'un soldat états-unien noir aille apprendre le créole mi-polynésien mi-espagnol d'une ville de garnison située à dix mille kilomètres de chez lui n'est pas l'hypothèse la plus naturelle. Mais le principal argument tient dans la répartition particulière de la fréquence des lettres en chamorro : si on resserre l'étendue de l'alphabet hamptonien (transcription alpharéd  de trente-et-une lettres (11)), les deux courbes de fréquence sont suffisamment proches pour permettre une tentative d'équivalence.

Le tableau reprend les valeurs des dix lettres les plus fréquentes.   a a a

Pour le chamorro, les valeurs sont la moyenne entre les résultats obtenus pour des extraits du Nouveau Testament  et ceux de divers autres textes (essentiellement le corpus rassemblé par DS et le début de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ).

Pour le hamptonien, une colonne centrale titrée ? indique la nature de la lettre (voyelle, consonne ou incertaine)  (12).

Les trois premières lettres ne posent pas de problème : vv ba a, Y3 ba n, Ki ba i. Même chose pour les quatre dernières.

Restent les trois lettres pour lesquelles le chamorro présente deux voyelles suivies d'une consonne, à l'inverse du hamptonien ; il faut donc prévoir plusieurs modèles, l'un suivant les pourcentages, les autres avec 14 ba o et 14 ba e.

On obtient ainsi un document de travail où les dix lettres hamptoniennes du tableau sont remplacées par leur équivalent (hypothétique) en chamorro, les autres lettres étant figurées par un simple point.

 chamorro (moyenne)hamptonien alpharéd 
#%#?%
a
n
i
o
e
s
t
u
g
y
19,2
10,3
9,4
7,9
7,1
5,2
5,2
4,6
4,1
3,7
vv
Y3
Ki
P
GG
14
qL
LL

Gi
76
v
c

c
c
v
c
v
c
v
21,6
15,3
7,3
6,3
4,7
4,5
4,1
3,9
3,6
3,0

Des différentes hypothèses envisagées, la plus intéressante semble être celle où 14 ba e, GG ba o et P ba s.

Les premières lignes du carnet ne présentent alors comme indiqué dans la colonne de gauche, tandis que la partie de droite comprend quelques extraits particuliers :


ieai•s•••tosa
isai•e•••toea
•••it•••••••
•a•at••nna•
•ny•••t•••ou
••a•e••nean
isa•e••tato
•ea•••un•un
•ea••aiain•e
•ea•••••u•a
••a•••iiii•
p86 - l. 10
___tatianas•giina
p89 - l. 7
___satatnanatanaea
même ligne mais en conservant
_l'ordre initial des correspondances :
___oatatnanatanasa
p129 - extrait des l. 5 à 12
___sanananaunan
___gsayesagsana•   […]
___•ou•atanana
___sananaunana

L'aspect général est moins rude  que ce que DS avait obtenu pour l'anglais phonétique, mais il n'y a rien de convaincant. Circonstance aggravante : on ne trouve que deux occurrences de esu  (en dehors des mentions en clair  de JESUS), et deux de gui  qui est le trigramme le plus fréquent en chamorro. Reste une impression de déjà vu : les répétitions de p89 ou p129 rappellent étrangement, dans le manuscrit Voynich , les séries du genre de
chotchol daiin cthol doiin daiin (chotchol daiin cthol doiin daiin) ou
qokeody ykedy chkedy qokedy chedy qokedy (qokeody ykedy chkedy qokedy chedy qokedy).


Puce  le gullah : langue mixte comme le chamorro, mais formée d'éléments grammaticaux venus d'Afrique de l'ouest (notamment de Sierra-Léone) et d'un vocabulaire issu de l'anglais (avec, comme principales modifications, le remplacement de th  par d  ou t  et celui de v  par b  ou w ) ; le lien avec Hampton est plus naturel que pour le chamorro, aussi bien géographiquement (le gullah est parlé sur la côte de Caroline du sud et de Géorgie, avec Charleston pour capitale – à moins de cent kilomètres d'Elloree (13)) que culturellement (c'est la langue de descendants d'esclaves, marqués par le sentiment religieux, et ses textes écrits les plus longs sont des traductions de la Bible). Comme le note DS, si le gullah n'était certainement pas la langue maternelle de James Hampton, il pouvait facilement l'avoir appris dans sa jeunesse à la ferme familiale.

La lecture de The Black Border - Gullah Stories of the Carolina Coast , publié en 1922 par Ambrose Elliott Gonzales (on peut lire ou télécharger cet ouvrage à cette adresse  [⇒]) apporte un éclairage particulier. En effet, on avait pu noter que la citation d'un extrait du Livre de l'Exode  (dans le feuillet p10) comportait trois erreurs  : FARTHER au lieu de FATHER , ONR au lieu de OUR  et AGIN au lieu de AGAIN . Or le livre d'A. E. Gonzales mentionne
  •  dans son lexique, FARRUH comme équivalent de father  (l'auteur transcrit par uh  le son [ə], notamment
___dans les finales en -er ) ;
  •  cette phrase, dans l'un des récits (The Wonderful Tar-Baby Story , p. 347) :
___Ef you don't lemme loose, I'll knock you agin      (si tu ne me lâches pas, je vais te frapper à nouveau)
NB- la traduction du Nouveau Testament , elle, emploie gin .

Ainsi, deux des erreurs  de Hampton pourraient être des traces de gullah traduisant sa connaissance de cette langue.

Malheureusement pour nous, la comparaison entre le hamptonien et le gullah est plus difficile qu'avec l'anglais (corpus limité, absence d'outils dédiés) et même qu'avec le chamorro : ce dernier jouit d'un statut officiel et d'une certaine standardisation par l'écrit ; il en va autrement du gullah, longtemps mal considéré, rarement étudié et tardivement écrit ; on peut distinguer quatre sources disponibles :

___•  les contes transcrits par A. E. Gonzales (dont il vient d'être question), rassemblés au début du XXème siècle ;
___•  le livre de Lorenzo D. Turner intitulé Africanisms in the Gullah Dialect , considéré comme l'ouvrage de référence pour cette langue ; hélas ! bien que datant de 1949, il n'est disponible sous aucune forme numérique et, si le titre est cité dans toutes les pages Internet consacrées au gullah, on n'en trouve nulle part d'analyse précise ;
___•  De Nyew Testament , traduction commencée dans les années 1980 et terminée en 2005 ;
___•  quelques textes présentés sur le site gullahtours  [⇒], traductions dues à Alphonso Brown.

Abondance de biens ne devrait pas nuire, mais en l'occurrence, elle complique plutôt les choses. Quelques exemples :


 GonzalesTurnerDe N. T.A. Brown 

Certaines différences sont triviales, comme [ə] écrit uh  par Gonzales et Brown, a  dans De N. T. .

Mais d'autres sont plus gênantes :
•  dans De N. T. , ce même a  correspond à la fois au son [a] du début de father  et au son [ə] de la fin ;
•  Gonzales transcrit make  et take  par mek  et tek  mais save  par sabe  et place  par place  ; à quel son correspondent ces deux derniers a  ? dans le droit fil de mek  et tek , on attendrait plutôt seb  et ples .
•  pour I, father  ou brother , les mots diffèrent selon les sources.

Dans ces conditions, faire une moyenne entre tous les résultats (comme pour l'anglais et le chamorro) semble peu rationnel. Reste donc à choisir une source.

waterwatuh?watawahtuh
fatherfarruh?fadafadduh
brotherbredduh?brodabrudduh
GodGawd?GodGawd
IUh?AIe / Uh
auh?auh
anden'?an'n

Les textes d'A. Brown formant un corpus trop réduit, il faut choisir entre The Black Border  et De Nyew Testament . La présence, dans ce dernier, d'une traduction du Livre de l'Apocalypse  (De Revelation ) a conduit à y recourir pour les comparaisons entre le début de ce livre dans diverses langues (comme dans le cas des n-grammes), mais les principes suivis pour la transcription éloignent nettement l'écrit de l'oral ; si le travail de A. E. Gonzales n'est pas vraiment scientifique d'un point de vue linguistique, il n'en vise pas moins à restituer les spécificités du gullah, quand De Nyew Testament  tend au contraire à les gommer (14).

Pour cette analyse des fréquences, le corpus a donc été constitué à partir des textes en gullah présents dans les premiers récits  de The Black Border  ; mais si James Hampton avait appris cette langue, ce ne pouvait être que sous forme parlée ; c'est pourquoi les extraits ont été transcrits pour mieux correspondre à la phonétique : remplacement de uh  et u  par [ə], de a + consonne + e  par [e] + consonne , etc.


Les fréquences des principaux sons s'établissent comme il est indiqué dans la colonne BlkBdr  du tableau ci-contre ; à titre de vérification, j'ai utilisé une méthode passablement artificielle : prendre un texte anglais en alphabet phonétique (le début d'Alice au Pays des Merveilles ) et le modifier selon les spécificités du gullah (remplacement de [ð] par [d], des terminaisons en -er  par [ə], etc.) ; les fréquences sont dans la colonne Alice ; les résultats des deux méthodes ne sont pas identiques, mais ils débouchent sur la même conclusion : aucun son gullah n'approche les 21,6 % de v v  ; mais la situation change si l'on regroupe [ə] et [e] d'une part, [t] et [d] de l'autre.
Placer la souris sur le trait gris pour afficher les nouvelles valeurs      aaa

 ST JamesBlkBdr Alice
   %   %   %
vv  21,6
Y3  15,3
Ki   7,3
 P   6,3
14   4,7
GG   4,5
e  13,8    ə  10,8
ə  10,9    e  10,2
n   7,6    t   9,8
t   6,4    d   8,1
i   5,6    n   8,0
a   5,0    a   4,5
================
eə 24,7    eə 21,0 dt 11,2    dt 17,9
 n  7,6    n   8,0
 i  5,6    a   4,5
 m  5,0    w   4,3
 a  5,0    i   4,1
================

Les valeurs observées pour v v et Yr se trouvent alors dans la fourchette des deux autres résulats, ce qui revient à établir que v v représenterait les diverses variantes du son [e], et Yr, les occlusives dentales ; les fréquences correspondent bien pour le son suivant : 7,6 et 8 % pour [n] dans les textes phonétiques face aux 7,3 % de K î. Au-delà, les fréquences du hamptonien s'accordent mieux avec celles des textes de Gonzales ; on peut donc prendre comme hypothèse P ba [o],___iiii ba [i],___GG ba [m]  et  uL ba [a].

Au final, on obtient un texte du même genre que celui qui a été évoqué plus haut à propos du chamorro. Comme précédemment, voici le début de la première page et quelques extraits :


noen•m•••aime
•••na•••••••
•e•ea••tte•
•t••••a•••i•
••e•m••tmet
noe•m••aeai
•me••••t••t
•me••enent•m
•me•••••••e
••e•••nnnn•
•an•oet•••i•e
p86 - l. 10
___aeaneteo••nnte
p89 - l. 7
___oeaeateteaeteme
p129 - l. 5 à 12
___oetetete•tet
___•oe•moe•oete•
___•oennteme••
___tt•••eoete•
___•nnoete•e•et
___m••te•ete•
___•i••eaetete
___oetete•tete

Certes, décider si une série de lettres peut ou non correspondre à la transcription phonétique de mots gullah (qui plus est, tels que James Hampton les aurait entendus) peut paraître risqué.

Pourtant, la recherche du nom de Jésus apparaît au premier abord nettement plus ouverte que pour le chamorro : le nom gullah s'écrit Jedus  et doit se prononcer [dʒɪdəs] ; dans l'hypothèse suivie ici, les trois caractères du milieu se transcriraient ite. Or ce trigramme se rencontre plus de cent soixante-dix fois dans le carnet ; mais quand on ajoute au motif les deux consonnes initiale et finale, l'éventail se referme pour ne laisser que deux pentagrammes Y3 14 Y3 vv qL3 (qui correspondrait d'ailleurs à [titəs]) et 2 14 Y3 vv GG, avec quatre occurrences pour chacun, ce qui semble bien faible.


Reste alors une dernière hypothèse à envisager, pour le gullah : que v v représente un séparateur de mots ; les fréquences des lettres restantes seraient alors plus proches de ce que l'on observe pour les sons du gullah – même si l'usage d'espaces dans un texte écrit directement en phonétique peut paraître peu naturel. En fait, seuls les trois premiers sons peuvent être attribués avec un minimum de certitude puisque [t] et [o] d'une part, [m] et [a] d'autre part ont des fréquences quasiment identiques ; toutefois, chacun des deux groupes comprend une voyelle et une consonne ; or les lettres corrrespondantes du hamptionien se répartissent aussi entre une voyelle et une consonne, dans les travaux de S&L aussi bien que de DS ; il paraît donc raisonnable de prendre comme hypothèse


Yr ba [e], ___K î ba [ə], ___GG ba [n], ___ur ba [t],___iiii ba [o],

LL ba [i] ___c%î ba [m],___76 ba [a]___P ba [d].
 BlkBdr ST James
 % %
e
ə
n
t
o
i
m
a
d
13,8
10,9
 7,6
 6,4
 6,4
 5,6
 5,0
 5,0
 4,8
Y3
Ki
GG
14
qL3
LL
Gi
76
P
15,6
 9,3
 6,0
 5,7
 4,9
 4,5
 4,1
 3,9
 3,8

œd œ•••••to•
  •••ət•••••••
• • t••ee •
•ea•••t•••oi
•• ••••e• e
əd ••••t to
•• ••••e•ie
•• •• ə əe••
•• •••••i•
  •• •••əəəə
•tə•d e•••o• 
p86 - l. 10
___t tə e d•məəe
p89 - l. 7
___d t te e t e •
p129 - l. 5 à 12
___d e e e ie e
___md a•d md e •
___•d əəe • i•
___eea•i d e i
___əəd e m m e
___•aie • e i
___•oi• t e e
___d e e ie e 

Rien de plus concluant que précédemment, d'autant que le trigramme central correspondant à Jésus  ([idə]) n'apparaît qu'une seule fois, et encore en début de ligne.

NB- Certes, le gullah simplifie un certain nombre de groupes consonantiques de l'anglais (after  a [attə] ou first  a [fəs]) mais il faudrait plus d'une centaine de signes différents pour représenter l'ensemble des syllabes du gullah, à moins d'en simplifier la phonétique au point d'en rendre la lecture très aléatoire – ce qui exclut sinon la possibilité, du moins l'intérêt d'envisager l'hypothèse d'un syllabaire.

Cela dit, quel que soit le système de correspondance retenu, les K î K î K î K î de la ligne 10 de cette première page, ou les Yr v v Yr v v Yr v v Yr v v Yr v v (que l'on rencontre à trois reprises dans le texte) auront du mal à se rattacher à une langue quelconque, même transcrite phonétiquement.


Puce  Puisque le système d'écriture du Carnet  ne permet de distinguer aucune hiérarchie (pas de séparation entre les mots, pas de sous-titres) et que la fréquence des signes reste inexploitable, on ne peut guère que se tourner vers les n-grammes ; le processus est un peu complexe à exposer, puisque l'on se retrouve avec trois dimensions ;
l'exemple (recréé pour les besoins de la cause) sera ici    Le mur murant Paris rend Paris murmurant autant qu'emmuré
α)   trois tailles : digrammes (Le ), tétragrammes (Le m ), octogrammes (Le mur m ) ;
NB- ici, digramme  désignera un n-gramme de deux lettres, c'est-à-dire tout groupe de deux caractères consécutifs ;
β)   cinq mesures : _______________l'exemple se limite au tétragramme    ddd      ( • représente une espace)
 Itemsnombre de n-grammes répétés différents9 tétragrammes [•ant, •mur, uran, ris•, rant,
_____________Pari, mura, aris, •Par
]
Maximumnombre d'occurrences du n-gramme le plus fréquent3 [pour •ant  et •mur]
Totalsomme des occurrences de tous les items20
Rapport T/Inombre moyen d'occurrences2,22
Alpha6nombre de signes différents (taille de l'alphabet )10 signes [P a i m n r s t u •]
    apparaissant dans les six n-grammes les plus fréquents
γ)   treize textes
NB- les mesures sur les n-grammes sont très sensibles à la longueur du document analysé ; les douze textes comparés sont donc les 29297 premiers caractères d'ensembles au moins aussi longs que le Carnet .
 En comparaison avec   Signe Carnetle Carnet  de James Hampton
le début de l'Apocalypse  de Jean
   en cinq langues
Signe KJV
Signe Gullah
Signe Segond
Signe Vulgate
Signe Ponapéen
anglais (KJV  dans la version de 1769)
gullah (trad. de la Sea Island Translation Team  pour l'A.B.S., publiée en 2005)
français (traduction de Louis Segond parue en 1910)
latin (la Vulgate )
ponapéen (traduction de la Bible Society of the South Pacific, publiée en 2006)
trois textes laïcsSigne Alice
Signe Assommoir
Signe Apulée
Alice au Pays des Merveilles  pour l'anglais
le début de L'Assommoir  pour le français
le début de Lucius ou les Mémoires d'un âne  d'Apulée pour le latin
quatre textes expérimentauxSigne Alice-tamisé
 
Signe Alice-Livre de vie
 
Signe Carnet mélangé
 
Signe Texte aléatoire
version tamisée d'Alice au Pays des Merveilles
   (sans ponctuation ni espaces, majuscules tranformées en minuscules)
début d'Alice au Pays des Merveilles  suivant les principes de LdV
   (pas d'espaces, alphabets initial et ultérieur, signe de répétition, etc.)
version aléatoire du Carnet
   (reprenant les 29297 signes mais placés dans un ordre quelconque)
texte aléatoire
   (29297 caractères d'un alphabet de 67 signes, disposés au hasard).

Comme cet écran n'a que deux dimensions, il faut placer taille et mesures sur la même abscisse ; le graphique ci-dessous regroupe donc, pour chacune des cinq mesures, les résultats correspondant aux trois tailles.
NB1- en plaçant le curseur sur le graphique, on peut afficher la distribution par taille.
NB2- Dans chaque colonne, le rectangle jaune délimite la zone des langues naturelles (les huit textes non expérimentaux). NB3- Les valeurs de Total pour Digrammes et de Rapport pour Octogrammes sont toutes très proches les unes des autres ; pour rendre le graphique lisible, l'ordonnée 0 correspond à la valeur la plus faible, et non au zéro absolu.
NB4- Le texte aléatoire est absent de certaines colonnes correspondant à l'octogramme parce qu'il n'en contient aucun.


Graphique par mesureGraphique par taille

Légende
(rappel)
Signe HamptonSigne KJVSigne gullahSigne SegondSigne VulgateSigne PonapéenSigne KJVSigne SegondSigne VulgateSigne PonapéenSigne KJVSigne SegondSigne Vulgate
CarnetKJVgullahSegondVulgateponapéenAliceZolaApuléetamiséLdvmélangéhasard

Ce graphique permet d'observer que
α)  le plus souvent (11 cas sur 15), le Carnet  se situe en dehors de la zone des langues naturelles (ou dans deux cas près du bord), ce qui laisserait à penser que le texte de James Hampton ne s'y rattache pas ;
β)  les proximités entre le Carnet  et le texte aléatoire sont rares, rendant peu vraisembable l'idée d'un texte alignant des caractères au hasard ;
γ)  par contre, dans la moitié des cas, les résultats sont proches du Carnet mélangé , ce qui n'est pas extraordinaire puisque les fréquences des divers signes restent identiques, mais suggère que ces fréquences ont plus de poids que l'organisation même des signes.

Ces mesures permettent donc de préciser la nature du texte, mais pas d'en percer le mystère.  (cc)


Puce  En dernier ressort (pour ne pas écrire en désespoir de cause ), DS envisage l'hypothèse de la glossolalie, qu'il place sous le titre d'idiolect ; le terme de « glossolalie » peut correspondre à trois phénomènes différents :
•  celui qui s'est manifesté le jour de la Pentecôte (Actes , 2:7-11, dans la traduction de Louis Segond) :
   ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte […]

Mais nous sommes loin de la solitude quotidienne dans laquelle travaillait James Hampton.


•  Le meilleur exemple du second (auquel DS consacre plusieurs lignes, avec quelques liens) est celui de Catherine Élise Müller, plus connue sous le nom d'Hélène Smith que lui a donné Théodore Flournoy dans le livre où il raconte et analyse les récits de la jeune femme ; on peut en exposer les caractéristiques en commençant par celles qui rappellent le Carnet  :
•   Hélène Smith s'exprimait dans une langue inconnue, pour laquelle elle a produit un alphabet lui aussi inconnu ;
•  plusieurs années séparent ses premières productions des dernières.

Mais d'autres traits éloignent son cas de celui de James Hampton :

•  elle était médium, et la majeure partie des textes a été produite pendant des séances de spiritisme alors qu'elle se trouvait en état de transe somnambulique, se voyant sur la planète Mars en conversation avec certains de ses habitants ;
•   elle traduisait (ou faisait traduire) ses paroles de martien  en français, avec l'intervention des autres participants (qui pouvaient lui faire répéter ou expliquer tel ou tel mot) ;
•   l'ensemble ne forme pas un texte continu, mais est composé de phrases indépendantes les unes de autres (dont les plus longues ont quelques lignes).

Les conditions sont donc trop dissemblables pour éclairer le hamptonien, mais on peut au moins constater qu'une personne sans compétence linguistique particulière peut créer un langage et une écriture puis les utiliser plusieurs années durant de façon cohérente.

•  le dernier type est à la limite du langage ; on en trouve des exemples intéressants dans un article de Patrick Williams consacré à « la glossolalie des Tsiganes pentecôtistes » et intitulé de façon éclairante  UNE LANGUE POUR NE RIEN DIRE  ; l'auteur rapporte avoir entendu, au milieu des cantiques d'une cérémonie religieuse, un des participants s'écrier kuéyokotkologuirakadoririkereguiguivé  ; il cite également André Hajdu qui rend compte en ces termes des chants polyphoniques des Rom Kalderaš :
  

La loki djili  kalderaš apparaît comme virtuellement dépourvue de paroles intelligibles. […] De quoi sont donc remplis verbalement ces chants souvent assez longs ? En premier lieu, il faut considérer les interjections et les onomatopées. La partie refrain comporte rarement autre chose que des interjections telles que jaj, haj, šavale, romale , etc., si ce ne sont des onomatopées dépourvues de toute signification : ra-ra-ra  ou ja-ja-ja  ou ro-ma-ro-ma-ro-ma , etc.

puis Corinne Frayssinet, qui donne l’exemple
(traduction)de cette copla  flamenca
devenant, une fois chantée,
Et pourquoi me mets-tu
Tant d'entraves sur mon chemin
Quand tout peut s'arranger
Y porque me pone
Tanta trabita en mi camino
Cuando puede ser remedio
Y porque me pone-ei   Porque me pone-ei
Tanta trabita en mi caminico
Cuando puede ser reme
Tanta trabiti yenmiguita miniquico
Queco-cuando-yo-pueeco-osereme
et enfin Bernard Leblon, qui propose le terme de lalie  pour désigner une « suite de sons sans signification » comme tiritiritiriayayayayay  ou trajilitrajili .

Certes, les sources d'inspiration sont différentes, mais elles ont au moins trois points de rencontre : l'influence religieuse, la musique et le langage répétitif à la limite du sens (comment lire ro-ma-ro-ma-ro-ma  ou tiritiritiriayayayayay  sans penser à  vv Y3 vv Y3 vv Y3 vv Y3 vv Y3 (15) ?)

Pour boucler la boucle
Puce  John Bunion Murray

C'est l'une des premières références citées par DS dans ses Ideas . Et assurément, l'auteur du Carnet  avait plus de points communs avec John Murray (dont la vie et le travail sont présentés notamment dans un article de William Arnett intitulé The Handwriting on the Wall, dont on peut trouver la source complète à cette adresse   [⇒]) qu'avec Hélène Smith ou même les Manouches.
NB- quand deux éléments sont séparés par ♦, le premier se rapporte à J. B. Murray, le second à James Hampton.


mêmes origines
  • ancêtres africains
  • nés à quelques mois d'intervalle (1908 ♦ avril 1909)
  • à deux cents kilomètres de distance (comté de Glascock en Géorgie ♦ Elloree en Caroline du sud)

même culture 
  • enfance passée dans la ferme familiale
  • influence de la religion et de la Bible
  • influence de l'art funéraire (gravestone art , tradition des tombes décorées)

visions
  • sujet à des hallucinations ♦ voyait Jésus, quand il se rendait dans son garage

créations
___comparables
  • d'objets (monticules ♦ le Trône)
  • d'écrits en signes inconnus (protective writing  ♦ le carnet et divers fragments)

Mais leurs chemins divergent ensuite :

 ___John B. Murray ___James Hampton
résidencea passé toute sa vie dans sa ferme a vécu à Washington, avant et après un séjour
___de quelques années dans le Pacifique
scolaritése présentait comme illettré alphabétisé
foyermarié, a eu onze enfants
___(avant que toutes ne le quittent)
 après avoir partagé l'appartement de son frère,
___a toujours vécu seul
sociabilitéa connu une certaine célébrité qui a attiré des
___visiteurs et fait de lui le centre d'un film
 seuls quelques proches ont pu voir le Trône,
___de son vivant
butprotéger des mauvais esprits préparer le retour de Jésus
textesliés à des dessins ou des jeux graphiques autonomes
signessystèmes différents d'un texte à l'autre système unique pour tous les écrits

Il ne peut donc pas y avoir eu entre eux ni emprunt ni même influence. Pourtant, quand William Arnett écrit, à propos des tableaux peints par Murray :

  Les inscriptions semblent avoir eu pour lui une signification particulière, quand il les a écrites. Il y a quelque cohérence dans son écriture, à commencer par un noyau de signes, et peut-être, dans le futur, ces signes seront-ils partiellement déchiffrés. Il est tout-à-fait possible que Murray ait pu lire une partie ou même la totalité de ses « écrits ».

on peut trouver comme un écho de ce qu'écrivait à DS Lynda Hartigan, du SAAM :
  Actuellement, il est généralement admis que l'écriture [de James Hampton]  est l'équivalent d'une glossolalie ou bien une variante de la tradition d'écriture spirituelle  d'origine africaine, reconnue mais pas nécessairement lisible (au sens occidental classique) par ceux qui font l'objet d'une vocation spirituelle de même nature.

Puce  Dans le même esprit : les deux dernières pistes, qui n'apparaissent ni dans les Ideas  de DS ni parmi les écritures recensés par Omniglot (pas plus que n'y figure l'alphabet de James Hampton, au demeurant), mais dans un ouvrage intitulé L'Afrique et la Lettre , publié sous la direction de David Dalby par l'association La Fête de la Lettre  et les éditions Karthala, et servant de catalogue à une exposition itinérante qui s'était tenue d'abord au Centre culturel français de Lagos, au Nigéria, en 1986 ; la page 23 est consacrée à deux langues artificielles  ayant pour points communs

Mais plusieurs traits les séparent :


languelangage sacré Aladura medefaidrin
créée par / révélée àJosiah ỌṣiteluMichael Upkọn (scribe : Akpan Udọfia)
ethnie (lieu)Yoruba (État d'Ogun, au sud-ouest)Ibibio (État de Cross River, anciennement Eastern State , au sud-est)
ÉgliseThe Church of the Lord (Aladura) WorldwideObẹri Ọkaimẹ (ou Obɛri Ɔkaimɛ)
expansion de l'ÉgliseGhana, Libéria, Sierra-Léone, Bénin, Allemagne, Grande-Bretagne, États-Unis (*)sud-est du Nigéria
expansion de la langue
  • journal (secret) de J. Ọṣitelu,
  • quelques sermons, traduits par son assistant
  • quelques fragments de cantiques
  • page de Wikipedia  [⇒] (en anglais) ;
  • tableau des signes, liste de vocabulaire…
  • plusieurs études… disponibles sur Internet.

(*) L'article du Dictionary of African Christian Biography  consacré à J. Ọṣitelu mentionne un Samuel Oduwole Spiritual Club  (Oduwole était l'Apôtre  chargé de fonder et diriger les paroisses de l'Église aux États-Unis), qui
  s'était répandu dans plusieurs églises méthodistes et baptistes à Atlanta, Philadelphie et New-York, avec réunions hebdomadaires et congrès annuels. Entre septembre 1956 et décembre 1957, il y eut outre-mer dix-huit cas recensés de guérison par la prière.

Assurément, le cas de James Hampton ressemble plus à celui d'Ọṣitelu – mais ce n'est pas ce qui nous aidera beaucoup, car les documents à propos de son langage sont très réduits ; on peut déjà observer que le site officiel  [⇒] de l'Église du Seigneur (Aladura) ne mentionne aucun langage secret ni dans la page consacrée à son fondateur  [⇒] ni dans celle qui présente le Tabieorar , regroupement annuel mi-festival mi-pèlerinage (les textes cités sont soit en anglais soit en yoruba). Donc, bien peu de traces.

  1. Quelques lignes en caractères latins, rapportées dans African Instituted Churches […]  par Rufus Ọṣitelu (le fils du fondateur, actuel Primat de l'Église), comme ces deux premiers vers d'une hymne :
    ___GOBBSSAWWUW AHHUTTALL
    ___MURRAKKADD ALLOLLAL

    ou les noms révélés  de certains membres de l'Église, par exemple
    ___Arrabballahhieubbah-Donnddollah pour Josiah Ọṣitelu.
    ___Saggommsaggomm-Salliehhah pour Samuel Oduwole ;
    NB- On notera la fréquence des consonnes redoublées (omniprésentes à l'intérieur des mots) s'opposant à la rareté des consonnes simples (limitées quasiment à l'initiale).
  2. Quelques indications du Dictionary of African Christian Biography  à propos de ce langage : comme l'arabe et l'hébreu, il était écrit de droite à gauche. On disait que l'écriture était assez semblable à la fois au grec et au syriaque. On a supposé qu'Ọṣsitelu pouvait avoir vu un [Nouveau] Testament en grec et quelque sorte de texte en arabe . Ce qui laisse pas mal de marge.
  3. Un tableau de signes (sans les équivalents latins ou phonétiques) et un exemple de quelques lignes (non traduites) sur un dessin, reproduits dans L'Afrique et la Lettre  (les caractères du dessin ne correspondant qu'en partie aux signes du tableau). L'impression d'ensemble ne fait pas particulièrement penser au hamptonien, parce que les caractères sont liés pour former une sorte de ligne horizontale sur laquelle ils se détachent tantôt vers le haut, tantôt vers le bas ; pourtant, quand on y regarde de plus près, on trouve (dans le dessin) un groupe ressemblant au hamptonien 2 S et surtout (sur le dessin comme dans le tableau) un couple de deux chevrons reliés par la base, identique au M du carnet.

Il ne fait guère de doute qu'il s'agit, ici encore, de coïncidences ; mais si elles ne permettent pas d'établir un lien entre les deux langages, elles peuvent être la marque d'une affinité, d'un esprit commun ; on peut supposer que James Hampton a, en quelque sorte, réagi de la même façon à une même expérience mystique – la révélation à la fois de commandements et d'un langage d'origine divine. De ce point de vue, l'auteur du Livre des Sept Dispensations  et le Prophète Fondateur  de l'Église du Seigneur (Aladura) Pour le Monde entier  sont incomparablement plus proches l'un de l'autre que d'Hélène Smith, des chants manouches, de John B. Murray ou même de l'Obẹri Ọkaimẹ.


Nous sommes donc sans doute arrivés au plus près de James Hampton – si ce dernier n'a pas cherché à cacher son texte, mais l'a simplement livré dans l'état qui lui paraissait convenir à sa mission. Mais alors, le plus sage n'est-il pas de reconnaître notre impuissance ? Rufus Ọṣitelu nous a bien prévenus, à propos des écrits son père :
un locuteur yoruba n'en comprendra pas un seul mot, à l'exception de celles et ceux à qui Dieu a donné le pouvoir de les comprendre et de les traduire.  Et comme il n'y a guère de raisons pour que nous fassions jamais partie des élues…

Reste donc une hypothèse – peu probable, mais pas impossible : que James Hampton ait volontairement rendu son texte illisible pour nous en cacher le sens, comme les parents mettent les médicaments sous clé pour que leurs enfants n'en fassent pas un mauvais usage (ou bien comme il en aurait reçu l'ordre).

Dans ce cas, le regret peut le céder au soulagement,
puisque chacun de nos échecs est et restera une victoire pour

STJames

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~ Notes ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

(1)  (1)  Selon Charles C. Ryrie (qui en fut l'un des principaux diffuseurs), « une dispensation est une économie distincte dans l'accomplissement du dessein de Dieu »  (in Le dispensationalisme - hier et aujourd'hui, traduction française de P. et J. Coleman, publiée en 1997 dans Le Messager Chrétien , Gatineau, Québec) : pour Paul David Nevin, c'est « la méthode particulière par laquelle Dieu gouverne l'humanité ou un groupe d'hommes au cours d'une période de l'histoire de l'humanité ».

Il existe quelques variations quant à la nature (ultra-dispensationalisme ) et au nombre (de deux à huit) de ces dispensations, mais l'usage le plus répandu en distingue sept :


 Nom habituelcommenceadressée
1de l'Innocenceà la Créationà Adam
2de la Conscienceà la Chute
3du Gouvernement Civilau Délugeà Noé
4de la Promesseà l'instauration des Patriarchesà Abraham
5de la Loiau Buisson ardentà Moïse
6de la Grâceà la Pentecôteaux Apôtres
7du Milleniumà la Grande Tribulation et au retour de Jésusaux Élus

Nous serions donc dans la sixième dispensation, en attente de la septième (dont, lors de leur création, les Mormons aussi bien que les Témoins de Jéhovah annonçaient qu'elle arriverait avant la fin du XIXème siècle). James Hampton se place nettement dans cette vision de l'Histoire, en préparant son Trône pour le retour de Jésus.

On notera que, dans le titre du carnet, 7  est écrit en chiffre et DISPENSATION , au singulier ; ce peut être un oubli ou un hamptonisme  (sur l'autre couverture, TEN COMMANDMENT  n'a pas non plus de S ) ; mais on pourrait aussi interpréter le 7 comme valant septième .

(2)  Du moins dans aucun groupe numérique  car 6 et 7 peuvent apparaître dans d'autres caractères comme A ou g7.
(3)  Encore un problème de vocabulaire : le terme de transcription  renvoie à deux opérations nettement distinctes :
  1. un travail global, pour déterminer par quel[s] caractère[s] latin[s] sera représenté tel signe du hamptonien ;
  2. un travail ponctuel, pour déterminer à quelle lettre de l'alphabet de transcription fixé précedemment correspond chacun des signes du texte, en commençant par le premier signe de la première ligne de la première page.
NB- Évidemment, quand on a défini successivement iiii ba 14, v v ba vv et M ba M, et que l'on rencontre quelque chose ressemblant à / | | \ , on peut hésiter entre l'un des trois précédents déformé ou revenir à l'étape q   pour ajouter un nouveau caractère à l'alphabet.

Précisons pour terminer que, quand on parle ici d'autre transcription , il s'agit toujours de la seule première étape ; les points de désaccord que l'on peut avoir avoir le travail de S&L pour l'étape w   sont très limités et sans influence sur les statistiques de l'ensemble du texte.

(4)  Un cas doublement particulier : L ; d'abord, on trouve ce signe adjoint à d'autres pour former diverses lettres (4L, qL2, PL, uL) ; ensuite, parce qu'il apparaît seul à quatre reprises, en duo plus d'un millier de fois, quadruplé deux fois, mais aussi une fois triplé ; or, dans la liste des caractères, S&L lui font une place sous forme d'une lettre LLL mais dans la transcription, on trouve une lettre LL suivie d'une lettre L
(5)  À la nature de l'écriture s'ajoutent les habitudes du scripteur ; en pratique, nous traçons le V majuscule d'un seul trait, sans interruption entre les deux branches ; le carnet montre que, pour le V de REVELATION , James Hampton traçait d'abord la branche de gauche puis levait son stylo et le reposait plus ou moins loin pour tracer la branche de droite ; même façon de faire pour les deux chevrons de v v ou de M .
(6)  C'est un peu ce qu'a fait Stephen Bax en posant que le mot oror placé à côté d'un dessin où il reconnaissait un Juniperus oxycedrus  (en français, le genévrier cade) était le chiffrement en voynichéen de l'arabo-hébreu (Arabic/Hebrew ) arar , nom d'une plante, d'où il inférait que o encodait un a et r, un r.
(16)  (16)  Ces indices sont calculés par deux fonctions que Philben a transposées en VisualBasic (on peut en trouver le code dans cette page-ci   [⇒]  pour l'indice de Jaro-Winkler, dans celle-là   [⇒]  pour celui de Damerau-Levenshtein).
NB1- Le mécanisme d'origine mesure une distance, d'autant plus grande que les deux textes sont plus différents l'un de l'autre ; Philben a transformé cette distance en indice de similitude, valant 1 pour deux textes identiques et diminuant au fur et à mesure qu'ils se différencient.
NB2- L'indice de Damerau-Levenshtein donne de bons résultats pour des textes courts (et, par conséquent, de longueur voisine) ; celui de Jaro-Winkler est alors moins précis mais il permet de comparer deux textes plus disparates.
(7)  (7)    Cet indice est calculé en      
  1. comptant les signes ajoutés, supprimés ou différents d'un texte à l'autre,
  2. rapportant ce nombre à la longueur des textes,
  3. convertissant ce rapport en pourcentage.
(17)  Il s'agit de l'omission soit d'une lettre (n  dans nor , u  dans fourth ) soit d'un mot entier (all , in the water ).
(8)  Mieux vaut comparer ce qui est comparable ; trois sources permettent d'établir une table des fréquences :
  1. les entrées d'un dictionnaire ;
  2. une liste de toutes les formes existantes (la même que précédemment, mais avec en plus le pluriel et, s'il y a lieu,
          le féminin de chaque nom ou adjectif, ainsi que toutes les formes conjuguées de chaque verbe) ;
  3. un corpus  formé de textes (aussi nombreux et variés que possible).

Si l'on compare q à w, l'anglais présentera en w une fréquence nettement supérieure du s  (pluriels, troisième personne du sg.) et du d   (prétérit et participe passé) ; en français, entre autres choses, le z  fera un bond (grâce à la deuxième personne du pluriel). Mais c'est bien sûr entre q et e que l'écart peut être le plus grand : en , zython  « rapportera » à z , y  et h  autant que de  « rapportera » à e , alors qu'en , on rencontrera des milliers de de  avant de trouver un zython .

Comme nous ne disposons évidemment d'aucune des deux premières sources pour le hamptonien, il est normal de partir également de textes pour l'anglais.

(9)  Trois principes ont été suivis :
  1. considérer les signes de formes voisines comme variantes d'une même lettre (par exemple GG et HH ou 010 et N) ;
  2. quand le même signe est employé tantôt seul, tantôt répété, ne compter que le simple (EE = deux fois E) ;
  3. recomposer certaines lettres : g7 en g suivi de 7, 76 en 7 suivi de 6, A en 6 suivi de a, etc.
(10)  Il est plus difficile de déterminer la fréquence des phonèmes que celle des lettres, parce que les textes en alphabet phonétique sont limités ; ce tableau des sept phonèmes les plus usités en anglais affiche les moyennes entre les valeurs présentées par Doug Blumeyer dans le blog cmloegcmluin.wordpress.com  et celles que j'ai trouvées pour le début d'Alice au Pays des Merveilles  (environ quatre mille deux cents octets)     a a a

Aux 11 % de ə, on pourrait toutefois ajouter les 2 % de ʌ.

 ə
t
n
r
ɪ
d
s
11,0
 7,8
 6,7
 6,5
 5,4
 4,7
 4,5

(11)  Cette transcription alpharéd  (pour alphabet réduit ) reprend les deux premiers principes de l'alphabet de base  exposé dans la note (9) (regroupement des formes voisines et des signes simples/répétés), mais pas le troisième (les caractères comme Ki et Gi ou 76 et 96 sont conservés tels quels).
(12)  Il peut paraître un peu surprenant de trouver une telle information pour un alphabet dont on ne connaît rien par ailleurs. C'est qu'il existe deux programmes pour différencier dans un texte quelconque (pourvu qu'il soit alphabétique et non syllabique, bien sûr) voyelles et consonnes ; l'un, appelé modèle de Markov caché , a été appliqué par S&L à leur transcription ; DS a utlisé l'autre, l'algorithme de Sukhotin, et considère que, sur ses quarante-deux caractères, les deux méthodes ont été d'accord pour répertorier huit voyelles et vingt-huit consonnes ; il y a désaccord pour les six derniers caractères (soit environ 15 % des lettres), que Sukhotin classe comme voyelles mais dont Markov fait des consonnes. Ce cas est signalé par le signe ≠ .

S&L semblent cependant moins affirmatifs, puisqu'ils considèrent que leur analyse laisse une vingtaine de lettres dans l'incertitude (the remaining 22 symbols cannot be assigned to either state ), contrairement au même travail mené sur des textes en anglais, où virtually all symbols are assignable to one state or the other .

(13)  Signe du destin ? À quelques dizaines de kilomètres au sud d'Elloree, sur la côte atlantique, se trouve une île nommée Saint-James Island ; et, à la même distance au sud-ouest dans les terres, au cœur du pays gullah, une petite ville et un comté portent le nom de Hampton .
(14)  C'est d'ailleurs un choix pleinement assumé puisque l'introduction précise : This spelling of Gullah words is designed for Gullah speakers who are already literate in English. It is not a phonemic writing system. 
(15)  Cette quintuple répétition n'est pas un phénomène isolé ; outre qu'on la trouve en trois endroits différents, on rencontre aussi (par exemple) 17 occurrences de Y3 vv Y3 vv Y3 vv Y3 vv et 91 de  Y3 vv Y3 vv Y3 vv.
(18)  L'emploi de recorded  dans le sous-titre de la couverture paraît remettre en cause cette présentation ; en effet, je n'ai trouvé aucun exemple de recorded  employé comme nom (le second enregistrement des Dix Commandements  faisant écho à The New Covenant ) ; les dictionnaires consultés ne mentionnent que le participe passé de to record  ou l'adjectif (antonyme de live , en direct) ; et les traducteurs automatiques donnent Le second des Dix Commandements enregistré[s]  – une interprétation qui pourrait expliquer la brièveté du texte. Mais elle se heurte à quelques obstacles. D'abord, le second commandement est celui qui occupe le plus de place dans le Décalogue - plus de la moitié de la citation de l'Exode  en p10 ; le rapport entre texte en hamptonien et texte en anglais serait seulement ramené du dixième au cinquième ; ensuite, on pourrait s'interroger sur le choix de ce commandement : c'est celui qui, pour interdire le culte des idoles, commence par Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre  (traduction de Louis Segond) ; or le Trône est décoré, entre autres, d'images des saints (notamment de Marie) et d'ailes d'anges ; ce à quoi on pourrait répondre que, justement, la version hamptonienne est là pour abroger cet interdit ; mais ce même texte en hamptonien est bien présenté, en p9, comme faisant le pendant des dix paroles des Tables de la Loi.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Annexe I

Au rang des curiosités, on peut placer une analyse intitulée  "Hamptonese"[…] Complete N-gram analysis.
que l'on peut trouver à cette adresse  [⇒] ;

dans la présentation, l'auteur précise qu'il a traité la transcription de S&L (Text source is a transcription by Mark Stamp and Ethan Le ) après l'avoir normalisée (from the normalized corpus ) ; et il décrit ainsi cette opération (correspondant à ce que j'appelle plus haut tamiser un texte )_______aaa
___Si l'on reprend le processus (à reculons), il s'est agi de
 Normalisation
ne pas tenir compte de la cassea pourtant S&L distinguent e (= e ) de E (= é ) ; de même, n (= n ) n'est pas N (= N ) ;
NB- l'opération ne convertit pas les majuscules en minuscules mais le programme ne les différencie pas dans les calculs ;
supprimer les chiffresa ce n'est pas trop gênant pour P1 ( - ) ou P2 ( P 2 ) qui se trouvent confondus avec P ( P  ), mais ce l'est plus quand o3 ( ooo ) ne se distingue plus de O1 ( O ) ; et la situation devient critique pour 010 ou 95, et surtout 14 ( iiii ) dont les mille deux cent quatre-vingt-dix-huit occurrences passent à la trappe ;
supprimer les espacesaprenons l'exemple de la l. 19 de p65    dd Pour s'en tenir au plus simple, le groupe souligné en vert contient trois digrammes gg : d'abord le signe g avec la première moitié de GG, ensuite ce signe lui-même et enfin, la seconde partie de GG avec le début de g î. C'est assez rude.
dans S&L, elle se lit   a
après normalisation,
_____on obtient   a
Exemple normalisé

Il faut encore mentionner que, si les chiffres ont été enlevés, les [ et ] (qui encadrent les mots en anglais), les mots anglais eux-mêmes ainsi que les caractères * (= signe indécidable) et # (placé devant un signe incertain) ont été pris en compte, ce qui vaut un trigramme [St (pour la mention ST JAMES) et un pentagramme *#nn* issu de * 14 #nn * (p84, l. 14) qui transcrit un signe indécidable +iiii+ un signe n n incertain + un autre signe indécidable.

Restent les informations fournies par ce processus ; il s'agit d'une liste commençant par

> JJ (52*2)
> Gi (50*2)
> GG (49*2)
> dc (48*2)
> EE (46*2)
> LL (44*2)
> qL (42*2)
> vv (40*2)
> Ki (35*2)

À première vue, cette liste répond à ce qui est annoncé dans l'introduction :

  • un classement des n-grammes du plus fréquent au plus rare (sorted in descending order of occurrences' frequencies ), le classement secondaire se faisant par ordre alphabétique inverse, sans incidence de la longueur ;
  • sur chaque ligne, le n-gramme suivi entre parenthèses du nombre d'occurrences et de la taille (Numbers in parentheses: occurrence * length )

La longueur du n-gramme est facile à vérifier, et correspond à ce qui est attendu (même si voir vv ou Ki classés comme digrammes  fait un peu tiquer). Par contre, le premier nombre laisse perplexe : le travail présenté plus haut a montré que le digramme le plus fréquent dans la transcription de S&L (Y3 vv) apparaissait 2367 fois ; au sens de l'analyse dont il est question ici, le digramme vv représente le signe v v dont S&L ont relevé 6318 occurrences dans le Carnet .

D'où proviennent alors ces valeurs aussi basses – 40 occurrences pour vv ? Il semble que la réponse soit dans le libellé de la présentation : Determination of all lexical items (types) and their occurrence frequencies (tokens) from the normalized corpus by (non-reduplicative) N-gram analysis. 

Le début de la phrase repose sur la distinction habituelle (aussi importante que difficile à exprimer) entre type  = mot considéré comme une entrée de dictionnaire et token  = mot limité par deux espaces ou signes de ponctuation ; mais c'est la parenthèse finale qui change tout : non-reduplicative  ; cela veut (sans doute) dire que les éléments comptés dans un n-gramme (le plus long) ne sont pas comptés dans les sous-n-grammes ; par exemple, une fois le n-gramme vvYvvYvvKiKiPvvYvvYvvG relevé, les six digrammes vv qu'il contient ne sont plus pris en compte ; ainsi, les quarante vv du début de la liste représentent-ils (sans doute) ceux qui ne figurent dans aucun n-gramme de plus de deux caractères.

Un dernier point épineux : l'introduction mentionne : The output even contains "single-word" unigram items ! . Que désigne l'expression "single-word" unigram items  ? Logiquement, unigram item  devrait renvoyer à un monogramme, une lettre seule ; mais la liste n'en contient aucun ; par contre, elle se termine par une série de quarante-huit digrammes (comme qK ou e*), trois trigrammes ([St, SL# et o*I), un pentagramme ([CHRS) et un hexagramme ([John]) présentés comme n'apparaissant qu'une fois ; la logique du système n'est pas patente ; en effet, vvYvvYvvYvvYvvYvv est répertorié comme n-gramme de 17 caractères, apparaissant trois fois – c'est clair ; le principe de non-reduplicative  suppose que les trois occurrences sont suivies chacune d'une dix-huitième lettre différente (sinon elle serait la dernière d'un n-gramme de 18 caractères) ; pourquoi ces trois mots  de dix-huit lettres ne sont-ils pas listés parmi ceux qui n'apparaissent qu'une fois ? Sans doute faut-il comprendre que le programme, après avoir relevé le n-gramme de 17 caractères, l'a ôté du texte et, dans ce qui restait, a cherché les n-grammes de 16 caractères, comme YvvYvvYvvGGvvYvv, dont il a alors enlevé pareillement les trois occurrences, etc. jusqu'aux digrammes dont il a (relevé et) effacé ceux qui se répétaient ; ne restaient alors que les n-grammes (di- pour la plupart) orphelins ; ce mécanisme descendant (en partant de la valeur maximale de x, si un ensemble de x caractères apparaît plus d'une fois, il est considéré comme type  et supprimé du texte, excluant toute analyse de son contenu) pourrait expliquer la présence un peu surprenante de [CHRS (1*5) à côté de [CHRIST]F (2*9) face à l'absence de [CHR (3*4), quand même attendu. (cc)  


Annexe II

Avant d'envisager une (nouvelle) conclusion, il reste à comparer d'un côté les trois versions du texte de C, T et M et, de l'autre, le Carnet  proprement dit (en ajoutant quelques autres textes qui sont dans des rapports équivalents).
NB1- pi transcrit le signe Pi et représente l'espace ;
NB2- la ligne fréquences ne contient que les six lettres les plus fréquentes de chaque texte.


 couv4 (C)p9 (T)p10 (M)le Carnet
longueur 89 car. 88 car.106 car.29297 car.
alphabet28 signes29 signes31 signes67 signes
fréquences pi  13,5
o3  11,2
76  06,7
 S  06,7
ee  06,7
Ki  05,6
pi  11,4
o3  09,1
76  06,8
ee  06,8
 S  05,7
Ki  05,7
 T 10,4
o3  07,5
 M  07,5
ee  07,5
P2  05,7
pi  05,7
vv  21,6
Y3  12,1
Ki  07,3
GG  04,6
14  04,4
qL3 03,6
écart-type4,03,12,97,8
I. de Jaro-W.0,300,300,311
diversité35,638,539,273,1
parenté 62216
parenté α4042,445,5100
parenté Fr78,278,283,2100
N-gramme
Tétragramme
4
1
4
1
4
2
29297
 
OresteLe murL'Assommoir TdM
55 car.40 car.29297 car. 
18 signes13 signes69 signes
  18,2
s  14,5
t  09,1
e  09,1
u  07,3
n  05,5
r  17,5
  15,0
u  10,0
m  10,0
a  10,0
n  07,5
  16,7
e  11,6
a  06,8
s  06,5
t  05,5
u  05,1
5,74,75,2
0,430,4210,51
19,527,242,5 
4365
2517,6 10045,5
767210096,3
8
33
9
22
29297
 
36
125
E.A. PoeExodeApocalypse     
116 car.101 car.29297 car.
28 signes21 signes57 signes
 19,0
e 14,7
h  6,9
w  5,2
o  5,2
t  4,3
 18,8
n  9,9
e  9,9
a  9,9
t  6,9
h  5,9
  19,4
e  10,1
t  07,9
h  07,0
a  06,5
n  05,9
6,55,46,2
0,410,481
28,838,740,1
456
46,235,7100
95,388,7100
12
30
14
39
29297
 

Quelques précisions sur la composition du tableau :


Une première différence est prévisible : le texte du Carnet étant trois cents à quatre cents fois plus long que celui de T, C et M, rien d'étonnant à ce que l'alphabet de ce dernier soit entre le tiers et la moitié de l'autre ; s'il ne contient pas de caractère supplémentaire, trois signes présentent cependant des particularités :

Et la différence que l'on constate dans l'indice de diversité s'explique de la même manière.

Plus inattendues, les variations des fréquences des signes – qui sont normalement moins sensibles à la longueur du texte ; bien sûr, dans un passage assez court comme T, C et M, le sujet abordé peut avoir une influence importante (imaginons une lettre relatant un voyage de Zanzibar au Zambèze via le Zimbabwe) ; c'est particulièrement net dans la phrase du mur des Fermiers Généraux, dont les indices de parenté (3/6 pour les six premiers caractères, 72 % pour les fréquences) sont les plus bas de tous le lot ; mais le hamptonien s'en approche pour les fréquences (autour de 80 % pour C, T et M contre plus de 90 % pour les extraits de Poe et de l'Exode ) et va au-delà pour l'indice de proximité 6 : seul vv/pi est commun aux deux listes des six lettres les plus fréquentes de M et du Carnet .

Le constat est de même nature pour l'écart-type et l'indice de Jaro-Winkler : la tendance est la même dans les textes en hamptonien que dans ceux des textes en anglais ou en français, mais avec une force accentuée ; ainsi, pour ce dernier indice, les quatre textes en langue naturelle varient de 0,4 à 0,45 alors que C, T et M tournent autour de 0,3.

Mais le trait le plus surprenant vient sans doute des n-grammes. Si la différence de longueur entre les textes exclut la comparaison du nombre de n-grammes à l'intérieur de chacun, il est possible de chercher, pour deux textes donnés,

Autant les résultats des textes en anglais ou français paraissent logiques (les 39 tétragrammes de l'Exode  dans l'Apocalypse traduisent la proximité des deux extraits de la KJV , les autres groupes affichant des valeurs moindres, de 33 à 22), autant ceux des textes en hamptonien montrent un éloignement inattendu de C, T et M avec le Carnet  : la chaîne de signes la plus longue ne dépasse pas quatre caractères (contre 8 à 14 pour les textes en anglais ou en français) ; et encore C et T n'ont-ils qu'un tétragramme commun avec le Carnet  (A- Ki Ki vv), qui ne se rencontre qu'une fois (en p106 à la ligne 18). Certes, la présence de caractères indécidables et de taches peut avoir fait disparaître quelques n-grammes, mais l'écart est trop grand pour être justifié ainsi. Comment expliquer que des textes écrits à deux siècles d'intervalle dans des genres différents (comme la tragédie de Racine et le roman de Zola) aient plus de similitudes que deux textes du même auteur, dont l'un figure sur la couverture de l'autre ? Si l'on admet que les textes de James Hampton ont une signification (et il me paraît raisonnable de le penser), la solution va dans le même sens que ce que faisait supposer l'ajout ou la substitution de T dans le texte de p10 : une écriture par idéogrammes ou au moins condensée, où un signe ne correspond pas à une lettre ou un son mais à un concept, une idée ou un individu.


Pour conclure cette nouvelle série d'analyses des écrits en hamptonien, on doit constater qu'elle n'en a pas percé le mystère, mais qu'elle a du moins permis de modifier le curseur des hypothèses
•  en faisant reculer la possibilité d'une substitution (même homophonique) ou celle d'un chiffrement du type Vigenère (incompatibles avec la fréquences de certains signes) ;
•  en renforçant la probabilité d'un texte pourvu de sens (variantes de p9, p10 et de la couverture) ;
•  en suggérant à plusieurs reprises qu'il s'agit soit d'une langue particulière (en partie glossolalique, peut-être révélée), soit d'une écriture mixte comprenant une vingtaine de signes alphabétiques (lettres ou sons de l'anglais ou du gullah) et trente à quarante signes de type idéogrammes .

La possibilité de déchiffrer le texte apparaît donc hautement improbable, et, une fois encore, c'est sans doute le mieux.
NB- Ce qui n'interdirait pas d'entreprendre une nouvelle série d'analyses si un nouvel angle d'approche apparaissait.(cc)


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